EN BAVIÈRE
l'Église, mécontents, s'opposèrent à la publication du concordat jusqu'à la promulgation delà constitution, qui contenait non-seulement quelques paragraphes contraires au concordat, mais encore tout l'édit plus protestant que catholique de 1804. Aussi les évêques et un certain nombre de curés refusèrent-ils le serment, jusqu'au moment [15 sept. 1821] où le roi déclara que le serment prêté à la constitution n'avait rapport qu'aux obligations civiles, et ne pouvait en aucune façon impliquer quelque chose de contraire aux lois de l'Église catholique. Ce qui n'empêcha pas naturellement les hommes d'État d'agir avec le plus grand arbitraire et de s'immiscer de plus en plus, au détriment de l'Église, dans son administration. Ces circonstances ajoutaient une gravité toute particulière à l'avertissement solennel donné par Maximilien au roi Louis, lors de son élévation au trône [1825] : « Sois le gardien et le protecteur de la foi, disait-il, et que la Bavière redevienne ce qu'elle était avant qu'on l'eût fait mentir à sa vocation, le bouclier de la religion, la pierre angulaire de l'Église d'Allemagne. Affranchis l'Église de la servitude dans laquelle la tient une vaine méfiance. Honore le sacerdoce afin que le peuple l'écoute et que son enseignement profite. Que ton règne ne soit ni celui des prêtres ni celui des libertins, qu'il ne soit ni le théâtre d'inutiles parades ni l'arène d'une démocratie destructive (1). » Docile à cet esprit de ses héroïques et dévots ancêtres de la guerre de Trente-Ans, le roi Louis fit élever la statue équestre de Maximilien 1er dans Munich (2), comme signe de la fidélité avec laquelle il remplissait sa royale mission ; il éleva une voix pieuse et puissante dans les affaires de l'archevêque de Cologne [clep. 1837] ; fit fleurir la science catholique en encourageant et récompensant les travaux des Gœrres [-f- 1848 1 des Philipps, Moy, Mœhler, Klée, Dœllinger, Haneberg, Reithmayr et de tant d'autres écrivains solides et brillants.
(l) Voyez l'écrit remarquable intitulé : Le prince électeur Maximilien au roi Louis de Bavière au moment de son avènement au trône, dans le Catholique de 1825, t. XVIII, p. 219-249.
(1) Cf. La Statue équestre du prince électeur Maximilien, dans les Feuilles historiques et politiques, t. IV, p. 449-454:etle Prince électeur Maximilien et son père Dominique, dans le Sion, 1839, n° 183.
112 § 409. — l'église catholique
C'est sous le règne du roi Louis, dont les heureux commencements faisaient espérer une fin plus consolante, que se forma la société pour la propagation des bons livres catholiques, qui opposa aux œuvres futiles et dangereuses de la littérature moderne des ouvrages capables de récréer l'esprit sans le pervertir, d'échauffer le cœur sans le corrompre; qu'on vit renaître l'art catholique, héritier des antiques traditions, grave, sérieux et digne, restaurant les vieilles cathédrales, terminant les dômes inachevés (Ratisbonne, Bamberg, Spire), édifiant des églises nouvelles qui rivalisent avec les chefs-d'œuvre du moyen âge (basilique de Saint-Boniface, églises de Saint-Louis, de tous les Saints), rappelant les triomphes de la peinture ancienne, et réalisant, comme elle, l'idéal divin sous les formes les plus belles et les plus pures, renouvelant l'éternelle alliance des arts et de l'Église, leur divine mère (Overbeck); que se perpétuèrent, dans un épiscopat vigilant, actif, et dévoué, les nobles el saints exemples des prélats qui glorifièrent le siège épiscopal de Ratisbonne (Sailer, Wittmann, Schwsebl) ; que se rétablirent, avec une liberté absolue, les rapports de l'épiscopat et de la cour de Rome (1) ; que furent rappelés, restaurés, conformément aux promesses royales faites lors du concordat (art. 7), divers couvents de Capucins, de Franciscains, de Carmes, et l'ordre des frères de la Miséricorde, des Augustins et des Rédemptoristes [dep. 1842], des sœurs de la Charité, des Servîtes et des Bénédictins (2), des sœurs des Écoles, des dames du Bon-Pasteur (3); que furent reconstitués, richement dotés, les séminaires que dirigent les hommes les plus éminents par leur science théologique et leurs vertus sacerdotales (4);
(1) Sur les libres communications de la Bavière avec Rome, voyez les Feuilles hist. -polit., t. VII, p. 593-627.
(2) Les pièces concernant la fondation des établissements bénédictins clans l'évêché d'Augsbourg, sont dans Rheinivald, Acta historicoecclesiastica, auno 1835, page 20-4 et sq. Voyez Revue de Bonn.-, 14' livrais., p. 238; 18e livrais., p. 202.
(3) Sur l'établissement de cet ordre dans le diocèse de Munich, voyez le Sion, 1839, n° 64; suppl., et les statuts de l'ordre, dans le Sion, 1840, n° 134, suppl.
(4) Cf. Wolf, Vie et influence de Louis Ier, roi dS Bavière, de 178G- 1841, Augsb., 1841.
