‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 203 sur 332 · SOUS LOUIS-PHILIPPE · texte numérisé non relu

SOUS LOUIS-PHILIPPE

fut repoussée par Grégoire XVI dans son encyclique du 15 août 1832. La lecture de l'Avenir fut défendue dans tous les diocèses. Le journal cessa de paraître. La rétractation que fit M. de Lamennais ne parut point sincère au souverain pontife, et ses craintes ne tardèrent pas à être justifiées par la publication de deux brochures d'une effrayante éloquence (les Paroles d'un croyant et le Livre du peuple (1). L'auteur, confondant les idées les plus simples, partait de l'Évangile pour prêcher le meurtre des rois, mettre le clergé à la tête des insurrections populaires, et faire de la croix l'étendard universel des nations déchaînées. Sa parole est, en apparence, celle de l'Évangile ; dans le fait, elle en est une odieuse parodie, car elle provoque au crime. Aussi l'auteur, ne pouvant soutenir plus longtemps cette hypocrisie sacerdotale, jeta le masque, et l'abbé de Lamennais ne fut plus qu'un jacobin ordinaire. Lorsqu'il se sépara volontairement de l'Église, à laquelle il avait semblé vouloir incarner la révolution, il ne fut suivi d'aucun des hommes qui avaient participé à ses travaux et à ses premiers efforts, et l'abbé Gerbet eut la douleur de combattre, en celui qui fut l'ami de sa jeunesse, l'ennemi de tout ce qui lui était le plus cher (2). Un autre prétendu

(1) Paroles d'un Croyant. Paris, 1833. Bautain, Réponse d'un chrétien aux Paroles d'un Croyant. Strasb. et Paris. 1834. Paroles d'un voyant à M. de Lamennais, par Ch.Faider. Brux., 1834. Paroles d'un croyant, par l'abbé de Lamennais quand il était croyant. Brux., 1838. Baumgarlen-Crusius, Réflexions sur quelques écrits de Lamennais, Iéna, 1834. Carové, Critique des Pèlerins de Mickiewicz, des Paroles d'un croyant par Lamennais, des Réponses de Bautain, Faider, etc. Conf. la revue qu'en a faite le Dr Huck. Revue de Bonn, 20° livr.. p. 103-126. Conf. ibid., ioe livr., p. 145-165, etil« livr., p. 192 et suiv.

(2) L'abbé Gerbet écrivit à ce sujet les lignes suivantes : « On sent tout ce que ces paroles me coûtent. Celui qui déclare une guerre ouverte à l'Église, qui prophétise sa ruine, qui, dans les dernières pages de l'écrit qu'il vient de publier, n'a pas craint d'outrager par le plus brutal sarcasme l'auguste vieillard que la chrétienté salue du nom de Père, a eu en moi un ancien ami qui l'aimait d'une amitié née au pied des autels, et qui avait pour lui autant de dévouement, je crois, qu'aucun des amis nouveaux qui sont venus courtiser sa révolte. A ce souvenir, je tombe à genoux, offrant pour lui à Dieu des prières dans lesquelles il n'a plus foi; et je ne me relève que pour combattre dans l'ami de ma jeunesse l'ennemi de tout ce que j'aime d'un éternel amour. » (Université cathol., recueil philosoph., scicntif. et Ut., t. III et IV. Paris, 1837.)

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réformateur, l'abbé Châtel, marcha vers son but d'une manière beaucoup plus nette ; il crut l'époque de la révolution de Juillet favorable à l'établissement d'une Église catholique française [août 1830]. Quelque temps après la révolution, il fit imprimer son symbole, et loua dans le faubourg Saint-Denis, à Paris, un local pour le culte qu'y devait célébrer le primat de la nouvelle Église. Il n'eut pas plus de succès que tant d'autres réformateurs déçus ; il ne parvint jamais à déterminer bien nettement les principes de sa réforme, et réfuta successivement plusieurs des dogmes qu'il avait antérieurement défendus, tels que la divinité du Christ. Sa principale réforme, si ce nom convient à un système antichrétien du rationalisme le plus mesquin, consista à se servir, dans la liturgie, de la langue française. Il prêchait sur les sujets les moins religieux, mêlant la politique au dogme, le blasphème au ridicule, annonçant un jour, par exemple, qu'il parlerait de la dignité des femmes, et qu'après le sermon il distribuerait des bouquets à toutes les dames (1 ); un autre jour, que le service divin serait célébré en l'honneur de Napoléon, qu'il plaçait parmi les saints de son nouveau calendrier ; enseignant dans son catéchisme (2) que la mort du Christ n'est sublime que parce que le Christ fut un martyr de la vérité, mort pour la défense de la loi naturelle, qui comprend toute religion. L'influence de l'abbé Châtel fut toujours fort restreinte, et il ne resta bientôt plus rien d'une secte dont le prétendu temple fut fermé, par ordre du gouvernement, en 1842. Un de ses principaux adhérents, l'abbé Auzou, se réconcilia avec l'Église, et supplia ceux qu'il avait égarés d'imiter son exemple. Les Templiers, qui, comme Châtel, avaient cru la révolution de Juillet une époque favorable pour se montrer au jour, disparurent comme l'Église française, après avoir excité plus de curiosité que d'intérêt.

(1) Géramb, Voyage à Rome, p. 50.

(2) Fr. Kunstmann, la Secte de l'abbé Châtel (Revue théol. de Frib., t. III, 1" liv., p. 57 etsuiv.). Catéchisme à l'usage de l'Ëgl. cat. franc., par l'abbé Châtel. Paris, 1837. Réforme radicale. Nouvel Eucologe à l'usage de l'Église cathol.; 3e édit. Paris, 1839.

