‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 150 sur 332 · LITTERATURE CLASSIQUE DE L,' ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LITTERATURE CLASSIQUE DE L,' ALLEMAGNE

et proclamé, le mit en rapport avec les écrivains les plus renommés, le fit compter même parmi les meilleurs poètes de l'Allemagne; les louanges exaltèrent sa vanité, la vanité affaiblit sa foi, et bientôt il n'eut plus d'autre souci que de ne pas heurter l'esprit du siècle. Il abandonna peu à peu les vérités du Christianisme; l'Évangile se couvrit de voiles épais à ses yeux ; tout devint obscur dans ses écrits, où l'on ne trouve plus aucune doctrine positive. Les premiers écrits de Herder {Documents antiques du genre humain ; Lettres sur V étude de la théologie) présentent des pages utiles et intéressantes. Ses livres postérieurs {Du Rédempteur et de la Résurrection) appartiennent à l'école moderne des prétendus illuminés; le Christ n'est plus pour Herder que le bien-aimé de Jéhovah. Jean de Müller dit de ses idées sur l'histoire de l'humanité : « J'y trouve » tout, excepté le Christ; et qu'est-ce que l'histoire du » monde sans le Christ? »

Ces travaux des théologiens, des philologues, des exégètes et des philosophes, en remuant beaucoup de questions sans les résoudre, avaient laissé bien des esprits mécontents, bien des cœurs affamés, bien des âmes attristées et désireuses d'une parole plus consolante. Ainsi s'explique le succès qu'obtinrent les paroles simples et pieuses de Geliert et l'enthousiasme qui accueillit la Messiade de Klopstock, quoiqu'elle ne repose pas, comme le chef-d'œuvre de Dante, sur la base positive et immuable du dogme chrétien. Hamann (1), le penseur prophétique, Claudius, Yécrivain populaire, plus solides dans leurs principes, eurent du succès tous deux : le premier, parmi un nombre choisi de lecteurs ; le second, dans un cercle plus étendu de fidèles, auxquels il recommanda surtout les œuvres de Fénelon (2). Lavater peut aussi être rangé parmi les écrivains qui ont senti la valeur du Christianisme. Par contre, l'immense influence de Gœthe (3), qui chercha à réveiller l'enthousiasme de ses contemporains pour la littérature païenne et l'esprit des Grecs, affaiblit singulièrement la foi renais-

(i) F. Herbst, Biblioth. des penseurs chrétiens, Leipzig, 1830, t. I.

(2) Sur l'enfance de Claudius, cf. Jung Stilling etLavater. ibid., t. II.

(3) Cf. Thotuck, Mélanges, t. II, p. 361-83.

Page 1