MORT DE LÉON X
Malheureusement les dissensions civiles de l'Espagne, la guerre longue et acharnée contre la France, attirèrent l'attention et les forces de l'empereur, et l'empêchèrent de s'opposer énergiquemont aux troubles religieux de l'Allemagne. Aussi l'édit de Worms ne fut exécuté que dans les propres États de l'empereur, dans ceux de son frère Ferdinand, de l'électeur de Brandebourg, du duc de Bavière, du duc George de Saxe et de quelques princes ecclésiastiques; partout ailleurs il resta sans effet, parce qu'on pensait que cette controverse n'était qu'une lutte contre la tyrannie romaine qu'on espérait renverser. Au milieu de ces graves circonstances, la condamnation d'une série de propositions tirées des écrits de Luther, par l'Académie de Paris et quelques autres universités, fit peu d'impression : elle provoqua seulement les plus inconvenantes répliques de la part de Luther, que son séjour à la Wartbourg n'avait nullement modifié (1).
§ 30-1. — Mort de Léon X. Son caractère.
Cf. t. II, § 274, et Audin, Vie de Luther (Cour de Léon X). Cf. le Sion, 1839, n° S5, livr. de juillet.
Pour estimer à sa juste valeur l'autorité de Léon X et l'influence de son pontificat, il faut se rappeler qu'il abolit la Pragmatique-Sanction de France (2), qu'il termina le concile de Latran [1517], qu'il entama les négociations dans l'affaire de Luther par ses deux représentants, Gajetan et Miltitz ; il ne faut pas oublier enfin la position qu'il prit en face de l'empereur Charles- Quint et de son ambitieux rival, François Ier. Il se montra, sous ce rapport, non pas irrésolu, mais prudent et mesuré, accordant tour à tour sa faveur au vainqueur du moment, tenant, trop souvent, plus à la possession d'une province qu'à la véritable prospérité de l'Église. Grand, noble, généreux envers les artistes et
perdue, l'AUemague tomberait également sous le joug turc, il lui fut répondu: « Nous aimerions mieux servir les Turcs que vous, qui servez le dernier et le plus grand ennemi de Dieu, ainsi que l'abomination elle-même. »
(lj Riffel, t. I, p. 304 sq.
(2) Voyez t. II p. 273, sub fine.
30 5 ^05. — DIÈTK DE NUREMBERG
les savants, il les protégeait, non par vanité, mais par goût, par conviction et avec connaissance de cause. Aussi fit-il renaître dans Rome le siècle d'Auguste. Mais il était plus artiste que pontife, plus dévoué aux lettres qu'à la vertu, et c'est ce qui explique en partie sa conduite irrésolue à l'égard de Luther. La religion n'étant point pour lui l'affaire la plus importante, il avait peine à se figurer que d'autres s'exposassent à tant de périls dans le seul intérêt de la religion. Son pontificat fut, il est vrai, des plus brillants, mais non des plus heureux pour l'Eglise. Sa prodigalité exagérée occasionna en partie les désolantes controverses du siècle sur la religion et rendit fort difficile la position de son successeur à Rome [f 1er décembre 1521] (1).
§ 305. — Diète de Nuremberg, fixée au 1er septembre 1522.
Rai/nald. Ann. ad. ann. 1522. Menzel, 1. cit., P. I, p. 105 sq. Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 2504 sq. Riffel, t. I, p. 378 sq. Correspond, du pape Adrien VI avec Érasme. Francf., 1849.
L'invasion imminente des Turcs ayant fait convoquer la nouvelle diète, le pape Adrien "VI résolutd'en profiterpour la solution de la controverse religieuse. D'un caractère entièrement opposé à celui de son prédécesseur Léon X, profondément religieux, vrai prê re, simple dans ses mœurs, Adrien, prit, pour ainsi dire, en horreur les trésors artistiques de Rome, qui lui semblèrent la résurrection des idoles du paganisme. Ce sentiment, hautement exprimé, heurta naturellement les Romains, encore enthousiastes du règne de Léon X. Le mécontentement augmenta bien plus encore lorsque Adrien fit publier, par son légat Chieregati, à la diète de Nuremberg, que, «pour répondre » aussi bien à ses penchants qu'à son devoir, il apporterait » toute sa sollicitude aux changements qu'il fallait intro- » duire, d'abord dans la cour pontificale, d'où sortait peut- » être tout le mal de l'Église, afin que l'amendement et le » salut se répandissent, comme la corruption, de haut en » bas ; » avouant ainsi ouvertement les fautes de la pa-
(1) Voir l'appendice à 1 fin de ce vol. n° 1,
KIXÉE AU 1er SEPTEMBRE 1522. 01
pauté, et promettant de corriger les abus, sans pouvoir cependant devancer le temps nécessaire à cet effet. Persuadé que des ignorants pouvaient seuls admettre la doctrine déraisonnable et insipide de Luther (1), que l'insurrection contre l'antique foi ne provenait que de l'oppression soufferte par le peuple, il espérait calmer et gagner les esprits par ces paternelles promesses, et insista, auprès de la diète, pour qu'on prît des mesures vigoureuses contre Luther ; car, ajoutait-il prophétiquement, la révolte contre l'autorité spirituelle se tournera bientôt contre l'autorité temporelle elle-même. On méconnut l'avis et l'oracle du pape ; on triompha de ses aveux sur les fautes de la papauté et de sa promesse d'abolir les abus de l'Église. On reprit les cent griefs contre le Saint-Siège ; on demanda avec instance la convocation d'un concile œcuménique dans une ville d'Allemagne, où l'on s'occuperait des intérêts généraux de l'Église d'abord, puis de la controverse religieuse excitée par Luther. Jusqu'à ce jour, disaient les États, ils n'avaient pu exécuter l'arrêt qui mettait Luther au ban de l'Empire, de peur d'un soulèvement populaire. Cependant ajoutaient-ils, tièdement, ils arrêteraient de tout leur pouvoir la propagation orale et écrite de la nouvelle doctrine, jusqu'à la tenue du concile, et soutiendraient les évêques qui prononceraient des peines canoniques contre les ecclésiastiques mariés. A la vue de ces dispositions imprudentes et malveillantes à la fois, le légat abandonna la diète, et Adrien s'en plaignit avec une paternelle sévérité (2), et une douleur si vraie et si profonde qu'il semblait accablé du poids et de la responsabilité de toutes les fautes de ses prédécesseurs. Adrien, non content de parler, se mit à l'œuvre et voulut arrêter dans Rome
(1) Dans une lettre qu'il écrivit étant encore cardinal, il dit à propos de Luther: « Qui sane tam rudes et palpabiles hsereses mihi prse se ferre videtur, ut ne discipulus quidem theologiœ, ac prima ejus limina ingressus, ita labi merito potuisset... Miror valde quod homo tam manifeste tamque pertinaciter in fide errans, etsuas haereses somniaque diffundens, impune errare, et alios in perniciosissimos errores trahere irnpune sinitur. » (Burmanni Analecta hist. de Hadr. VI. Traj , 1727, in-4, p. 447.
(2) Lettres aux villes de Breslau et de Bamberg, et au prince électeur de Saxe. Cf. Raynald. ad. ann. 15*3, n° 73-86.