‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 199 sur 332 · L'Église catholique en Espagne · texte numérisé non relu

L'Église catholique en Espagne

Ferdinand VII, de retour dans ses États, annula la constitution des cortès [1814], qui déplaisait au clergé, et rétablit l'ancien ordre de choses. Mais l'Espagne n'était plus unie. D'un côté, les apostoliques défendaient l'Église ; de l'autre, les libéraux combattaient au nom de la liberté. Ceux-ci triomphèrent, contraignirent Ferdinand à accepter une nouvelle constitution [7 mars 1821]. En 1823, le parti royaliste se releva, et détermina l'intervention des Français, qui rétablit le pouvoir de Ferdinand. Les partisans de la constitution furent à leur tour opprimés et persécutés. Cependant le roi, n'adhérant pas entièrement aux vues du parti apostolique, montra sa prédilection pour le gouvernement monarchique absolu, tel que l'avaient entendu les Bourbons, ses prédécesseurs. Les apostoliques, mécontents, méditèrent de renverser Ferdinand, et de porter sur le trône son frère, don Carlos. De là les troubles de la Catalogne, qui furent bientôt comprimés. Ferdinand, plus que jamais détaché du parti apostolique, épousa, après la mort de la reine Josephe, Marie-Christine de Naples, sa cousine [1829], abolit, par un décret royal du 29 mars 1830, la loi salique dans ses États, et rétablit l'ancien ordre de successibilité castillane, d'après lequel les filles et les petites-filles du roi ont la priorité sur ses frères et ses autres collatéraux. De ce mariage naquit, le 10 octobre 1830, la princesse Isabelle, qui fut proclamée reine d'Espagne à la mort de son père [29 septembre 1833]. Le parti apostolique s'insurgea aussitôt ; la révolte éclata dans les provinces basques et dans l'Aragon, et la reine mère Christine, livrée aux libéraux, ne put se maintenir qu'en faisant chaque jour de nouvelles concessions. Cependant le choléra éclate à Madrid [1834] ; on répand dans le peuple le bruit que les puits sont empoisonnés, que les moines sont les auteurs de ce crime. Une populace furieuse s'empare de plusieurs couvents et en massacre les paisibles habitants. La démoralisation et l'irréligion augmentent de jour en jour. On traduit en espagnol

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les plus mauvais livres français (!) ; un déchaînement général se déclare contre les couvents et les religieux. La loi du 25 juin 1835 supprime neuf cents couvents, etdestinè le prix de la vente de leurs biens et de ceux de l'Inquisition, déjà confisqués, au payement des dettes de l'État. Une insurrection éclate à Madrid [15 août 1835]. On demande la constitution de 1812 ; des députés se rendent à Aranjuez et réclament de la reine la suppression de tous les couvents restants. Le ministre réussit encore cette fois à détourner le coup ; mais, sous le ministère de Mendizabal, la suppression devient presque générale; on pille ce qui reste d'objets précieux, de tableaux estimés dans les couvents abolis ; on vend les vases sacrés pour couvrir les frais de la guerre entre les christinos constitutionnels et les carlistes royalistes (2) ; les biens de l'Église sont déclarés propriété nationale ; la dîme est abolie par les cortès, qui ne veulent pas rester en arrière de la Convention nationale, leur modèle [1837]. En même temps, elles constituent un comité chargé d'élaborer un plan de réforme et de réorganisation du clergé. On appelle dans ce comité des ecclésiastiques qui professent les principes jansénistes et tiennent pour le système épiscopalien. Le comité propose la suppression de dix-sept évêchés anciens, l'érection de cinq nouveaux, la suppression de dix-huit églises cathédrales, et l'entretien aux frais de l'État du culte et du clergé. L'article XI delà nouvelle constitution de 1837 avait déjà déclaré que la nation ne s'engageait à entretenir que le culte et les prêtres de l'Église catholique, à laquelle appartient toute la masse de la nation espagnole.

Grégoire XVI, dans son impartialité, ne voulut point reconnaître, pendant la durée de la guerre civile, la reine Isabelle ; cependant, il ne se prononça en aucune façon contre le nouvel ordre de choses, espérant ainsi ménager les inté-

(1) Cf. l'article important intitulé : « l'Eglise d'Espagne depuis la mort de Ferdinand VII, » extrait de la Gazette d'Etat de Prusse, .-\ans le Sion, 1841, n°i28, 24 octobre, supplément. Voyez aussi les Feuille.s historiques, t. VII, p. 488-98.

(2) Lutte de la monarchie et delà révolution en Espagne sous don Carlos et Marie-Christine, dans les Feuilles hist., t. III, p. 104-315. Cf. aussi t. IV, p. 041 etsuiv., 705 etsuiv.

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rets de l'Église. Mais une partie du clergé, moins prudente que le pape, se déclara hautement en faveur de don Carlos, et il en résulta que divers diocèses restèrent sans pasteurs ; que les moines et les religieuses ne reçurent point leurs pensions ; que les sommes indispensables pour les besoins du culte ne furent point payées; que les curés euxmêmes se virent réduits à la plus extrême détresse (1). D'un autre côté, le gouvernement nomma des archevêques que le Saint-Siège ne put reconnaître et instituer, et, qu'en attendant les arrangements définitifs à intervenir, le gouvernement fit élire par les chapitres-administrateurs des diocèses. Enfin le gouvernement reconnut, sous le ministère du comte d'Ofalia, l'absolue nécessité de prendre en considération l'état déplorable de l'Église ; une commission fut nommée pour délibérer sur les moyens de rétablir les relations entre le gouvernement espagnol et le Saint-Siège (2). L'agent politique envoyé à Rome, don Julien Villalba, y déploya une grande activité, et fut appuyé par la France. Une conclusion était urgente ; déjà vingt-deux sièges épiscopaux vaquaient en Espagne et dans les colonies (3). La guerre civile s'apaisa peu à peu après la convention de Vergara, entre Espartero et Maroto. Les Espagnols, fatigués de si rudes épreuves, tournèrent de nouveau leur regards vers le Ciel et vers l'Église ; la foi et la pratique religieuse semblèrent [renaître avec la paix du dehors. De toutes parts s'élevèrent des organes de la réaction catholique. On vit paraître alors les journaux la Religion, le Catholique, el Pro fêta, qui défendirent à la fois les intérêts de l'Église et de l'Etat. Malheureusement, le mouvement de septembre 1840, qui eut pour but et pour résultat l'abdication de la reine Christine, renouvela les in-

(1) On écrivait alors dans une lettre de Madrid : « L'archevêque d'Albaracin vient de mourir : jamais ecclésiastique espagnol n'avait eu à subir une aussi profonde misère que ce prélat au moment de sa mort. » Gaz. ecclésiast. publiée par Hœninghaus. 1840, n« 2. Et encore: « La duchesse de Goa vient de faire un appel au public pour venir en aide aux religieuses qui meurent de faim. » Ibid., 1839, n°86.

(2) Cf. Gazette ecclésiastique, 1839, n° 31.

(3) Ibid., 1840, n" 27 et 45, et la Gazette d'Augsb., 1840, n° 222.

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