L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN BELGIQUE, ETC
§ -406. — L Eglise catholique en Belgique et en Hollande
De Ram (Synodicum Belgicum), nova et absoluta collectio Synodorum tam provincialium quam diœcesanar. Archiepiscopatus Mechlin., t. I. Mechl., 1828; t. II, 1833; t. III, Antv. et t. IV, Gandav. Lettres écrites de la Belgique (Feuilles hist., t. VII, p. 627 et suiv., t. VIII, p. 45 et s. 210 et suiv., 411 et suiv., 50L et suiv., 731 et suiv. ; t. IX, p. 783 et suiv.).
Le cardinal archevêque de Malînes, Frankenberg [f en 1804], avait combattu avec un zèle héroïque les tentatives faites en Belgique pour y introduire les principes Joséphistes et en désorganiser l'Église. Sa déclaration doctri • nale [26 juin 1789] sur le séminaire général de Louvain, dirigée contre la création des séminaires généraux institués par Joseph, est une preuve de la constance du clergé belge en face des tentatives des illuminés et des joséphistes. On se ressentit des effets de son zèle et de son activité jusqu'à la fin de la domination française, qui nJinflua que médiocrement sur l'esprit religieux du pays. Sous la domination hollandaise, la Belgique eut à soutenir des luttes pareilles pour la conservation de sa foi et la liberté de l'Église. Lorsque Guillaume, stathouder de Hollande, prit le titre de roi des Pays-Bas [16 mars 1815] et donna une constitution au pays [15 juillet 1815], il y promit d'une manière générale la liberté de l'Église catholique. Mais divers paragraphes de l'acte constitutionnel restreignaient singulièrement cette liberté et provoquèrent les réclamations des évêques et des vicaires généraux. Loin d'y faire droit, la partialité, la violence et l'oppression ne firent qu'augmenter à l'égard des catholiques. On supprima leurs collèges et leurs universités, et on obligea les étudiants en théologie à fréquenter les cours du collège philosophique de Louvain, fondé en 1825. Le mécontentement qui en résulta devint si menaçant, que le roi Guillaume fut obligé d'en venir à un concordat [1827]. Les négociations traînèrent en longueur, et, pendant que le gouvernement relevait les candidats du sacerdoce de l'obligation de fréquenter le collège de Louvain, il faisait paraître d'autres mesures restrictives de la liberté des évêques et des étudiants, rendait
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la langue hollandaise obligatoire, violait de plus en plus les coutumes et les mœurs nationales, et déterminait la violente séparation de la Belgique et de la Hollande [1830], révolution à laquelle le clergé belge, calme et soumis, ne prit aucune part active. Depuis lors, on vit se développer de plus en plus, en Belgique, l'esprit catholique, dominant l'opinion publique et l'éducation, dirigée par des ecclésiastiques zélés, parmi lesquels se distinguent le cardinal Sterckx, archevêque de Malines, et M. Van Bommel, évêque de Liège. Les couvents se relevèrent. Après les débats de tout genre et les expériences nombreuses dont le collège philosophique de Louvain fut l'objet (4), on créa, à l'aide de fondations pieuses et de contributions volontaires régulièrement fournies par les catholiques, l'Université catholique libre de Malines (2), transférée plus tard à Louvain, et inaugurée solennellement le 1er décembre 1835. Opposée à l'Université libérale de Bruxelles, cette institution, une des plus importantes créations catholiques de notre époque, devint l'établissement d'instruction publique le plus fréquenté de la Belgique. L'Église belge, comprenant sa situation, ne négligea rien pour se réconcilier avec les idées utiles du siècle et pour les ennoblir. La Société pour la propagation des bons livres exerça une action salutaire sur le peuple. Ce fut, après la France et la Bavière, la Belgique qui se distingua le plus par son zèle pour les missions étrangères (3). En vain l'abbé Helsen (4), suspendu par suite de l'irrégularité de ses mœurs, prétendit fonder une Église soi-disant catholique et apostolique, loua, à cet
(1) On trouve sur ce sujet plusieurs travaux eu sens contraire dans le Catholique de 1825, déc, suppl., p. XXXIII et s., et 1326, janv., p. 83-101, et suppl., p. 1 et suiv. Revue trim. de Tubingue, 1826, p. 77 et suiv. Smets, Revue cathol. de Cologne, t. I et II. Par suite de ces diverses critiques, le roi de Hollande rendit, en 1829, deux ordonnances qui abrogèrent, en apparence seulement, les mesures de 1825. Voy. le Catholique, août 1829, suppl., p. XXIV et suiv., et octobre, p. 47 et suiv.
