EN ESPAGNE
» nales. C'est dans notre foi et dans sa puissance divine que
» nous puiserons la persévérance nécessaire pour sauver
» notre indépendance, à travers les abominations dont
» nous sommes témoins. » « Voyez, ajoutaient-ils en s'a-
» dressant au jeune clergé, voyez, jeunes prêtres, le siècle
» vous appartient, car c'est la jeunesse qui est appelée,
» dans les époques de bouleversement, à conserver la tradi-
» tion sacrée. Apprenez donc la sagesse au pied de la croix,
» afin que la patrie, qui met en vous son espérance, ob-
» tienne un jour la paix et retrouve le bonheur, sous la
» protection de la foi renaissante . »
Les persécuteurs de l'Église ne tardèrent pas à subirleur destinée : le ministère fut renversé, le régent Espartero expulsé du royaume, Isabelle II déclarée majeure et appelée au gouvernement [octobre 1843]. La nouvelle administration débuta par quelques actes de justice envers l'Église, en permettant aux évêques exilés de rentrer en Espagne, en affranchissant l'épiscopat de la tutelle politique (1), et en rétablissant la rote de la nonciature apostolique, sans revenir cependant sur la vente des biens de l'Eglise (2). Après de longues négociations, la reine put, en ouvrant les cortès [15 décembre 1848], annoncer que les rapports avec le Saint-Siège étaient rétablis : on négociait encore quand, en juillet 1854, il éclata une révolution nouvelle qu'Espartero, rappelé, eut la mission d'apaiser.
§ 402. — L'Église catholique en Portugal.
En Portugal, après la mort de Maria, arrivée le 26 mars 1816, son fils Jean VI devint roi; il ne quitta point toutefois le Brésil. Les Anglais occupaient toujours le pays. Les Portugais, excités par les troubles qui agitaient l'Espagne, se soulevèrent contre l'étranger (1820). A Lisbonne et à
(1) Ltt Catholique, 1844, n. 15 et 16. L'Espagne depuis la chute d'Espartero, dans les Feuilles hist.-polit., t. XIV, p. 209-229.
(2) Jacques Balmès, le Protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisationn européenne. Paris, 1844, 3 vol. in-8.
76 § 402. — l'église catholique
Oporto, le peuple demanda l'éloignement des Anglais et la formation de juntes. Les Cortès furent convoquées et décrétèrent une constitution semblable à celle de l'Espagne. Le roi Jean, qui se décida enfin à revenir du Brésil, fit serment de l'observer [1er octobre 1822]. Le gouvernement des Cortès ayant été aboli en Espagne, une réaction eut également lieu en Portugal contre la constitution. La reine Charlotte, sœur de Ferdinand Vil, et le prince don Miguel travaillèrent activement au rétablissement de l'autorité royale, et le roi à la suite du soulèvement du 27 mai 1823, auquel prirent part le peuple et l'armée, abolit la constitution. Son caractère faible et indécis porta don Miguel à se révolter contre son père [23 avril 1824]; mais il fut battu.
Jean VI mourut le 10 mars 1826. Le prince royal don Pedro, qui était empereur constitutionnel du Brésil depuis 1822, époque où ce pays s'était détaché du Portugal, ne pouvant point sur-le-champ succéder à son père, confia le gouvernement de la monarchie portugaise à sa fille encore mineure, Dona Maria da Gloria, sous la tutelle de sa sœur Isabelle Maria, qui dut accepter une charte libérale. Mais don Miguel se présenta comme prétendant au trône et fut proclamé roi par les Cortès. Alors commença entre don Miguel et don Pedro qui était accouru au secours de sa sœur, une guerre qui dura deux ans [1832-1834].
Le peuple et le clergé étaient pour don Miguel, qui prit, contre les Cortès, la défense des droits et des biens de l'Église. Quant à don Pedro, c'était au nom de la liberté qu'il voulait remettre sa fille sur le trône, et ce fut lui qui l'emporta avec l'aide de l'Angleterre et de la France. Don Miguel fut contraint de renoncer à la lutte; il mourut à Wertheim, dans le Grand-Duché de Bade, le 14 novembre 1866. Alors les malheureux temps de Pombal semblèrent renaître pour l'Église. Don Pedro ordonna, en effet, par un de ses premiers décrets, [28 mai 1834], la suppression des ordres militaires et religieux, des hospices, et la confiscation de leurs biens, comme il avait déjà antérieurement déclaré vacantes toutes les prélatures dont les titulaires avaient été nommés par Rome, sur la présentation de don Miguel; il supprima les dîmes et réduisit à une extrême détresse les curés, auxquels le gouvernement ne payait pas le traite-