EN ESPAGNE
quiétudes et les dangers de l'Église d'Espagne. Les juntes insurrectionnelles des provinces se livrèrent aux plus odieuses violences envers les membres du clergé, chassèrent de leurs sièges les évêques et les curés, et instituèrent à leur place des prêtres dits libéraux. La junte de Madrid alla même jusqu'à suspendre la plupart des assesseurs du tribunal ecclésiastique (Rota de la nunciatura apostolica), qui existait depuis Clément XIV [26 mars 1771]. Le nonce apostolique Ramirez de Arellano ayant fait ses réserves au nom et pour les droits de l'Eglise, contre ces actes de violence, le gouvernement provisoire d'Espartero le fit conduire à la frontière [29 décembre 1840].
L'hostilité de l'Espagne contre l'Église et la cour de Rome parvint ainsi à son apogée, malgré l'allocution prononcée par le Saint-Père, en date du 1er février 1836, et la nouvelle allocution du 1er mars 1841, dans laquelle Grégoire éleva la voix pour repousser, en présence du Dieu tout-puissant, les outrages dont le gouvernement espagnol accablait l'Église (1). Le gouvernement révolutionnaire d'Espagne opposa à l'allocution du pape le manifeste du 30 juillet, dans lequel, avec une rare perfidie, dénaturant le caractère purement religieux de l'allocution, il la considère comme une déclaration de guerre, comme un acte émané, non du chef de l'Église, mais du souverain temporel de Rome, offensant pour l'honneur de la nation espagnole intéressée à se venger de ces outrages gratuits. En conséquence, le gouvernement prit sur-le-champ les mesures les plus violentes contre les ecclésiastiques disposés à propager l'allocution pontificale. Enfin, pour achever d'asservir l'Église, le ministre de justice et de grâce, Alonzo, renouvela une expérience fréquemment tentée, en rompant de fait les rapports entre l'Église et son chef, et en instituant de vive force les évêques nommés par le gouvernement et non reconnus par le Saint-Siège. Mais alors les prélats mêmes qui appartenaient au parti du mouvement s'élevèrent contre l'asservissement de l'Église. Ainsi l'archevêque de Tolède, primat d'Espagne, Yallejo, naguère persécuté comme libéral
(1) Voyez le jugement porté sur la réponse du ministère espagnol dans les Feuilles hist. t VIII, p. 4G7-71.
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sous Ferdinand VII, abdiqua sa dignité, en déclarant au régent que lui et Alonzo ne pouvaient entrer dans le même sac. Il eut pour imitateurs Posadas, archevêque de Valence ; Ortigosa, archevêque de Burgos et administrateur de Malaga, renommé d'ailleurs par son zèle libéral. Les évêques de Calahorra, de Pampelune, d'Urgel, de Palencia et les archevêques de Séville, de Saragosse, de Gordoue, protestèrent également contre les violences du gouvernement, et expièrent leur opposition par le bannissement ou l'expulsion de leurs sièges. Les chapitres de Daroco, d'Oviédo, de Tolède, de Lugo, de Saragosse, et beaucoup d'ecclésiastiques isolés ressentirent aussi pour leur part les effets de la colère du régent. Dans cette extrémité, le pape Grégoire envoya à toute l'Église une encyclique qui invitait les fidèles à concourir par des prières publiques au salut de l'Église d'Espagne (1). La catholicité, douloureusement émue, obéit à l'appel du Saint-Père, répondit par des prières universelles, confiante dans l'antique piété et l'avenir d'une nation qui, après avoir vaincu l'islamisme, saurait surmonter les dangers de sa situation présente, et devenir libre sans être infidèle. Alors parurent en effet des évêques d'un courage héroïque, des écrivains pleins de foi et de talent, comme Balmès [f 1848], des hommes d'État habiles et chrétiens comme Donoso Cortès [f 1851] (2). » Nous sommes certains, disaient les organes de la partie » saine de la nation, que l'Église ne sortira pas de ces » épreuves sans en avoir grandement profité. Vous prêchez » la liberté : eh bien, c'est la liberté que nous voulons, » pournous et pour l'Église. La religion catholique est une » loi sacrée, gravée sur les tables de nos libertés natio-
(1) L'original latin dans le Catholique. 18-41, avril, suppl., p. xvj et suiv. Le gouvernement espagnol prit encore des mesures contre 'exécution de cette encyclique.
(2) Les nombreux écrits de Balmès sont politiques, philosophiques et théologiques ; ils ont été traduits en français, en allemand. Nous indiquons ici : « Observations sociales, politiques et économiques sur les biens du clergé. — Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne. — Lettres à tm sceptique. — Voie de la vérité. — Compendium des clameurs de a philosophie. » — Les écrits politiques de Donoso Cortès ont été publiés ensemble à Madrid.