L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN FRANCE SOUS LES BOURBONS
§ 396. — Réorganisation de l'Église catholique en Sardaigne et dans le royaume des Deux-Siciles.
Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, ayant le ferme désir de faire refleurir la religion dans ses États, si diversement administrés, et par là même si profondément troublés sous les divers gouvernements qui s'y étaient succédé, envoya à Rome le comte Barbaroux pour y conclure un concordat [1817], en vertu duquel les diocèses, portés au nombre de 19, reçurent une circonscription nouvelle. Turin, Verceil et Gênes furent érigés en archevêchés. Ferdinand, roi de Naples, sentit la même nécessité, par suite des épreuves auxquelles son royaume avait été soumis depuis le commencement du siècle. Il conclut également avec le Saint-Siège un concordat [16 février 1818] qui, contenant dans ses trente-cinq articles presque toute la législation ecclésiastique, déclarait la religion catholique l'unique religion du royaume des Deux-Siciles ; réunissait quelques évêchés en deçà du phare, et en augmentait le nombre au delà (1) ; réservait la nomination aux abbayes et aux canonicats de libre collation dans les cathédrales et les chapitres collégiaux, au pape dans les six premiers mois de l'année, et aux évêques dans les six derniers ; laissait au Saint-Siège la nomination du premier dignitaire ; restituait à l'Église les biens ecclésiastiques non aliénés ; donnait toute garantie aux possesseurs des biens vendus ; maintenait à l'Eglise le droit d'acquérir de nouvelles propriétés foncières ; étendait la juridiction des évêques ; accordait au clergé et au peuple une liberté illimitée dans leurs rapports avec le Saint-Siège, concernant les affaires ecclésiastiques, et reconnaissait enfin au roi et à ses successeurs le droit de nommer à tous les évêchés vacants.
§ 397. — L'Église catholique enFrance sous les Bourbons (2). Louis XVIII, se conformant aux pieuses traditions de ses
(1) Nouv. hist. de l'Eglise chrét., liv. IV, p. 755-60.
(2) Il est bien entendu que les traducteurs ne prennent en aucune
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ancêtres, tout en proclamant la liberté des cultes par un article de la Charte [4 juillet 1814], déclara la religion catholique religion de l'Etat. L'espoir de trouver dans la religion le principal appui d'un pouvoir encore mal affermi, lui fit mettre coût en œuvre pour consolider l'Église de France, et raviver la foi et la pratique religieuse de ces Français qui, depuis cinquante ans, s'étaient montrés tour à tour enthousiastes politiques, amis des plaisirs, soldats intrépides, travailleurs industrieux, chrétiens par mode et bon ton (1), toujours impressionnables et aussi faciles à entraîner qu'à ramener.
Mais de nombreux obstacles s'opposaient à l'accomplissement de ce noble et louable dessein. Les missionnaires, chargés d'évangéliser le peuple, commirent quelques imprudences, se produisirent mal à propos dans certaines localités, suscitèrent contre eux une polémique pleine de sarcasmes, de fiel et de calomnies, donnèrent lieu à de nombreuses pétitions adressées contre eux aux chambres, et à de véritables émeutes à Brest et à Paris. La jeunesse, élevée au milieu des désolantes scènes de la révolution, ne goûtait guère d'autres lectures que celle des œuvres de Voltaire, de Diderot, de d'Alembert, d'Helvétius, de J.-J. Rousseau, dont Napoléon avaitdéfendu la réimpression, et que, grâce à la liberté de la presse, on reproduisait sous mille formes, au plus bas prix, et de manière à les rendre accessibles à tout le monde. Une réaction salutaire fit, il est vrai, naître la Société catholique poui la propagation des bons livres, présidée par le duc Matthieu de Montmorency ; les évêques, dans une lettre adressée au pape [30 mai 1819], se plaignirent de leur côté. Mais il était difficile d'arrêter subitement le torrent.
Ce que l'Église de France réclamait avant tout, c'était qu'on pourvût aux évêchés vacants, et qu'on mît enfin un terme aux pénibles incertitudes nées du concordat de 1801. Le comte de Blacas, envoyé à Rome, entama les négocia-
façon la responsabilité des jugements que l'auteur porte sur les événements et les hommes de la France. (N. des T.)
(1) Cf. Boost, Nouv. Hist. de France, 1" édit., p. 322 et suiv.;Nouv. hist. de l'Église chrét., liv. IV, p. 655 et suiv.