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qu'enfin fut encouragée par la sanction et la faveur royale l'association formée pour la conversion des idolâtres de l'Asie et de l'Amérique du Nord {Ludwigs Verein) (1) [dep. 1839]. Tel fut le spectacle consolant qu'offrit aux yeux de la foi un État aussi libéral que fidèle, aussi sincèrement tolérant que profondément catholique, qui sut accueillir et récompenser le bien partout où il se trouvait, parmi les protestants comme parmi les catholiques (2), et mettre en évidence, sans faire acception de croyance, tous ceux que leur science désignait aux suffrages de leurs contemporains, tels que les Puchta, les Sthal, les Riickert, les Schelling (3).
§ 410. — L'Église catholique en Prusse.
Theiner, Situation de l'Église cathol. en Silésie. Ratisb., 1852. 2 vol. Gams, 1. cit., t.I, p. 561, Menzel, Nouv. hist. de l'Allemagne, t. XI.
A côté de la Bavière catholique, une dans sa science, ses arts, ses institutions, l'histoire moderne nous montre, en Prusse, la lutte permanente du protestantisme et du catholicisme. Protectrice née du luthéranisme, héritière des traditions de la maison de Brandebourg, la Prusse, en cessant d'être exclusivement protestante par l'accession des provinces catholiques acquises sous Frédéric II, n'en est pas moins restée l'adversaire du catholicisme, cherchant à l'absorber ou à le façonner à sa guise, excluant les
(1) Les statuts sont dans le Sion, 1839, n° il. Circulaire adressée à la société, ibid., n° 64; Propositions faites à la société, ibid., 1841, n° 29; Projet de fondation d'une maison de missions en Allemagne (Feuilles cath. du dimanche, de Mayence. 1843, n° 6).
(2) La lettre de l'évêque Schwœbl à Eberhard est dans la Gazette cath. et ecclésiast. de Hœninghaus, 1841, n° 47, 10 juin, et la réponse astucieuse d'Éberhard dans le n° du 18 juillet. Pour le nouveau grief des protestants, élevé à propos de la génuflexion faite par les militaires devant le Saint Sacrement, voyez Dœllinger, Lettre à un député, Munich, 1843.
(3) Ruland, Séries et vitœ professorum SS. Theol. qui Wirceburgi ■7 fundata academia (anno 1582) usque adannum i834docuerunt, etc.; accednnt analecta ad hist. ejusd. SS. Facultatis in quibus statuta antiqua diviJuli nondum édita. Wirceb., 1835,
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catholiques de tous les emplois publics, grands ou petits, entravant la liberté des élections des évêques, des prélats et des abbés dans les chapitres et les couvents, introduisant par force ou par ruse l'esprit protestant dans les écoles, exigeant que les enfants nés d'un mariage mixte fussent élevés dans le protestantisme, prouvant en un mot, et en toute circonstances, que la fameuse parole de Frédéric II : « Dans mes États, chacun peut se sauver à sa guise, » n'était qu'une phrase sonore sans sincérité (1).
C'est dans cet esprit que régna Frédéric-Guillaume III, [1797-1840] appliquant en outre, dans ses rapports avec l'Église, les théories de Hegel sur l'omnipotence du pouvoir politique (2) pour réaliser ses plans, atteindre son but et substituer partout l'esprit et les formes du protestantisme aux formes et à l'esprit des institutions catholiques.
Cette longue et perfide oppression, qui produisait peu à peu une assez profonde in différence parmi les vrais fidèles, finit néanmoins par exciter une réaction contraire et par ranimer la foi endormie. Hardenberg conclut rapidement, en 1821, les négociations entamées avec Rome, et la bulle De sainte animarum, qui en fut le résultat, ouvrit une ère nouvelle aux catholiques. Une des conséquences, les plus immédiates de cette bulle importante^ qui constituait un véritable concordat, fut l'organisation de l'archevêché de Cologne et des évêchés des provinces rhénanes, de l'archevêché de Gnesen et de Posen, de l'Évèché d'Ermeland, et la dotation des chapitres prussiens. A son tour, Niebuhr, quoique prévenu contre la cour de Rome, et per-
(1) Cf. Rapports de Frédéric le Grand avec l'Église catholique (Feuilles hist.-polit., t. I, p. 321-38). Cf. en outre la lettre de Frédéric-Guillaume III à sa parente, la duchesse de Kcethen, à l'occasion de son retour et de celui de son mari à l'Église catholique, ainsi que plusieurs autres déclarations hostiles au catholicisme. Cf. le Catholique, 1826, t. XXI, p. 1-22; t. XXII, p. 206 et suiv., et 1826, janv., suppl., p. XIV; avril, suppl., p. XI, etc.
