IV H
était décidé à prendre des mesures énergiques pour rétablir l'ordre et la tranquillité. Mais, le 15 nov. 1848, comme le nouveau ministre allait faire l'ouverture delà chambre des députés, et qu'il en montait les degrés, il tomba sous le fer d'un assassin vendu au parti révolutionnaire (1). Alors des députations menaçantes se rendirent auprès du pape, et réclamèrent impérieusement un ministère démocratique, la reconnaissance delà nationalité italienne, la continuation de la guerre contre l'Autriche et la convocation d'une assemblée nationale constituante.
Le pape, profondément affligé, et complètement désabusé, et ne pouvant plus se méprendre sur les intentions criminelles des mécontents, réussit, avec l'aide du comte Spaur, ambassadeur de Bavière, à quitter Rome et à se réfugier à Gaëte [24 novembre 1848]. La plupart des cardinaux l'avaient déjà précédé dans sa fuite; le terrorisme les avait déjà poussés à s'éloigner de Rome.
La république romaine fut alors proclamée par les Mazziniens et les Garibaldiens, le peuple fut soumis à un régime de terreur par les anarchistes de tous les pays, les propriétés ecclésiastiques et privées furent dévastées, la religion et les prêtres honnis. La constituante, appelée par la junte provisoire, déposa le pape comme chef temporel, [9 février 1849] et porta le 18 février une loi qui déclara propriété de l'État tous les biens de main-morte. Bientôt, au lieu de l'ordre promis, on put contempler la plus complète anarchie. La victoire remportée par Radetzki sur les Piémontais à Novare, le 23 mars, ôta à la république romaine tout espoir de stabilité.
Le pape, retiré à Gaëte, sollicita l'appui des puissances catholiques, et même de la république française. Celle-ci envoya une armée considérable sous la conduite du général Oudinot, qui s'empara [3 juillet] de Rome, défendue par Garibaldi, tandis que les Autrichiens entraient dans les Légations. Une commission composée des trois cardinaux Délia Genga, Vomicelli et Alfieri, fut envoyée par le pape pour gouverner ses États sous la protection des Français.
1) Hurter, Histoire de l'assassinat du comte Pérégrin Rossi. Inaprück. 1855.
Le 12 septembre, Pie IX promit de Gaëte des réformes dans les finances et l'administration, et, le 18 du même mois, il publia un décret d'amnistie. Quoique trompé dans ses plus chères espérances, et profondément affecté de tant d'ingratitude, le pape, lors de son retour à Rome [12 avril 1850], ne fit paraître aucune aigreur, il ne montra que de la clémence. Bientôt tout le territoire pontifical eut recouvré sa tranquillité passée. Un ministère complet fut constitué au mois de septembre ; il eut pour président le prudent et habile cardinal Antonelli, sous l'ancien titre de secrétaire d'État. Les jésuites furent rappelés et remis à la tête de l'instruction publique. Quoique déjà durantl'occupation deRome parles Français, deBologneetd'Ancônepar les Autrichiens, plusieurs améliorations eussent été introduites dans l'administration, l'agriculture et le commerce, on n'en vit pas moins reparaître les accusations haineuses et stéréotypées d'incapacité et d'absolutisme en tout genre du gouvernement des prêtres. L'ambassadeur français, le comte de Rayneval, eut beau attester lui-même dans un rapport impartial et appuyé sur les documents les plus authentiques, que le peuple romain n'avait nullement à redouter de la part de son gouvernement d'être lésé dans ses véritables intérêts, il réussit bien peu à attirer l'attention (1). L'agitation s'accrut encore lorsque le comte de Cavour, ministre piémontais, se mit à la tête de la révolution, provoqua l'Autriche à la guerre, fit ouvrir une souscription pour acheter cent canons, qui du haut des remparts d'Alexandrie devaient tonner contre les barbares. Les maisons des diplomates, consuls et agents piémontais furent partout le rendez-vous des mécontents. Une convention secrète qui eut lieu entre Cavour et l'empereur Napoléon, arrêta le plan hypocrite qui devait être exécuté en 1859. L'empereur, dans sa réponse aux souhaits que les ambassadeurs lui adressèrent, selon l'usage, le jour de l'an, manifesta ses intentions hostiles envers l'Autriche et ses vues au sujet de l'Italie.