(2) Pour la circulaire de l'archevêque de Malines, des évêques de Tournay, Gand, Liège, Namur, Bruges, dans le but de fonder l'université par actions, voyez les journaux du temps.
(3) Cf. Gazette ecclésiast. de Hœninghaus. année 1839, n° 72.
(4) Voy. Revue de Bonn, 9' livr., p. 187-189.
effet, un local dans la loge des francs-maçons de Bruxelles, et dit la messe en français et en flamand, après avoir reçu de Fabre Palaprat la consécration épiscopale. Il s'épuisa en déclamations contre la prétendue démoralisation du clergé, lassa la curiosité publique, fut repoussé par la chambre, qui l'assimila à Châtel et aux autres histrions politico-religieux, et son parti se fondit tout aussi promptement que celui du sectaire français, ne laissant après lui que quelques révolutionnaires exaltés et quelques républicains mécontents. Helsen, cependant, touché de la grâce, revint à la vérité [14 novembre 1842], et mourut, quelque temps après, dans le giron de l'Église. Contre toute attente, les ordres monastiques prirent un essor extraordinaire. En 1829, la Belgique ne comptait que 280 maisons d'hommes et de femmes ; dès 1848, elle en avait 779, où l'on se livrait à la contemplation, à l'instruction, au soin des malades et aux autres besoins sociaux, malgré l'opposition haineuse des francs-maçons qui, nulle part en Europe, n'ont montré autant d'acharnement qu'en Belgique contre les institutions religieuses.
L'Église catholique de Hollande a résisté à la haine invétérée des calvinistes, à l'action dissolvante du jansénisme, aux mesures plus récentes et tout hostiles du gouvernement. Suivant les documents officiels, il y avait en janvier 1840, parmi les 2,860,430 habitants du royaume, 1,100,616 catholiques (1). Malheureusement le schisme fanséniste d'Utrecht s'est perpétué jusqu'à nos jours; en 1821, outre l'archevêque d'Utrecht, 24 curés et 2,520 schismatiques, on comptait encore l'évêque janséniste suffragant de Harlem, avec 20 curés et 2,438 âmes, et l'évêque de Deventer, sans curés ni troupeau. Tous ces prélats ont été excommuniés par Rome, et, sans les secours qui leur arrivent de France, on aurait vu, depuis longtemps, tomber le séminaire janséniste d'Utrecht et le schisme qu'il entretient. Les catholiques ont formé jusque dans les derniers temps la mission hollandaise, administrée par un vicaire apostolique, et comprenant sept archiprêtrcs, dans les provinces de Hollande, Zeeland, Utrecht, Frise,
(l) Cf. le Catholique, févr. 1825, suppl., p. XVII-XXVII.
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Groeningue, Ober-Yssel et Salland, partagées elles-mêmes en décanats et 403 stations ou paroisses. Le cardinal Brancadoro, archevêque de Nisibie, arriva en Hollande en qualité de supérieur de la mission hollandaise, et donna le sacrement de la confirmation, au milieu des témoignages visibles de l'attachement du peuple pour le pape. Plus tard, ce fut le vice-supérieur Ciamberlani qui fut chargé du soin de la mission et qui, établi à Munster, accorda les pouvoirs et les dispenses nécessaires. Ciamberlani dirigea également, sous le règne de Louis Bonaparte et de son successeur, la mission de Hollande ; mais le gouvernement protestant restauré en 1815 le fit inopinément arrêter à Malines [1815] et conduire hors des frontières, malgré l'indignationmanifestéeparlescatholiques.Ge ne fut qu'en 1823 qu'on revint sur cet acte de violence, et qu'on autorisa de nouveau Ciamberlani à s'occuper de la mission hollandaise. Son premier acte fut la consécration de la chapelle et du séminaire de Warmond, près de Leyde (1), dus aux sacrifices du clergé et des fidèles [1819]. L'Eglise et le clergé hollandais ont conservé le souvenir de l'abbé Raynal, aumônier de l'ambassade espagnole à la Haye [-j- le 6 juillet 1822], qui, chassé de l'évêché de Cahors par la révolution française, se retira dans les Pays-Bas, et rendit, dans ces circonstances critiques, les plus grands services à l'Église catholique hollandaise, par son zèle, son action bienfaisante sur le clergé et sa vie édifiante. D'après le concordat dont nous avons parlé plus haut, et qua le roi Guillaume avait conclu avec le Saint-Siège, pour les Pays- Bas, deux évêchés suffragants devaient être érigés en Hollande : l'un à Amsterdam, l'autre à Bois-le-Duc (2). Cet.
