‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 143 sur 332 · ET LES THÉOLOGIENS. 3G · texte numérisé non relu

ET LES THÉOLOGIENS. 3G

» en pensant qu'elle est baptisée, et qu'elle entend la pa- » rôle de Dieu, qu'elle va à confesse et qu'elle communie; » mais elle ignore et renie la force et la vertu intérieure du » Christianisme ! » Un excès en engendre toujours un autre. A cette orthodoxie froide et rigide, Philippe-Jacques Spener opposa le Christianisme vivant (1). Né à Rappoldsweiler, dans la haute Alsace [1635], Spener fut d'abord pasteur à Strasbourg, puis [depuis 1666] doyen du clergé de Francfort-sur-Mein, premier prédicateur de la cour à Dresde, et enfin prc vôt à Berlin. Il joignit à une grande instruction un amour profond de la vérité, et un sens chrétien si juste que, malgré les préjugés dont il avait été imbu dès sa jeunesse en faveur des doctrines et du culte de son Église, il aperçut les dangers de la méthode théologique des luthériens orthodoxes et la stérilité de leur système de prédication. Il en fut d'autant plus frappé, qu'il s'était proposé pour modèle le Dominicain Jean Tauler, penseur aussi profond qu'orateur plein d'âme et de sentiment, à l'imitation duquel Spener dut le mouvement et l'onction de ses sermons, gâtés d'ailleurs par de fastidieuses longueurs. Spener, ayant en vue une réforme complète de l'organisation ecclésiastique, posait en principe, dans ses prédications, que la religion est une affaire de cœur, et que le prédicateur, pour exercer dignement son ministère, doit imprimer dans les âmes le sentiment qu'il éprouve, la foi qui l'anime. Spener tenait à cet effet chez lui de pieuses réunions (collegia pietatis) [depuis 1670], dans lesquelles il entretenait la foi et la dévotion de ses auditeurs par des commentaires édifiants et de saintes conversations. Ces efforts, nés d'un véritable besoin de l'époque, rencontrèrent d'abord beaucoup de faveur; mais, plus tard, les réformes ecclésiastiques de Spener prirent, en se développant, un caractère singulier et bizarre. Il y avait d'ailleurs dans la nouvelle école une tendance prononcée à un orgueil subtil et profond, en même temps qu'à une lamentable mélancolie, toute contraire à la sérénité, à la fois aimable et

(1) Hossbach, Spener et son temps. Berlin, 1824, [2 vol. in-fol.; Knapp, Vie de quelques hommes pieux et savants du dernier siècle. Halle, 1829.

SCJ § 377. LE DOGME ET LES TSBOLOG/IEKS.

sérieuse, qu'engendre la véritable piété (1). Malgré la faveur dont la nouvelle secte jouit parmi le peuple, de doctes théologiens s'élevèrent dès l'origine contre Spener, lui reprochèrent non pas de nier la plupart des dogmes chrétiens, mais d'enseigner qu'ils sont peu utiles à l'édification des âmes ; et ils se hâtèrent, comme on l'a toujours pratiqué depuis lors, de faire intervenir les princes dans leurs querelles théologiques. Le mouvement contre la secte nouvelle des Piétistes (surnom que leur avaient valu les formes exagérées de leur piété) fut violent, surtout à Leipzig, où trois professeurs, disciples de Spener, entre autres Aag.- Hermann Frank, faisaient en allemand des leçons édifiantes sur la sainte Écriture [1689]. Leurs collègues, Carpzov et Lœscher, les accusaient de mépriser la célébration publique de l'office divin, de dédaigner la science, de jeter les âmes dans le découragement et la tristesse. Bannis de Leipzig en 1690, les trois professeurs fondèrent, avec Thomasius, l'université de Halle [1694]. L'université voisine de Wittemberg devint dès lors, et plus que jamais, la citadelle du luthéranisme, et les deux partis continuèrent à se combattre en Allemagne. Les piétistes, quoique justement accusés d'être exagérés dans leurs sentiments de pénitence, orgueilleux dans leur mépris de la science et dans l'amour de leur secte, insensés dans leurs rêves d'un règne millénaire, exercèrent cependant une heureuse influence sur la vie pratique, et même sur la théologie de leur époque : la maison d'orphelins fondée par Frank est une preuve manifeste de leur bienfaisante piété; les travaux de Budée [f 1729] (2), qui traita la théologie d'une manière bien plus simple et plus scientifique que ses conlemporains, et ceux de Jean-Alb. Bengel (3) qui commenta l'Écriture sainte avec autant de science que d'onction, sont une

(1) Pia denderia, ou Vœnx ardents pour l'améliorât; on de la vraie Église évangélique. (Première prtlface à la Postula évang. d'Arndt, 1675). Francf., 1G78.

(2) Buddeus, Institut, theologiae dogmaticae. Jenae, 1723.

(3) Bengel, Novum Testamentum grâce, in quo cod., vers, et édition, describuntur. Tub., 1734. Gnomon, Novi Test, in quo ex nativa verborum vi simplicitas, profunditas, concinnitas, salubritas sensuum cœlestium indicantur. Tub., 1759, in-4"; 4e édit. cur. Steudel, Tub., 1852.

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