‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 142 sur 332 · LE DOGME · texte numérisé non relu

LE DOGME

haut, § 340). Tout était, d'après eux, dans la formule de Concorde : c'était la loi ; et les principaux théologiens luthériens orthodoxes, tels que Calow, Quenstedt,-Kœnig et Baier, se mirent à la commenter à l'envi et à la défendre avec toutes les armes de la scolastique. « Malgré toute leur » subtilité, dit Hase (1), ils ne se figuraient pourtant Dieu » que comme un grand pasteur luthérien, qui, pour sauver » son honneur, ne manquerait pas de faire jouer ses » poings.»En voyant avec quelle énergie ces théologiens se cramponnaient à la prétendue orthodoxie luthérienne, on n'est plus surpris de les trouver imbus de toute espèce de superstitions, croyant naïvement aux luttes de Luther contre le démon et comme lui au pouvoir des sorciers. Pendant que des prêtres catholiques, notamment Fr. Spée (voyez §§ 282, 354), s'étaient élevés avec force et succès contre l'absurdité et la barbarie des procès intentés pour sorcellerie, Benoit Carpzov, de Leipzig [j- 1666] , qu'on appelait le législateur de la Saxe, et dont les opinions étaient d'un grand poids en matière de droit canonique ou criminel, soutenait qu'on devait frapper de peines sévères non-seulement la sorcellerie, mais même ceux qui niaient la réalité des pactes diaboliques (2); un célèbre professeur de l'université d'Iéna, Jean-Henri Pott, imprimait dans cette ville [1689] un écrit relatif à ces matières {De nefando lamiarum cum diabolo coitu). Thomasius parvint enfin à s'emparer de l'opinion publique (3) et à la soutenir contre ces odieux et ridicules procès.

Plus d'un luthérien orthodoxe, fidèle au culte servile de la lettre, crut alors que tout effort personnel pour se sanctifier était inutile et attentatoire à la majesté divine. Un des hommes les plus remarquables de l'époque se plaignait en ces termes de cette foi aveugle et insensée : « La chrétienté, » de nos jours, a dans ses églises quatre muettes idoles » qu'elle révère : le baptistère, la chaire, le confessionnal et » l'autel ; elle se console, dans son christianisme extérieur,

(\) Cf. Man. d'hist. ecclés., 4« édit., p. 462.

(2) Sur l'Hist. des superst. de la Scandinavie au XVIIe siècle (Gaz. hist. et théol. d'Illgen, 1S41, p. 181); Menzel, Hist. de l'Allemagne, t. VIII, p. 59.

(3) Luden, Thomasius, sa vie et ses écrits. Berlin, 1803.

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