(J) En 1825, il y avait dans les anciens États de la Hollande quatre grands séminaires, entre autres ceux de S' Herrenberg,prèsd'Emmerich, dans le pays de Gueldre, de Hœwen, près de Breda, et de Warmond; et trois petits, à Guilemberg, près Utrecht, à Hagewald, etc., et dont l'existence était indispensable . après la suppression de l'Université de Louvain.
(2) Il est dit dans le concordat : « (Habebit) Ecclesia Amslelodamensis provincias Hollandise septentrionalis, Hollandiae orientalis, Ultrajecti, Overhysellii, Frisise, Groninguœ et Drenthte;... Ecclesia Boscoducensis provincias Brabantiœ septentrionalis, Gueldriae et. Seelandiee« »
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article ne fut point réalisé. Le gouvernement fit dominer partout le principe protestant, et ne craignit point de heurter, quelquefois d'une manière violente, les principes de ''Église catholique.
Le sérieux avertissement donné par la révolution de Belgique en 1830 ne valut point encore à l'Église catholique de Hollande sa pleine liberté, quoique, depuis l'avènement de Guillaume II [7 octobre 1840], on eût pu fonder quelque espoir sur les négociations entamées par le nonce Capaccini. Le calvinisme prouva de nouveau son intolérance par d'odieuses démonstrations, qui restèrent heureusement sans suite, lorsque Pie IX (7 mars 1853) rétablit la hiérarchie épiscopale en Hollande, dans l'archevêché d'Utrecht et les évêchés suffragants de Harlem, Bois-le- Duc, Bréda et Rœrmonde. Le Luxembourg, soumis h Guillaume II, fut comme grand-duché confié à la direction spirituelle d'un digne évêque, M. Laurent, qui, renvoyé de Hambourg, où il avait rempli les fonctions de vicaire apostolique pour l'Allemagne septentrionale, retrouva les mêmes hostilités et ne put résider dans son diocèse. Lorsque, en 1848, le principe de la liberté de conscience fut inscrit dans la constitution, les Jésuites purent eux-mêmes s'établir solidement en HoHande.
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Les pièces se trouvent surtout dans la Revue trim. de Tubingue, 1819 et années suiv. Rheinwald, Acta hist. ecclesiast., ann. 1S35, p. 31 et sq.; ann. i>36, p. 58 et sq.; ann. 1837, p. 82 et sq. L. Snell, Récit authent. des changem. survenus dans la Suisse cathol. Surs., 1831. Pour les temps les plus récents, voyez la Gazette ecclesiast. de la Suisse depuis i832. Fr. Hurter, des attaques faites contre l'Eglise cathol. en Suisse depuis 1831, 4° sect. Sehaffouse, 1842-43.