(à) La Gazette d'Augsbourg, 1841, 7 août; le Hégelianisme et le Christianissme en Prusse (Feuilles hist. -polit., t. VI, p. 81-91), et Lettres allemandes {ibid., t. X, p. 1 et suiv., etc., et surtout n* 5); Relations de la Prusse avec l'Église dans le passé et le présent (ibid., t. X, p. 665-81); Guill. de Schütz, le Droit canon dans les provinces rhénanes. 'Würtzb., 1841 ; Laspeyres, Histoire et organisation actuelle du catholicisme en Prusse, t. I. Halle, 1839.
suadé que le catholicisme était par essence en conflit avec l'État qu'il représentait, fît taire ses préjugés, et parvint, durant son ambassade à Rome, à arranger d'une manière adroite et honorable des différends qui, réveillés plus tard, furent bieii difficilement apaisés par le chevalier Bunsen, chargé d'affaires de Prusse à Rome (1). Les discussions religieuses élevées en Prusse, propagées de là dans toute l'Allemagne et jusqu'au delà des mers, s'expliquent : l°par la nature même du catholicisme et du protestantisme, toujours radicalement opposés ; 2° par les prétentions de l'autorité civile et des rois absolus, contre lesquels lutte et luttera toujours l'Église, qui veut et doit être indépendante dans son gouvernement intérieur (2); 3° par l'influence qu'a exercée sur la foi et laconscience des catholiques la Symbolique de Mœhler, si vigoureusement opposée à la prépondérance qu'ont acquise les idées protestantes depuis le jubilé de la réformation [1817], et à la négation si essentiellement inhérente au protestantisme. La bulle De sainte eut encore d'autres conséquences pour l'Eglise catholique de Prusse. Ainsi les provinces rhénanes obtinrent, par l'érection delà nouvelle université de Bonn, une faculté de théologie catholique. Le lycée Hosien fut rouvert dans le diocèse d'Ermeland. Dans d'autres diocèses, on fonda des séminaires catholiques. L'académie de Munster rentra dans l'usage des anciens privilèges accordés par les empereurs et les papes, et put récompenser le mérite parles dignités dont elle dispose [1834].
Cependant les provinces nouvellement unies à la Prusse, fort peu attachées au régime nouveau, réclamèrent contre l'organisation militaire et ecclésiastique, contre la partialité du gouvernement, qui négligeait les catholiques dans les nominations aux fonctions universitaires et judiciaires. Ces plaintes, publiées par les journaux, augmentèrent la
(1) Cf. la correspondance de Niehnhr. Hamb., 1839. Voyez aussi Niebuhr et Bunsen comme diplomates à Rome (Feuilles hist.-polit. t. V, p. 270 et suiv., 397 etsuiv., 531 et suiv.). , (-2) Cf. les Tendances du pouvoir temporel à empiéter sur le gouvernement de l'Église, dans la Revue trim. deTubingue, 1831, f. 1- 43; État du catholicisme en Prusse (Feuilles hist.-polit., t, IV, p. 239 et suiv., :'.;! ci suiv.).
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méfiance des catholiques. Elles furent réunies sous le titre innocent de Documents pour servir à l'histoire ecclésiastique du XIXe siècle (1), auxquels on ajouta une consultation que Glaessen, prieur de la collégiale d'Aix-la-Chapelle, avait rédigée sur l'exécution du bref adressé par Pie VIII aux évêques du Rhin, relativement aux mariages mixtes. Ce mémoire, qui reprochait, entre autres, au gouvernement prussien d'avoir influencé les élections des évêques, résumait tous les griefs des catholiques et devait avoir des résultats assez importants.
L'élévation à l'archevêché de Cologne de Clément-Auguste de Droste, qui avait déjà eu, en sa qualité de vicaire général de Munster, un conflit sérieux avec le gouvernement prussien, relativement aux études ecclésiastiques (2), coïncida avec des événements graves et compliqués. Son prédécesseur, le comte Ferdinand Spiegel, avait favorisé la doctrine hermésienne, condamnée par le Saint-Père [26 septembre 1835], à cause de sa tendance rationaliste et pélagienne, et de la manière erronée dont plusieurs dogmes catholiques y sont exposés. L'archevêque Clément- Auguste de Droste, depuis longtemps adversaire déclaré du système hermésien, se crut doublement obligé d'en arrêter la propagation parmi le jeune clergé, et soumit aux prêtres nouvellement ordonnés, ainsi qu'à quelques chapelains qui devaient être promus à des cures, dix-huit propositions, dirigées en partie contre la doctrine hermésienne, et qu'ils devaient accepter et signer avant leur nomination ou leur ordination. Poursuivant sa réaction contre l'hermésianisme, l'archevêque avait suspendu ou interdit plusieurs professeurs de Bonn et du séminaire de Cologne. Le gouvernement se crut lésé dans ses droits par les mesures que l'archevêque avait prises sans sa participation, et notamment parle contenu de la dix-huitième proposition (3). Après avoir consulté sur la nature des propo-
(1) Essais sur l'hist. ecclés. du XIX8 siècle. Augsb., 1835, et appelés ordinairement le Livre rouge. Voyez la réponse intitulée : l'Église catholique dans les provinces prussiennes du Rhin et l'archevêque Clément-Auguste de Cologne. Francf., 1838.
(2) Voyez les pièces dans la Revue trimest. de Tubingue, iS20, p. 5U et suiv.
(3) « Je promets d'obéir à mon archevêque en tout ce qui concerne