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Le gouvernement de Juillet, averti d'un côté par ces symptômes alarmants, agissant de l'autre peut-être dans l'intérêt de son existence et de sa consolidation, se rapprocha de l'Église catholique et dirigea principalement son attention vers l'instruction populaire, à laquelle le clergé se consacrait avec zèle et activité, et dans laquelle se distinguaient particulièrement les Frères des écoles chrétiennes, ceux de Saint-Joseph (1), les Ursulines et les dames du Sacré-Cœur pour l'éducation des femmes. Peu à peu, le clergé se rapprocha à son tour du gouvernement* Il eut la sagesse de s'abstenir des affaires politiques et de vouer toute son activité et toutes ses forces aux devoirs de son auguste ministère. Il se signala partout par un zèle sincère, par une tenue sévère et par une haute dignité morale. Ses ennemis mêmes rendirent hommage à sa moralité. De son côté, l'épiscopat de France, si digne et si remarquable, s'efforçait, par des retraites annuelles et de pieux exercices, d'entretenir la ferveur nécessaire à la vocation du prêtre. Le jansénisme et le gallicanisme, qui divisaient autrefois le clergé français, disparurent presque entièrement, et le gouvernement prêta volontiers la main à un rapprochement de plus en plus intime avec le Saint-Siège. On travailla également, par deux voies différentes, à développer la culture intellectuelle du clergé. D'une part, Didot, Gaume, Gaillau, Migne (2), etc., publièrent, à

très-bon marché, de nouvelles éditions des Pères de l'Église et des principaux commentateurs catholiques de l'Ecriture, afin d'encourager les ecclésiastiques à l'étude des Pères et de la Bible ; d'autre part, des hommes tels que

(1) Cf. sur les établissements religieux de la France, le Catholique de 1841, octobre, p. 1-19; 1842, janvier, p. 26-46; mars, p. 231-254, Suivant le Constitutionnel du 14 décembre 1843, i) y avait en France 1,329 hospices pour les malades et les pauvres; 6,275 bureaux de charité donnaient des secours à 695,932 personnes; les congrégations religieuses de femmes soignaient l ,200,000 malades et fournissaient 10,371 maîtresses pour élever 620,950 enfants; les Frères de la doctrine chrétienne étaient au nombre de 2,136, et faisaient l'éducation de 150,000 enfants.

(2) Caillau, Introductio ad SS. Patrum lectionem, qua eorum tempora vita, opéra, operumqne precipuas editiones et concionandi modus, etc., describuntur. Mediol., 1830, 2 vol. Plusieurs Pères ont été

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MM. Gerbet (1), Bautain (2), de Montalembert (3), Lacordaire (4), Rio, Marcel de Serres, Blanc Saint-Bonnet, Debreyne, Siguier, Doney, Receveur, Rohrbacher, Glaire, Gousset (5), Nicolas, D. Pierre, Dupanloup, etc., travaillèrent à donner à la théologie une tendance plus spéculative et plus profonde. L'Ami de la religion, journal religieux rédigé par M. Picot [-f en 1840], V Université catholique, Y Union catholique, Y Univers, etc., exercèrent une influence active sur le clergé. Grâce à tous ces efforts, l'esprit religieux fit de notables progrès après la révolution de 1830, malgré les odieux attentats qui, trop souvent, menacèrent l'ordre temporel aussi bien que l'ordre spirituel. Ainsi, à Paris, le retour vers les choses religieuses fut bien marqué : les églises furent plus fréquentées, les stations de l'Avent et du Carême très-suivies. L'Académie française elle-même

publiés complètement dans l'original, tels que SS. Augustin et Chrysostome; d'autres ont paru dans un grand nombre de volumes d'une façon moins satisfaisante, par extraits et seulement en latin. Une édition complète des Pères grecs et latins en 300 volumes in-4, a été publiée par M Migne. Pour l'exégèse et la dogmatique, on peut citer le prospectus suivant d'ouvrages déjà édités : Sacrae Scripturae et Tbeologiae Cursus completus ex tractatibus omnium perfectissimis ubique habitis, etc., 56 vol. in-4. Paris, éd. Migne.

(1) Gerbet, Considérations sur le dogme fondamental de la piété chrétienne; l'enseignement philosophique de Descartes; Coup d'oeil sur la controverse chrétienne depuis le premier siècle jusqu'à nos jours. L'auteur a retiré ces deux derniers ouvrages.

(2) Bautain, l'Enseignement de la philosophie en France au XIXe siècle; Philosophie du Christianisme; Philosophie morale. Marcel de Serres, (professeur de minéralogie, etc.), de la Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques. Paris, 1838. Debreyne, Essai sur la théologie morale considérée dans ses rapports avec la physiologie et la médecine. Paris, 1842. Blanc Saint-Bonnet, de l'Unité spirituelle de la société et de son but au delà du temps. Paris, 1841, 3 vol. in-8. (Tentative fort remarquable pour faire accorder un système de pbilosophie avec la doctrine catholique.) Siguier, Grandeurs du catholicisme. Abbé Védrine, Coup d'œil sur les souffrances et les espérauces de l'Église dans sa lutte contre l'oppression de la conscience et les maux du XIXe siècle.

(3) Vie de sainte Elisabeth de Hongrie. — Du Vandalisme dans l'art.

(4) Lacordaire, le Saint-Siège. — Les ordres religieux de notre temps. Vie de saint Dominique. Paris, 1841.

(5) Gousset, archevêque de Reims : Théologie morale. Paris, 1844, 2 vol. in-8. Théologie dogmatique. Paris, 1848, 2 vol. in-8.

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