La Suisse était autrefois dépendante des métropolitains de Besançon, de Mayence et de Milan. En 1797, les promesses pompeuses des Français, qui venaient, disaient-ils, apporter la liberté aux descendants de Guillaume Tell, les affranchir d'un gouvernement oligarchique, et les réintégrer dans la jouissance des droits de l'homme, se réalisèrent, comme en France, par le renversement de l'ordre
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et l'ébranlement de l'Église catholique. Le lien qui rattachait la Suisse occidentale à l'Église gallicane fut rompu. Lorsque l'ordre politique fut rétabli, dès 1803, les cantons catholiques, placés en partie sous la juridiction de l'évêque de Constance, réclamèrent du Saint-Père l'institution d'un évêché national. En 1814, ils renouvelèrent leur demande et prièrent de chef de l'Église de les séparer des diocèses, alors en voie de dissolution, et d'ériger un évêché spécial pour leur pays. Dès le 7 octobre suivant, Pie VII accorda la séparation réclamée. Le nonce, en communiquant à la diète le bref pontifical, annonça en même temps que Sa Sainteté avait nommé vicaire apostolique de ces cantons le prieur de l'antique abbaye de Saint-Michel de Béromunster, Gœldlin de Tiefenau. Cette nomination fut généralement approuvée (1). Le principe du nouvel évêché admis et résolu, il ne fat pas aussi facile de le réaliser : chaque canton avait ses intérêts, chaque membre de la diète ses opinions ; on avait peine à s'entendre, quand le malheur voulut que Gœldlin mourût à la fleur de l'âge [18; 8]. Son successeur, Charles-Rodolphe de Buol Schauenstein, princeévêque de Coire, ne fut pas accueilli aussi favorablement que Gœldlin ; le canton d'Argovie, entre autres, demanda à être provisoirement remis sous l'autorité de l'évêque de Constance. Mais Pie VII hâta la solution dépendante de la réorganisation de l'évêché de Bâle, auquel devait être incorporés les cantons séparés de celui de Constance, en nommant le prieur Glutz Ruchti, de la collégiale de Soleure, suffragant et coadjuteur de l'évêque de Bâle, alors résidant à Offenbourg, dans le pays de Bade. Des négociations ultérieures réunirent les populations catholiques des cantons de Bâle, de Lucerne, de Berne, de Soleure et d'Argovie. Pie VII termina aussi heureusement la discussion relative à l'abbaye de Saint-Gall, en érigeant celle-ci en église épiscopale [2 juillet 1823], et en donnant ainsi à l'évêque Charles-Rodolphe le double titre d'évêque de Coire et de Saint-Gall. En 1836, ce double évêché fut de nouveau divisé (2). D'un autre côté, le pape rejeta le projet de con-
(1) Cf. Hurler, 1. cit., p. 45-49. Revue trim. de Tubingue, 1820, p. 734-41; 1821, p. 161-71.
(2) Revue trim. de Tubingue, 1824, p. 317-333; 1826, p. 728-31.
cordât qui devait unir les trois cantons primitifs d'Uri, de Schwitz et d'Unterwalden à l'évêché de Coire [7 janvier 1823]. Enfin le canton de Genève lui-même, antique foyer du calvinisme, pria Pie VII de lui désigner un évêque pour les catholiques du canton. Pie VII (bulle Inter multipliées) confia les catholiques de Genève à l'évêque de Lausanne, résidant à Fribourg (1).
Ces dispositions particulières préparèrent les voies, et les affaires catholiques de la Suisse purent bientôt être définitivement réglées par le concordat conclu avec le pape Léon XII, et proclamé par la bulle Inter prœcipua nostri apostolatus munia [mai 1828]. Aux termes de ce concordat, les populations catholiques des cantons de Lucerne, de Soleure, de Berne, d'Argovie, de Baie, de Zug et de Thurgovie, forment l'évêché de Bâle, dont le siège est transféré à Soleure. A l'évêque titulaire sont adjoints un chapitre de vingt et un chanoines, trois dignitaires nommés, l'un par l'évêque, un autre par le gouvernement, et le troisième par le pape (2). Les chanoines ont le droit d'élire le nouvel évêque, auquel le pape donne l'institution canonique, etc. Ces dispositions furent désapprouvées par plusieurs des cantons au nom desquels on les avait arrêtées. Il fallut en venir à une nouvelle convention (3) entre Lucerne, Berne, Soleure, Zug, et l'internonce Gizzi au nom de Léon XII, à laquelle l'Argovie et la Thurgovie adhérèrent en 1830 sous Pie VIII (4). Enfin, à la suite de négociations subséquentes, les 882,859 catholiques de la Suisse, qui compte en outre [1841] 1,292,871 protestants de diverses confessions et 1,755 juifs, sont répartis en six évêchés : 1° l'évêché de Bâle, pour les cantons de Lucerne, de Zug, de Soleure (résidence de l'évêque), d'Argovie, de Thurgovie, de Bâle, de Zurich, de Berne (Jura); 2° celui de Lausanne et Genève, pour les cantons de Fribourg, de Genève, de Vaud, de Neufchâtel et de Berne, (jusqu'à
(1) Revue trim. de Tubingue, 1820, p. 346-55. Cf. p. 726-34; p. 741- 14; 1821, p. 363-06.
. (2) Ibid., 18iJ8, p. 556-68.
(3) Ibid., 1SS9, p. 154-83.
