LITTÉRATURE CLASSIQUE DE L'ALLEMAGNE
[1707-81], qui cherchaient à concilier l'étude de la philologie profane avec celle de la théologie (1) , Michaelis s'adonna à l'étude de l'histoire profane, de l'archéologie et des langues orientales. Il n'y avait donc encore, de la part de ces hommes, aucune attaque positive contre la religion; ils rejetaient seulement l'enseignement ecclésiastique, et prétendaient puiser la doctrine sacrée à sa source même, dans l'Écriture. Mais, comme toujours, les disciples allèrent plus loin que les maîtres : tels Semler [1725-91], élève de Baumgarten ; Morus, élève d'Ernesti ; Goppe et Eichhorn, élèves de Michaelis, qui complétèrent la néologie théologique. Semler, le plus dangereux des trois (2), avait, comme Michaelis, reçu de l'enseignement de Halle des impressions qui se réveillèrent dans sa vieillesse. Admis dans l'intimité de Baumgarten, dont l'éloquence l'avait captivé, et qui reconnaissait son talent original, il en avait, en quelque sorte, recueilli la mission de réformer la théologie : « Je suis trop vieux, disait le maître, c'est à vous » qu'appartient cette tâche. » En effet, Semler, professeur à Halle depuis 1752, avait de la mémoire, de la sagacité et de l'imagination ; du reste, sans culture philosophique profonde. Tout en avançant hardiment dans sa voie, il conservait encore quelque sentiment religieux, parce qu'il ne voyait pas clairement où le conduiraient ses doutes, lorsque le procédé brutal et impie de Bahrdt lui ouvrit les yeux et lui inspira le regret d'avoir été trop loin. Pour arrêter le mal et y remédier, Semler soutient qu'il y a deux religions : l'une publique, l'autre privée. Le culte constitue
(1) J.-V. Voorst, Orat. de Ern. optimo post. Grot. duce interpret. Novi Test. Lugd. Bat., 1804, in-4 ; Ernesti, Institutio interpretis, éditée par Ammon.
(2) Semler, de Daemoniacis, quorum in evang. fît mentio. Hal.f 1760; d'une Libre appréciation du canon, 1771 ; Nouvelles recherches sur l'Apocalypse; Halle, 1776; Institutio brevior ad liberalem eruditionem theologicam, 1765 sq.; et ensuite Institutio ad doctrinam christ, liberaliter discendam. Halse, 1774, Études sur l'histoire sociale et morale des chrétiens. Leipzig, 1786; Eichhorn, Introd. à l'Ancien et au Nouveau Testament; 2e édit., 1787, 3 parties sur les écrits apocryphes de l'Ancien Testament. Leipzig, 1795, et du Nouveau Testament. Leipzig, 1804 et suiv. Comment, in [Apocalypsin. Johannis. Gœtting., 1791, 2 vol.
la première, on ne peut rien y changer; la seconde dépend de l'individu, et chacun peut y ajouter ou en retrancher selon ses opinions particulières. La révolution opérée par Semler fut le résultat de sa méthode d'exégèse, et surtout de la critique excentrique en vertu de laquelle, s'appuyant tantôt sur de prétendus fondements historiques, tantôt sur l'existence de certains mythes, il rejeta du canon de la Bible toute une série de livres, principalement de l'Ancien Testament. Semler insistait beaucoup sur ce principe d'exégèse, juste en lui-même, qu'on ne peut interpréter l'Écriture qu'autant qu'on se sert de la langue dans laquelle elle a été écrite et de l'histoire du temps où elle a été rédigée. Mais, du reste, il l'interprétait comme il l'aurait fait pour tout autre livre, sans égard à son caractère divin, prétendant tout éclaircir par les circonstances des temps et des lieux, localisant, restreignant, bornant à des époques déterminées les principales données du Christianisme, et leur ô'ant, par conséquent, ce caractère universel qui fait que l'Écriture s'applique à tous les temps et à tous les lieux. Les idées bibliques de tràpl et de TrvcGpa perdirent, par conséquent, leur valeur générale et leur vrai sens. Le nombre des idées chrétiennes ayant quelque utilité pour la vie pratique, fut singulièrement restreint, et Semler arriva, par la voie laborieuse de la critique historique, au même résultat qu'avaient obtenu par une autre voie les philosophes populaires, à savoir : qu'il n'y a d'important dans les Écritures que les livres qui ont une tendance morale.
Bahrdt ayant tiré les dernières conclusions de cette méthode exégétique, les théologiens des universités se divisèrent en trois classes. Les uns restaient fidèles à l'enseignement orthodoxe du symbole ; les autres cherchaient à conserver la forme de la foi biblique, mais en amoindrissant le dogme, en en dépréciant l'importance, en n'insistant, comme essentiel, que sur la morale ; d'autres, enfin, combattaient positivement le dogme révélé, et formulaient systématiquement la doctrine indiquée par Semler ; ces trois partis eurent de vives discussions, surtout sur les livres symboliqnes (1). A la seconde classe appartenaient
(]) Particulièrement sur les livres symboliques, cf. Walch, nouvelle Histoire relig., P. II, p. 305-382; parmi les réformés, ibid., P. III,