‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 196 sur 332 · PONTIFICAT DE LÉON XII · texte numérisé non relu

PONTIFICAT DE LÉON XII

fidèles contre les deux ennemis les plus dangereux de l'é poque : l'indifférence religieuse, qui mène promptement du déisme au matérialisme, et les sociétés bibliques, qui, sous le prétexte de répandre la connaissance des saintes Ecritures, en défigurent de mille manières le sens véritable. Cette encyclique, amèrement critiquée par les protestants, a été défendue par les hommes les plus doctes et les plus prudents, tels que Sacy (1) et Mezzofanti. Une autre mesure non moins opportune fut la bulle Quo graviora [13 mars 4826], contre les sociétés secrètes. Enfin, la bulle Quod hoc ineunte sœculo proclama solennellement le jubilé, qui n'avait pas pr être célébré en 1800 à cause des orages politiques de l'époque Le pape, poursuivant les sages mesures qui devaient amener la restauration de l'Église universelle, céda aux Jésuites le collège romain, appela des savants distingués aux chaires des autres universités, rétablit le collège Irlandais, consacra une attention particulière au collège Germanique, reconstitua l'ordre troublé dans un grand nombre d'églises. Les anciennes possessions espagnoles de l'Amérique du Sud, ayant secoué le joug de la métropole et adopté le régime républicain, s'adressèrent au Saint-Père pour le prier de leur donner des pasteurs légitimes. Léon XII obtempéra, dans un consistoire tenu en juin 1827, aux vœux des républiques de l'Amérique méridionale qui avaient rompu avec leur ancienne métropole et demandaieat des évêques, potfrvut également, sur la demande de don Pedro Ier, aux besoins spirituels du Brésil, et rattacha enfin à l'Église mère quelques églises schismatiques d'Asie. Mais son zèle apostolique et son amour paternel ne purent parvenir à éteindre les dernières lueurs du jansénisme dans les Pays-Bas. Une mort inattendue arrêta le pieux pontife au milieu de son active et sainte carrière [7 le 10 février 1829]. Léon XII eut pour successeur le cardinal Castiglioni [31 mars], qui prit le nom de Pie VIII. Gomme son prédécesseur, le nouveau Pontife prémunit les

(1) Journal des Savants, année 1824. Mezzofanti dit en parlant de ces bibles : « In quibus versiouibus vix dici potest, quot monstra, quot portenta in lucem edantur, » et il ajoute que la propagation de ces traductions dans l'Orient est un obstacle à l'extension de l'Evangile. Voyez aussi les Feuilles hist.-polit., t. VII, p. 106.

fidèles, dans son encyclique du 29 mai, contre l'indifférence religieuse, les sociétés bibliques et les sociétés secrètes, notamment contre la franc-maçonnerie, qui favorise l'indifférence religieuse et détourne l'esprit des bases positives de l'enseignement et de la pratique de l'Église (1). Comme prince temporel, Pie VIII s'occupa surtout des classes pauvres, diminua les impôts et fournit du travail au peuple. Comme chef de l'Église universelle, il intervint, après la prise d'Andrinople et la paix conclue par les Russes avec la Porte, en faveur des Arméniens catholiques chassés de leur patrie, et obtint pour eux l'érection d'un archevêché arméuien à Constantinople même, le rappel des bannis, la reconnaissance de leurs droits et la restitution de leurs biens. Il invita d'une manière pressante l'empereur du Brésil à abolir l'esclavage dans ses États, et don Pedro prêta l'oreille aux paroles du Père de la chrétienté. L'acte le plus important de son règne fut le bref Litteris alteris abhinc, qu'il adressa à l'archevêque de Cologne et à ses suffragants, à l'occasion des mariages mixtes. La nouvelle inopinée de l'émancipation de l'Irlande, accordée sous le ministère de sir Robert Peel [13 avril 1829], encouragea Pie VIII dès le commencement de son pontificat, et la conquête d'Alger par les Français [juin 1830], qui détruisit le repaire de pirates où pendant des siècles avaient gémi des milliers de victimes chrétiennes, adoucit la douleur que lui causa l'esprit de révolte qui éclatait de toutes parts. Chargé d'années et d'affliction, à la vue des malheurs qui menaçaient l'Église, Pie VIII fut rappelé de ce monde par la divine Providence le 30 novembre 1830.

(1) Cette encyclique est en latin dans le Catholique de 1829, t. XXXIII, p- 254-64. Conf. « La Franc-Maçonnerie, » dans les Feuilles hist. -polit., t. VIII, p. 65-78. Voyez aussi la Nouv. hist. de 1'Eylise chrétienne, liv. IV, p. 831-45.

g 400. — Pontificat de Grégoire XVI [2 février 1831, \et juin 1846.J

Disionario di erudizione autore Gaetano Moroni, t. XXXI, art. Grégoire. Fréd. Bulau, Hist. univ. des années 1830-38. Leipzig, 1838. Rheinwald, Acta historico-ecclesiastica , ann. 1S35-37. Hamb., 1838-40.

Au moment de la mort de Pie VIII, l'Europe était profondément ébranlée par le retentissement qu'avait eu partout la révolution de Juillet. L'italie s'agitait plus que tout autre pays, par suite même de la mort du pape, et déjà la rébellion s'étendait de Bologne aux portes de Rome, quand le conclave, ouvert la 14 décembre 1830, élut, après cinquante jours d'attente, le cardinal Mauro Capellari [2 février], qui avait jadis célébré le triomphe du Saint-Siège (1). Une joie universelle salua l'avènement de Grégoire XVI, qui signala le commencement de son pontificat par des actes de bienfaisance et de fermeté. « Ce qui » nous fortifie, disait le nouveau pontife dans l'acte pu - » blié trois jours après son intronisation, c'est la pensée que » le Père céleste ne permettra pas que les épreuves qu'il » nous envoie excèdent nos forces. » Et il ne fallait, en effet, rien moins que cette confiance et cette volonté inébranlable pour prendre, dans ces temps de révolte et de désordre, les rênes du gouvernement spirituel et temporel de l'Église. Pie VIII, ayant en vain tenté de calmer par de paternelles exhortations la tempête qui avait éclaté dans les légations et qui menaçait Rome, avaitété obligé, pourmettre un terme à la révolte, d'avoir recours aux armes de l'Autriche. Grégoire XVI, voyant éclater partout l'anarchie et le désordre, chercha à prémunir les archevêques de Pologne et de Belgique contre toute immixtion dans les affaires politiques, en leur rappelant leur ministère de paix et les devoirs imposés aux sujets envers leurs souve-

(1) Trionfo délia Santa Sede. Roma, 1799. Yen., 1832. Cf. Nouv. hist. de l'Église chrét., liv. IV, p. 845 et suiv.

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