(4) Ibid.. 1830, p. 603-10. Pour les raisons du refus, voyez llurter. D. 49-56.
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l'Aar); 3° celui de Sion, pour le Valais; 4° celui de Coire- Saint-Gall pour Uri, Schwytz, Unterwaiden, Glaris, les Grisons, Appenzell, Schaffouse, Saint-Gall, qui a de nouveau été érigé en évêché, par le concordat du 7 novembre 1845 ; les 5e et 6e évêchés se composent des catholiques de la langue italienne qui habitent le canton du Tessin, et sont confiés aux soins de l'évêque de Côme et de l'archevêque de Milan (1). A défaut d'archevêque national, tous les évêques de la Suisse relevèrent immédiatement du chef de l'Église, qui facilite la marche des affaires ecclésiastiques en entretenant à Lucerne un nonce apostolique.
Nulle part, peut-être, les principes du libéralisme- moderne ne sont établis et exprimés sous des formes plus diverses et plus divergentes que dans la confédération helvétique ; mais il faut dire aussi que nulle part, malgré leurs dissensions, les mille nuances de ce parti ne se sont plus étroitement confondues dans leur commune haine contre l'Église catholique, surtout depuis les derniers événements de 1830 et de 1831. Le radicalisme le plus absolu règne dans ce pays de prétendue liberté; la presse y déverse chaque jour les plus infâmes calomnies sur les prêtres catholiques, les couvents, les Jésuites, sur le pape et le nonce, sur l'Église et ses institutions. Les catholiques, pour se défendre contre des attaques si déloyales, avaient fondé, en 1832, le Journal ecclésiastique de la Suiste, qui devait réveiller et vivifier le sens religieux du peuple, soutenir les droits de la religion et de l'Église, rectifier les assertions fausses et repousser les calomnies. Mais la trahison pénétra parmi les défenseurs mêmes de l'Église ; des théologiens catholiques de l'école de Paul Sarpi et de l'indifférence moderne, créèrent, en opposition avec le Journal ecclésiastique de la Suisse, la Gazette -religieuse pour V Allemagne et la Suisse, dirigée par Fischer, théologien décrié, partageant en partie les tendances de la presse radicale,
(l) La situation réelle de la religion dans certains évêchés se trouve exposée complètement dans le Catholique de 1834, t. LUI, p. 306-22; t. LIV, p. 8-44; 1836, t. LXI, p. 21-46, 14S-69; t. LXII, p. 36-57, 156- 73 ; et dans Hurler, 1. cit., sur Zurich, p. 361-69, 639 et suiv.; — sur Lucerne, p. 407 et suiv.; — sur Glaris, p. 481 et suiv.
et proclamant, comme le plus grand bonheur pour l'Église catholique, sa séparation d'avec Rome. Encouragée par cette perfidie, la presse radicale répandit avec plus d'audace et d'ardeur que jamais ses calendriers impies, ses almanachs irréligieux, ses pamphlets athées, ses dissertations historiques et sacrilèges, ses nouvelles immorales. Sous l'inspiration de cette esprit antireligieux, les cantons du parti du mouvement se réunirent enfin à Baden en 1834, et, sans s'inquiéter des rapports établis et des garanties légales existantes, rédigèrent de prétendus articles de conférence qui ravalaient complètement l'Église à la condition de servante de l'État. Grégoire XVI, pénétré du sentiment de son devoir, s'éleva aussitôt contre ces articles, et les condamna (1), dans une encyclique adressée à tout le clergé suisse [17 mai 183o]. Mais, en dépit de sa protestation, les articles furent mis en vigueur, par le pouvoir civil, dans plusieurs cantons. Les appréhensions des familles catholiques fidèles à leur culte devaient nécessairement s'accroître; encouragées par les heureux résultats obtenus à Fribourg, elles fondèrent un collège de Jésuites à Schwytz (2). Les Jésuites avaient obtenu un plein succès, depuis leur rentrée [i818] dans le collège fondé par l'illustre Canisius à Fribourg, grâce au tact pédagogique qui les distingue. Le libéralisme des écoles de Lucerne et de Soleure les fit déserter par les familles catholiques; la jeunesse afflua bientôt, de toutes les parties de la Suisse et des pays étrangers, au collège des Jésuites de Fribourg (3), tandis que la maison d'éducation fondée à Montet, dans le même canton, et dirigée par les dames du Sacré-Cœur, y attira de nombreuses jeunes filles. L'acte le plus hostile
(1) Les articles de la conférence en quatorze paragraphes, ou un nouveau genre de pragmatique religieuse, dans le Catholique, 1834, mai, p. 40 et suiv.; dans Hnrter, p.: 274 et suiv. Voyez l'encyclique du pape dans le Catholique, 1836, janv., suppl., p. IX et suiv. Revue trim. de Tuhingue, 1835, p. 743-58.
