L EGLISE CATHOLIQUE
§ 398. — L'Église catholique en Allemagne.
Organon, ou Courtes indications sur l'organisation ecclésiastique des cathol. en Allemagne. Augsb., 1830. Les concordats conclus ont été imprimés dans le Corpus juris Ecclesiae catholicorum hodierni, ed. Weiss. Gissœ, 1833; et dans le Droit canon, de Walter, 8e édition. Bonn, 1839. Schenkt, Institut, jur. Eccl. germ., éd. X, emend. Joann. Scheill. Landish., 1830, 2 vol.; et dans l'Hist. de l'Eglise de Droste, t. I. Phillips, Droit can. t. III. Cf. Nouv. hist. de l'Egl. chrétienne, liv. IV, p. 674-77. Bulau, Hist. d'Allemagne de 1806 à 1830. Hamb., 1842.
La députation de l'Empire du 25 février 1803 avait formellement et solennellement déclaré à Ratisbonne (§§ 60-63), que, quant aux sécularisations, si injustement opérées (l), la constitution ecclésiastique des pays sécularisés demeurerait intacte, de même que leur constitution politique, et qu'aucune innovation n'aurait lieu dans les droits respectifs et les rapports de l'Église et de l'État. Néanmoins la juridiction ecclésiastique fut soumise, par suite de la sécularisation, à bien des restrictions arbitraires, auxquelles l'épiscopat opposait le plus souvent de respectueuses et stériles représentations, ou des réserves expresses pour le cas où un concordat serait conclu (2).
La dissolution de l'empire germanique [1806] rendit la situation de l'Eglise plus fâcheuse encore. Les anciens États de l'Empire, indépendants désormais quant à leur administration intérieure, fortifiés par l'accession de nouveaux territoires et la sujétion des villes et des principautés naguère libres, s'appuyant d'ailleurs sur l'article 2 de l'acte constitutif de la confédération du Rhin, qui annulait les lois de l'empire germanique, respectèrent fort peu les droits
(1) Hist. de la Prusse depuis la Paix de Hubertsbourg jusqu'à la seconde capitulation de Paris. 1819, t. II, p. 46-53. Baron de Hormayr, Hist. univ. des temps contemp., t. II, p. 205-218. Gaspari, Recès dedéputation, P. II, p. 106. Kluber, Coup d'oeil sur le congrès de Vienne. 3e sect., p. 399.
(2) Considérations sur les relations de l'Eglise cathol. dans la Confédération du Rhin. Carlsruhe, 1818, p. 143. Cf. aussi Recherches sur les bases du catholicisme en Allemagne. Francf., 1816.
politiques de l'Église, consacrés par un long usage ou par l«s rescrits des diètes et des empereurs. En vertu de leur souveraineté, les gouvernements repoussèrent toutes les réclamations présentées, même par les publicistes protestants, pour la défense des droits ecclésiastiques. Quoique Napoléon eût garanti la liberté du culte catholique, en en faisant une condition d'admission clans la confédération pour les princes protestants, l'autorité de l'ordinaire n'en continuait pas moins à être limitée, resserrée, chaque jour méconnue par les fonctionnaires civils ; et les espérances que donnaient les négociations relatives à un concordat, restaient stériles.
En vain l'archevêque de Tyr, délia Genga, parut, en 1 807, à Munich et àStuttgard, en qualité de nonce apostolique : les dispositions du ministre Montgelas ne laissaient espérer aucun accord tant soit peu satisfaisant pour l'Église. En vain Napoléon, ayant demandé, dans une note adressée par M. de Champagny [21 septembre 1807] au cardinal Caprara (1), qu'on ouvrît a Paris les négociations d'un concordat pour l'Allemagne, obtint le consentement du pape : on ne parvint point à s'entendre, même sur les points les plus nécessaires et les plus essentiels. Enfin, l'Église d'Allemagne devait, à la suite des événements de 1814 et de la reprise de la rive gauche du Rhin par les alliés, concevoir de nouvelles espérances, dont elle attendait la réalisation des travaux du
Congrès de Vienne.
