AFFINITÉ DE SON SYSTEME AVEC LE NOUVEAU PAGANISME
envoyés du ciel, armés pour le défendre (1). Il se trouvait ainsi, malgré ses convictions profondément religieuses, associé à des hommes animés d'un esprit tout opposé et vraiment païen. Tel était Ulric de Hütten (2), issu d'une ancienne souche de nobles chevaliers de Franconie.
Hütten, destiné d'abord par ses parents à l'état ecclésiastique, entré à cet effet dans l'école de Fulde, s'adonna, avec l'enthousiasme exagéré de son siècle, à l'étude des classiques.il y perdit la foi, et avec elle toute vertu morale. Il s'enfuit du monastère où il étudiait, se déclara ouvertement l'ennemi du Christianisme, s'abandonna au plus infâme libertinage, et afficha publiquement ses principes éhontés dans des poésies d'une excellente latinité. Tour à tour soldat, folliculaire, poëte, toujours craint, souvent admiré, il finit par reconquérir la faveur de sa famille, grâce au talent oratoire qu'il déploya clans divers pamphlets écrits pour soutenir la juste cause d'un parent lâchement assassiné; cherchant partout l'occasion de signaler sa verve, il se mêla à la dispute de Reuchlin contre Pfefferkorn, porta l'un aux nues, vomit un torrent d'injures contre l'autre, en lui associant tout le clergé régulier (triumphus Capnionis). Il déclara publiquement s'être ligué avec vingt libres penseurs pour renverser les moines, et ce prétendu défenseur de l'humanité et de la liberté ne rougit pas de décrire, avec la cruauté raffinée d'un bourreau, les tortures et le genre de mort qu'il aurait voulu voir infliger au juif baptisé Pfefferkorn, qui, le premier, avait dirigé l'attention de l'Église sur le danger de certains livres hébreux. Un des principaux produits de cette conjuration contre les moines fut le pamphlet souvent cité : Epistolœ virorum obscurorum, auquel Hütten joignit la publication du livre de Laurent Yalla, précédé d'une dédicace dérisoire
(1) Luther répondit à une lettre de Sylvestre de Schaurnbourg; « Quod ut non contemno, ita nolo nisi Christo protectore niti, qui forte et hune ei spiritum dédit. » De Wette, t. I, p. 448.
(2) Weislinger, Huttenus delarvatus. Constantin, 1730; Meiner, Biographie des hommes célèbres au temps de la renaissance. Zurich, i7'.)G-97, 3 vol. Il parle aussi de François de Sickingen (t. III). Cf. Hub. Leodii lib. de Rebus gestis et calamitoso obitu Fr. de Sickinçen (Frcher, t. III, p. 295;.