(2) Le Catholique, 1836, t. LXII, p, 58 et suiv.
(3) Ibid., t. LXII, 1836, sur le collège de Schwytz ; — sur celui de Fribourg, ibid., 1831, t. LIV, p. 33-44. Hurter, loco cit., p. 507 et sq. Feuilles hist., t. VI, p. 38 et suiv., 210 et sq. Picculomiui, Quelques mots sur les pensionnats et les collèges des Jésuites en Suisse. Ratisb ., 1843.
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peut-être à l'Église fut celui du grand conseil du canton d'Argovie, qui, à la suite d'une série de coups d'État et au mépris de la lettre expresse du pacte fédéral [§ 12] (1) du 7 août 1815, supprima, par une décision arbitraire et tyrannique, prise le 20 janvier 1841, tous les couvents de l'Argovie, dont la fondation remontait aux premiers temps de l'histoire helvétique. Le nonce apostolique Gizzi et 'ambassadeur d'Autriche, comte de Bombelles, protestèrent aussitôt contre cette mesure, dont le Journal des Débats dit [9 août], peu de jours après : « Il ne s'agitpas del'exis- » tence de quelques couvents, mais du principe même de » la liberté religieuse, du maintien du pacte fédéral. Le » grand conseil, par la suppression des couvents, a violé » l'article 12 du pacte fédéral; il froisse la liberté reli- » gieuse, en renversant, par la suppression des couvents, » une institution catholique. » Le mécontentement général (2) obligea le Vorort [février 1843] de déclarer nulles toutes les ventes de biens monastiques effectuées depuis la résolution de la diète d'avril 1841, de sommer le canton d'Argovie de les résilier, et de rapporter quelques autres mesures contraires au statu quo; faute de quoi, le Vorort se réservait de prendre les mesures conformes aux principes de la confédération. Au milieu de ces violences du radicalisme, la nouvelle constitution du canton de Lucerne, décrétée par une majorité surprenante et dans l'esprit du catholicisme [mars 1842], vint réjouir et consoler les enfants fidèles de l'Église (3). Quant aux religieuses des cou-
(i) D'après le § 12 : « Le maintien des monastères et des chapitres, ainsi que la sûreté de leurs propriétés, sera sauvegardé par les gouvernements cantonaux ; leurs biens, comme toute autre fortune privée, sont soumis aux impôts et aux contributions. » Cf. les Catholiques d'Argovie et le Radicalisme (Mémoire) 1843.
(2) Cf. Empiétements du gouvernement de l'Argovie sur les catholiques (Feuilles hist., t. II, p. 179 et suiv., 214 etsuiv., 295 et suiv.). Les dernières attaques contre les monastères en Suisse (ibid., t. IV, p. 204 et suiv., 28i et suiv.; t. VII, p. 422 et suiv.). La Gazette d'État de l'Argovie (ibid., t. VII, p. 532 et suiv.; t. VIII, p. 224 et suiv., 337 et suiv., 440 et suiv.). Voyez aussi la Feuille ecclésiast. de l'Allemagne méridionale, 1839, n° 2, 4 et 6.
