PONTIFICAT DE PIE IX. Ï
§ 412. — Pontificat de Pie IX.
Pie IX, pontif. max. Acta, Roma?, 3 t. (6-8 déc. 1864. Riancey, Recueil des actes de N. S. P. le pape Pie IX, comprenant le texte et la traduction de tous les documents officiels. Paris, 1853 sq. MargotU, les Victoires de l'Église pendant les dix premières années du pontificat de Pie IX, 1857, Pie IX pape et roi, d'après les actes de son pontificat. Vienne, 1865. Louis Veuillot, Pie IX.
Ce fut au milieu d'une incessante activité pour les intérêts de l'Église que Grégoire XVI mourut le 1er juin 1846. Autant son élection avait été extraordinairement longue, autant celle de son successeur fut soudaine. Elle eut lieu après un conclave qui ne dura que trois jours (du 14 au 16 juin) le plus court depuis près de trois cents ans. Les cinquante cardinaux présents au conclave, portèrent la majorité de leurs voix sur le cardinal comte Mastai Ferretti, né le 13 mai 1792, à Sinigaglia dans les États de l'Église. Mastai Ferretti avait exercé les fonctions de nonce au Chili, sous Léon XII, puis avait été nommé évêque d'Imola, et créé cardinal le 14 décembre 1840. Au moment où il fut élu pape, il était à peu près le plus jeune des cardinaux ; il se fit proclamer sous le nom de Pie IX, et le peuple romain accueillit cette élection avec une une joie non équivoque. Le jour de son couronnement, (21 juin) Pie IX dit : « Oggi » commincia la persecuzione. » Ce fut là une parole prophétique. Son pontificat qui, dans sa durée de 26 ans (I), se range parmi les plus longs, n'est pas seulement des plus riches en événements les plus divers, mais il est surtout très-fécond en douleurs et en persécutions de toute sortes; il est une lutte continuelle contre les principes ou les ruarentes parties de la chrétienté. Mayence, 1854, 4 vol. Les écrits adverses dans Wamkœnig, Sur le conflit de l'épiscopat et le gouvernement du Haut-Rhin. Erlangen, isô3; dans une brochure publiée à Carlsruhe, 1854, sur l'Orientation dans la controverse; Souveraineté de l'Etat et pouvoir de l'Eglise, lettre à Hirseher. Darmst., ia>4; Vérité et apparence (contre Hirscher). Carlsr., is54; l'Archev. H. de Vicari etle gouv. de Bade. Leipzig, l»54; la Lutte épiscop. du Hhio. Francf.,1854; Venedey, la Pataiïa aux XIe et XIX» siècles. Aurau,
(i) L'auteur écrivait en 1872.
chinations delà Révolution. Nous pourrions diviser ce pontificat en trois parties : la première du 16 juin 1846 au 12 avril 1850. comprend l'amnistie et les réformes introduites dans les États de l'Église, la Révolution de 1848, la fuite du pape à Gaëte, et son retour à Rome. La deuxième, de 1850 à 1859, renferme ce que le pape a fait de grand et d'utile pour l'Église, sur tous les points du globe ; dans latroisième partie qui commence avec l'usurpation des provinces romaines par le Piémont, tandis que, d'une part, la persécution et l'oppression de la papauté atteignent un haut degré d'acharnement et d'extension, d'autre part, et comme conséquence de ces oppressions et de ces douleurs, il se produit au sein du catholicisme un travail de réparation. Dans tous les pays du monde, les hommes sincères et décidés consolent le pape et l'Église par une inébranlable fidélité et un dévouement sans bornes. Quant aux autres, il devient chaque jour évident qu'ils n'appartiennent plus du fond de l'âme à l'Église catholique. Bientôt même, ils s'en séparent ouvertement, en se joignant à ses persécuteurs.
Comme Grégoire XVI n'avait pas accompli dans ses États les réformes politiques et sociales que, dans leur mémorandum, de 1831, les grandes puissances lui avaient recommandées, Pie IX crut devoir s'occuper de cette œuvre, afin de conjurer les périls qui menaçaient le Saint-Siège. Il porta donc de préférence et tout d'abord, son attention sur cette branche de l'administration pontificale depuis longtemps peu cultivée. Sa grande bonté, comme sa mission de souverain pontife, le fit débuter par une amnistie telle que depuis longtemps on n'en avait vu d'aussi étendue, édictée par un semblable esprit de conciliation. Quelques milliers de prisonniers furent ainsi rendus à leurs familles et à leurs travaux. Immédiatement après, se succédèrent, avec une rapidité que plusieurs regardèrent comme dangereuse, des concessions libérales émanant d'un cœur paternel. Elles renfermaient en germe tout ce qui constitue un gouvernement constitutionnel et démocratique. Des commissions furent nommées pour épurer l'administration et améliorer les lois ; un nouveau conseil fut composé déjeunes prélats, et le cardinal Gizzi, qui passait pour libéral, nommé secrétaire. Un plus grand nombre de laïques furent appelés