‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 149 sur 332 · LITTÉRATURE CLASSIQUE DE L'ALLEMAGNE. Ü · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE CLASSIQUE DE L'ALLEMAGNE. Ü

Rœsseit, à Halle [f 1807], et Morus [f 1792]. Rœsselt, l'orme surtout par l'étude des théologiens anglais, n'attaqua pas d'abord positivement les vérités bibliques, mais chercha à les expliquer dans le sens moral. Peu à peu il perdit la foi et ne put achever son apologétique. Morus, successeur d'Ernesti à Leipzig, sans nier les dogmes chrétiens, s'appliqua à démontrer combien il était difficile de les établir d'une manière solide et positive, et, par conséquent, combien il était sage de s'en tenir à ce qui a rapport à la morale. Enfin, le représentant de la troisième classe de théologiens, Eichhorn, à Gœttingne, tira les conséquences logiques et rigoureuses des idées de Semler, s'affranchit complètement de toute foi à l'enseignement orthodoxe e ecclésiastique, et ne considéra plus le Christianisme que comme un phénomène local et temporaire.

A côté de ces théologiens des universités, s'élevèrent d'autres écrivains qui eurent une influence notable sur les croyances générales, tels que les philosophes populaires déjà nommés, Mendelssohn, Engel, Nicolai', Suzler, en rapport eux-mêmes avec les théologiens les plus célèbres de Berlin, Spalding et Teller, et la société secrète fondée dans cette ville par le bibliothécaire Biester, sous le nom de « Société de la propagation de la lumière et de la vérité, » dans le but de réformer la religion et de renverser toute autorité usurpatrice et tyrannique. D'après le plan de Spalding, il s'agissait surtout d'épurer le Christianisme, en insistant sur la morale, en négligeant la partie dogmatique, et en enlevant aux conceptions bibliques toute force, tout nerf, toute valeur, ce que réalisa avec trop de succès Teller, par son lexique allemand du Nouveau Testament [1772].

Enfin, la littérature classique, alors florissante en Allemagne, surtout parmi les protestants, était complètement étrangère ou hostile au Christianisme. Lessing[f 1781] (1),

p. 285-98 ; pour l'Angleterre, P. IV, p. 491-566; D .-.inenmayer , HisL succincta controversiarum de auctoritate librorum sym'bolicorum inter Lutheranos. Frib., 1780; « sur l'inspiration divine de la Bible, le canon, la divinité de Jésus-Christ, etc. »

(l) Nathan, parabole faite pour accompagner une toute petite prière et une rétractation éventuelle. Réponse nécessaire faite à une question

destiné par son père à la carrière théologique, n'y ayant point pris goût, se tourna vers les lettres, et devint bibliothécaire à Wolfenbüttel. Quoique la théologie ne fût pas son affaire, il y revint souvent par une sorte de prédilection, et comme simple amateur. Il publia les « Fragments » de Wolfenbüttel, » pour démontrer combien était ruineuse, dans ses bases, l'orgueilleuse orthodoxie des théologiens, ce qui, disait-il, pouvait bien blesser le théologien dans sa science, mais non le chrétien dans sa foi. Se rattachant, sous le rapport historique, à Semler, il admit, dans le même sens que le droit naturel, la religion naturelle, qui devient positive, comme le droit devient positif luimême, quand les hommes se réunissent, parce qu'il faut qu'ils s'entendent sur les détails comme sur l'ensemble. Son livre de l'éducation du genre humain s'adressait à la fois aux lecteurs profonds et aux lecteurs moins sérieux, qu'il prétendait détourner d'un naturalisme vague et superficiel. Sa discussion si vive contre les théologiens qui rejetaient la tradition démontra combien, avec cette tradition, ils avaient rejeté de vérités sans les examiner et sans les soumettre à une véritable critique.

Herder [1744-1803] (1) ne perdit jamais les profondes impressions d'une éducation pieuse et chrétienne. Dominé par les besoins d'une imagination vive et d'un cœur aimant, il considéra le Christianisme comme un magnifique poëme, et voua son amour et son admiration aux saintes Écritures comme aux œuvres d'Homère et d'Ossian, sans pénétrer dans leur profondeur. Aussi présente-t-il, dans ses écrits apologétiques, le Christianisme au point de vue esthétique, bien plus comme une œuvre d'art que comme l'unique voie de régénération offerte à l'homme déchu. Le talent de Herder, surintendant général à Weimar, bientôt connu

fort inutile du pasteur Gœtze. L'Antigœtze, 1778 (Œuvres complètes, éditées par Lachmann, t. X et XI). Lessing comme théologien, par Schwarze. Halle, 1854. Staudenmaier , le Protestantisme, t. II, p. 227 sq.

(1) Œuvres chrétiennes. Leipzig, 1794 et suiv. Œuvres de religion et de théologie, éditées par J.-G. Muller. Tubingen, 1805 et suiv., 10 vol.

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