(3) Le troisième article est ainsi conçu : « La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de tout le peuple de Lucerne, et, comme telle, est la religion de l'État. Les autorités ne devront
I vents de Fahr, de Hermetschwil, de Gnadentnal et de Baden, supprimées en 1841, il fut arrêté, après bien des assemblées et des conférences, qu'elles rentreraient dans leurs cellules [janvier 1844]. Le prélat de Muri fut absous de toute accusation, déchargé de toute peine, et l'État condamné à tous les dépens (1). Les radicaux ne se tinrent pas pour battus. Ils réunirent une nombreuses armée, l'amenèrent contre Lucerne, sous prétexte de renverser la domination des Jésuites. Lucerne et les cantons catholiques se défendirent avec courage, dissipèrent les corps francs qui prirent honteusement la fuite. Dès lors, à l'oppression des radicaux succéda le désir de la vengeance. Ils firent d'abord traîtreusement assassiner Joseph Leu, d'Ebersol, l'âme de toutes les entreprises des catholiques suisses, par la main d'un des leurs, Jacques Müller, qui avoua son crime et fut décapité [31 janvier 1846]. Enfin, ils déclarèrent une guerre impie et fratricide aux confédérés catholiques du Sonderbund; ceux-ci succombèrent, soit qu'ils eussent eu trop de confiance en la légitimité de leur cause, soit que leurs chefs eussent pris de fausses mesures, soit qu'ils eussent été trahis. Fribourg, Lucerne, et bientôt après le reste des cantons catholiques, tombèrent sous la tyrannie des collèges radicaux [novembre 1847]. De lourdes indemnités de guerre , la suppression de la plupart des couvents, la perte de toute liberté religieuse, l'exil de l'évêque de Lausanne et de Genève, tels furent les résultats de cette guerre désastreuse pour la Suisse catholique ; mais on verra plus loin que ces mesures violentes provoquèrent une réaction qui communiqua une vie nouvelle au catholicisme dans ces contrées.
donc, en aucune façon, soit médiate ou immédiate, gêner, limiter ou empêcher les rapports des prêtres, des citoyens ou des communes avec les autorités et les fonctionnaires de l'Eglise catholique romaine, tels que les évêques et le pape, dans les choses religieuses et ecclésiastiques. Toutefois les ordonnances et règlements ecclésiastiques devront être communiqués au gouvernement avant d'être publiés. Les rapports entre l'Eglise et l'Etat devront être arrêtés par un arrangement amiable des deux pouvoirs. L'Etat garantit l'inviolabilité des fondations et des biens ecclésiastiques. » (1) Le Catholique, 1814, n° 11.
106 S 408. — l'église catholique
.408. — L'Église catholique en Autriche,
Cf. Boost, Nouv. Hist. de l'Autriche (1789-1839). Augsb., 1839, sur; ^ tout p. 101 et suiv. Beidtel, Recherches sur la situation de l'Eglise ,: dans les Etats autrichiens. Vienne, 1849. Gams, Hist. de l'Eglise l chrét. au XIXe siècle, t. I, p. 509-561.
Leopold II [empereur depuis le 12 mars 1790], averti par les symptômes révolutionnaires, fruit des funestes me sures de son frère Joseph II, résista aux tendances libérales et philosophiques qu'on avait imprimées à l'Autriche, comme malgré elle, et, grâce à l'abrogation de quelques lois impopulaires de son prédécesseur, réussit à calmer la sourde fermentation qui agitait l'empire. Il abrogea, surtout en pratique, celles des lois de Joseph II qui paralysaient d'une manière si fatale l'organisation ecclésiastique, licencia les séminaires généraux , rendit aux évêques lejrc droit d'élever leur clergé dans leurs séminaires, autorisa a; l'usage de la langue latine dans la liturgie, reconnut lesi droits du souverain pontife en ce qui concerne les dispenses de mariage. Il satisfit aussi aux réclamations et aux prétentions des protestants en faisant incorporer dans les vingt-six articles des lois de 1791 les édits de 1608, 1641 et 1648, qui assuraient aux luthériens et aux calvinistes de Hongrie le libre exercice de leur culte. Enfin, il força les Turcs à conclure un traité de paix qui rétablissait le statu quo tel qu'il était le 9 février 1788 avant la déclaration de guerre. Son successeur, l'empereur François II [depuis mars 1792-1835], se souvint, dans les conditions fâcheuses où se trouva bientôt le chef de l'Église, de l'exemple, non de ses prédécesseurs immédiats, mais de plusieurs de ses plusillus très aïeux, et se montra réellement le protecteur de l'Église catholique et du Saint-Siège. Aussi Pie VII s'estima-t-il heureux, en élevant l'archiduc Rodolphe au siège archiépis copal d'Olmutz et au cardinalat, de pouvoir donner à l'empereur François, alors à Rome [1819], une preuve de ses sentiments envers lui et son illutre maison, comme le fit en 1842, Grégoire XVI, en conférant les mêmes di gnités au prince de Schwarzenberg, prince-évêque d<