EN PRUSSE. U
sitions l'opinion de quelques ecclésiastiques, pour la plupart hermésiens, intéressés dans la question (1.), le gouvernement tâcha, par des remontrances et des menaces de faire revenir l'archevêque sur sa résolution. Puis il parut céder quant à la question hermésienne. Il fît entrevoir qu'il consentirait au désir de l'archevêque, pouvu que les formes et les procédés fussent modifiés de manière à pouvoir être admis, ajoutant que ce serait d'ailleurs un moyen bien plus sûr d'atteindre le but proposé. Mais il exigeait, en retour, une condescendance analogue de la part de l'archevêque sur la question des mariages mixtes, à laquelle il attachait bien plus d'importance. Le prédécesseur de Clément-Auguste, le comte Ferdinand Spiegel, avait tristement compromis la gloire que lui avaient acquise les services rendus au diocèse de Cologne, en adressant aux vicaires généraux du diocèse une convention, accompagnée d'une instruction sur les mariages mixtes [1834], tout à fait opposée au contenu du bref de Pie VIII, quoiqu'on le présentât à Clément-Auguste comme conforme au bref pontifical (2). En effet, Pie VIII, dans son bref Venerabiles fratres, s'était plaint de ne pouvoir lever la difficulté où se trouvaient les évêques des provinces rhénanes, de concilier les règlements ecclésiastiques touchant les mariages mixtes avec le décret royal de 1825, relatif à l'éducation des enfants, et cependant l'instruction de Spiegel déclarait la discipline de l'Église sur les mariages mixtes tellement mitigée, que rien n'empêchait de se conformer
le dogme et la discipline, de lui montrer mon respect et mon obéissance sans aucune réserve mentale, et m'engage à n'en appeler de la décision de mon archevêque qu'au pape, chef de l'Église entière, comme le veut la hiérarchie catholique. »
(1) On imprima quelques-unes de ces opinions, par exemple celle qui porte ce titre : Responsum sexdecim prioribus earum thesium, quœ sub titulo .• « Thèses neoapprobandis et aliis presbyteris Archid. Colon, ad subscrihendum propositœ » innotuerunt, in serm. latin, conversum edendum curavit P. Q. Darmst., 1837.
(2) On doit se rappeler qu'avant l'occupation de la Silésie par la Prusse, la question des mariages mixtes y avait déjà été soulevée. Cf. l'essai intitulé : Conduite des archevêques et des vicaires généraux de Breslau à l'égard des mariages mixtes de 1709 à 1743 (Sion, 1841, n" 114, 19 sept., suppl,). Ce travail renferme des documenta importants,
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à l'ordre du cabinet de 1825. L'archevêque Spiegel avait signé la convention purement et simplement, sans aucune réserve relative à la ratification du souverain pontife, tandis que le chevalier Bunsen, fondé de pouvoirs du roi de Piusse, ne l'avait signé que sous la réserve expresse de l'approbation royale. Clément de Droste, après un examen approfondi de la convention et de l'instruction, ne les trouva conformes ni l'une ni l'autre au bref, déclara qu'il s'en tiendrait au bref dans tous les points où l'instruction de son prédécesseur s'en écarterait, parce qu'il ne voulait pas se mettre dans le cas, comme l'évêque de Trêves, de rétracter sur son lit de mort ce qu'il aurait fait pendant sa vie. Après des explications aussi catégoriques, un accommodement n'était plus possible. La fidélité de l'archevêque et l'opiniâtreté du gouvernement amenèrent la catastrophe, et le courageux pasteur de Cologne fut arraché de vive force de son siège archiépiscopal, le 20 novembre 1837. Cet acte de violence causa à tous les catholiques une douleur profonde, qu'augmentèrent les calomnies dirigées contre l'archevêque, accusé d'entretenir des relations avec deux partis révolutionnaires.
Le pape, loin d'être ébranlé par ces actes de persécution d'un autre âge, comme beaucoup de gens s'y attendaient, se montra plus ferme et plus digne que jamais; il éleva, avec une douce et sereine vigueur, sa voix paternelle, prit l'Europe entière à témoin des violences des ennemis de l'Église [10 décembre 1837], et termina par ces paroles : « Nous déclarons aujourd'hui d'une manière solennelle et » publique ce que nous n'avons cessé de faire en silence » et en particulier, à savoir : que nous désapprouvons et » condamnons toute pratique introduite dans le royaume » de Prusse, en tant qu'elle sera contraire au sens vérita- » ble de la déclaration de notre prédécesseur sur les ma- « riages mixtes. » Ces paroles durent faire une vive impression sur Martin de Dunin (1), archevêque de Gnesen et de Posen, qui, dès le mois de janvier 1837, et sans aucune connaissance de ce qui se passait à Cologne, avait soumis
(1) Pohl, Martin de Dunin, archev. de Gnesen et de Posen. Esquisse biographique. Marienbourg, 1843.
au ministère ses scrupules sur l'usage obstrré en matière de mariages mixtes, et avait sollicité la publication dans son diocèse du bref de Pie VIII aux évêques rhénans, ou l'observation de la bulle, toujoursen vigeur,de Benoît XIV: Magnœ nobis admirationi. Le ministère ayant énergiquement repoussé cette demande, l'archevêque adressa une requête directe au roi [21 octobre 1837], qui la rejeta également, en donnant son approbation à la décision ministérielle [30 décembre] ; le prélat fut averti que, malgré l'allocution du 10 décembre, on ne voulait ni ne pouvait rien changer à l'usage adopté. L'archevêque, dans ce conflit pénible entre les instructions du pape et les ordres du roi, crut, en conscience, devoir obéir de préférence au Saint- Père, et adressa à son clergé, contre la volonté du roi, une lettre pastorale sévère, dans le sens de la bulle de Benoît XIV. Pour expier cette désobéissance aux lois du royaume et aux ordres du souverain, il fut condamné parle tribunal supérieur de Posen, dont il avait refusé de reconnaître la compétence, à perdre son emploi et à être enfermé pendant six mois dans une forteresse. Après de nouveaux pourparlers qui ne purent amener une conciliation, M. de Dunin, étant rentré dans son diocèse malgré la défense du roi, se vit conduit à la forteresse de Golberg. La persécution qui frappa ces deux illustres vieillards excita en Allemagne, non-seulement un intérêt général, mais elle provoqua un nouveau retour vers l'Église, une adhésion plus ferme à ses principes, un zèle et un enthousiasme religieux plus fervents qu'on ne les avait vus depuis longtemps. Le clergé du diocèse de Gnesen et de Posen donna une preuve de son dévouement à l'Église et à son archevêque en protestant unanimement contre les règlements de l'autorité civile en matière spirituelle, et contre les procédés dont le gouvernement avait usé envers le chef du diocèse. Les douze évêques américains, assemblés à Baltimore, de l'autre côté de l'Océan, touchés de la constance des deux prélats, leur adressèrent une lettre de condoléance qui exprimait leur haute vénération pour ces dignes confesseurs de la foi (I). Quant aux évêques de
(l) Cf. le Sion, 1840, juillet, p. 874, pour l'original latin.