Le congrès ne répondit point aux justes exigences de l'Église, aux légitimes besoins des peuples, à son importante et pacifique mission. L'Église catholique n'avait pas dans le congrès de représentants influents et zélés. L'archevêque de Ratisbonne, Dalberg, dont c'était le devoir avant tout, n'y parut point en personne, et ne s'intéressa. pas d'ailleurs à ce qui se passait au congrès. Pas un prince
(1) Archive* hist. et polit. Paris, 181(J. Voyez Organon, p. 6 sq. V. «
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catholique, pas un homme d'État ne prit la parole pour sou tenir les intérêts de l'Église, qui furent défendus, sans qu'ils parvinssent à faire admettre leurs réclamations et leurs proposilions, par le cardinal Gonsalvi, légat du pape, le vicaire général de Constance Wessenberg, le baron de Wambold, doyen du chapitre de Worms, Helfferich, prébendier de la cathédrale de Spire, et par Schies, autrefois syndic de Saint-André à Worms, alors procureur à la cour supérieure de Manheim. En définitive, Gonsalvi ne put faire autre chose que déposer au congrès (14 juin J815) une protestation, au nom du Saint-Siège, contre les décisions nuisibles à l'Église catholique. Les divers États de l'Allemagne furent obligés d'entrer alors directement en pourparlers (1) avec le chef de l'Église. Le roi de Wurtemberg pourvut aux besoins spirituels de ses sujets catholiques en établissant un vicaire général à Ellwangen et en prenant diverses mesures utiles. La Bavière conclut, avant tous les autres États, avec le Saint-Siège, un concordat formel [o juin 4817], dont l'exécution fut cependant retardée jusqu'au 8 septembre 1821. En Prusse, les affaires ecclésiastiques furent réglées par la bulle De salule animarum [16 juillet 1821], qui ne fut exécutée que deux ans plus tard. Le Hanovre eut son concordat en 1824, pour les diocèses de Hildesheim et d'Osnabruck, et la bulle Impensa romanorum pontificum s'appuyait sur une convention analogue à celle qui était intervenue entre le Saint-Siège et la Prusse. Les princes de Wurtemberg, de Bade, de la Hesse-Électorale, de Hesse-Darmstadt, de Nassau et d'Oldenbourg, réunirent les efforts de leur politique, pensant obtenir par là un résultat plus prompt et plus satisfaisant, et instituèrent à Francfort un comité des concordats [1818], dontles négociations avec Rome eurent peu de succès. Cependant Pie VII publia la bulle Provida solersque sollicitudo [16 août 1821], qui érigea Fribourg en archevêché pour le pays de Bade, et lui donna pour évêchés suffragants, Rottenbourg dans le Wurtemberg, Limbourg dans le pays de Nassau, Mayence en
(1) Cf. les notes du cardinal Consatvi, du 17 novembre 1814 et 14 juin 1815, et le Mémoire du vicaire général de Wessenberg, du 27 nov. 1814. Voyez Organon, p. 9 et sq.
§ 399. — PONTIFICAT OK l.KON XII ET DK PIE VIII. 63
Hesse -Darmstadt, Fulda dans la Ilesse-É'.ectoralc (1). Enfin, la Hollande conclut à son tour un concordat avec le Saint-Siège [18 juin 1827]. La plupart de ces traités fixent la circonscription des diocèses suivant les limites politiques, statuent sur la dotation de l'Église en biens immeubles, constituent les chapitres et déterminent le mode de communication avec le siège apostolique, etc. Dans le grand-duché de Saxe-Weirnar, on régla les affaires de l'Église et des écoles sans le concours des parties intéressées, ce qui motiva [1823] une protestation du vicaire général de Fulda (2). Le roi de Saxe se mit aussi à réglementer les affaires spirituelles de ses sujets catholiques par voie de mandats ou d'ordonnances [■! 9 février 1827] (3).
§ 399. — Pontificat de Léon XII [1823-1829] et de Pie VI 11 [1829-1830],
Artaud, Hist. du pape Léon XII. Paris, 1843. Robiano, t. IV.
L'élévation du cardinal Annibal délia Genga au trône pontifical, sous le nom de Léon XII, adoucit la douleur dont la perte de Pie VII avait affligé toute l'Église. Délia Genga, après avoir montré, dans un grand nombre d'affaires délicates et importantes, un talent consommé et un zèle remarquable, avait été chargé récemment par la confiance de Pie VII, des fonctions de cardinal vicaire (4). Léon XII, répondant aux espérances que son avènement avait fait concevoir, et portant son attention sur les maux dont l'Église était plus spécialement menacée, exhorta vivement, clans son encyclique du 3 mai 1824, Ut prirnum ad summi Pontificatus, tous les évoques de la catholicité à prémunir les
(1) Les Nouvelles bases du système catholique, d'après les pièces et les notices originales. Stuttg., 1821. Conf. Le Catholique, 1825, t. XVIII, p. 257-30-2.
(2) Cf. La Revue trim. de Tubingue, 1825, p. 506 et suiv., et 727 et suiv. Le Catholique, 1825, t. XVI, p. 259 et suiv.
Cf. Planck, Considérations sur les derniers changements survenus dans l'Allemagne cath. Hanov., 1808.
(4) Cf. Nouv. Hist. de l'Eglise chrét., liv. IV, p. 7Ö3-883.