La guerre éclata entre l'Autriche et laSardaigne que sou-
(i) Mémoire de M. Maguire, membre du Parlement anglais : Rome et ses conquérants, son administration et ses établissements publics. Hergenrotlter, les Etats de l'Eglise depuis la Révolution française. Frib., 18«0.
tenaient les armées françaises. Les Autrichiens perdirent les batailles de Magenta et de Solférino ; et, lorsque leurs troupes se retirèrent de Bologne, d'Ancone et de la Romagne sur le Mincio, ces pays furent occupés par l'armée ennemie, qui chassa les fonctionnaires pontificaux. L'Emilie et les Légations furent officiellement annexées à la Sardaigne (18 mars). Le même sort était réservé à la Toscane, à Naples et à la Sicile. En outre, le nouveau royaume d'Italie s'agrandit encore de la Lombardie au traité de Zurich, tandis que Napoléon, pour prix de ses services, stipulait que la Savoie et Nice seraient réunies à la France.
Alors Victor-Emmanuel, le roi d'Italie, convoita encore deux autres provinces des Etats de l'Église, les Marches et l'Ombrie, et l'empereur Napoléon laissa cette usurpation s'accomplir sous les yeux de l'armée qu'il entretenait à Rome pour protéger le pape. La petite armée pontificale, commandée par les braves généraux Lamoricière et Pimodan, fut écrasée par le nombre et la trahison à Castelfidardo [octobre 1860]. Pie IX se trouva alors dépouillé des quatre cinquièmes de ses États. Rome seule lui restait avec son territoire et environ 700,000 habitants. Outre les 11 millions d'écus romains que coûta cette double invasion, le trésor pontifical était encore chargé de toutes les dettes publiques, que le pape devait acquitter avec les revenus de ce qui lui restait du patrimonium Pétri. Mais les catholiques, avec un touchant empressement, sont venus en aide à la détresse du chef de l'Église. En souscrivant de la manière la plus désintéressée à son emprunt, et surtout en contribuant largement à l'œuvre du denier de Saint-Pierre, ils lui procurèrent des ressources suffisantes pour faire face à tous ses engagements.
La propagande révolutionnaire continua à menacer les pays qui restaient au pape : elle réclamait Rome pour capitale du royaume d'Italie, en faisant sans cesse retentir ce cri : Rome ou la mort ! Toutefois, l'empereur Napoléon et le roi Victor-Emmanuel conclurent, le 15 septembre 1864, une convention en vertu de laquelle Florence est devenue la capitale de l'Italie, et le roi s'est engagé à respecter ce qui restait au pape de ses anciens États. En échange de cet engagement, la garnison française dut quitter Rome,
qu'elle quitta en effet le 15 décembre 1866. Le patrimoine de saint Pierre ne fut plus protégé, depuis 1887, que par une petite armée de 10,000 hommes.
Les défaites essuyées par les Autrichiens en Bohême, dans la guerre contre la Prusse [juin et juillet 1866] furent encore, pour le royaume d'Italie, une occasion de s'agrandir. L'Autriche fut contrainte de lui céder la Vénétie.
Toutefois ce royaume, avec ses agrandissements et son apparente unité, malgré les immenses ressources qu'il a trouvées dans l'usurpation des biens ecclésiastiques, se trouva dans la plus misérable situation. Il fut menacé d'une énorme banqueroute, et la vente des biens ecclésiastiques [juillet 1867] fut votée par le parlement, bien qu'elle parût insuffisante à l'en garantir. On ne voyait dans toutes les branches de l'administration que désordre, incapacité, abus et corruption. Le mariage civil, qui a été décrété et rendu obligatoire le 1er janvier 1865, n'est guère de nature à relever le niveau des mœurs.
En "vain Pie IX, dans les allocutions du 26 septembre 1859, du 13 juin et du 17 décembre 1860, ainsi que du 30 septembre 1861, éleva la voix pour faire entendre des plaintes et des menaces : « Les vierges consacrées à Dieu, dit-il, sont obligées de mendier leur pain, les temples de Dieu sont pillés et changés en cavernes de voleurs, les biens de l'Église sont la proie des ravisseurs, la puissance et la juridiction ecclésiastiques sont méconnues et usurpées, les lois de l'Eglise sont méprisées et foulées aux pieds (1). » La persécution suivit son cours. Le roi Victor- Emmanuel tenta bien de se réconcilier avec le siège apostolique, en envoyant à Rome Vegezzi, en 1864, et Tonello, en 1867. Ses démarches demeurèrent sans résultat. Il y eut seulement une apparence d'entente au sujet de la réduction des évêchés. Tandis que, dans les États de l'Église seule, on comptait 82 évêchés, il ne devait plus y en avoir que 80 dans toute l'Italie. Le clergé, dans la longue persécution dont il fut l'objet, s'épura et se ranima. Il s'associa volontiers à cette noble maxime politique du Saint- Père : « Je puis être la victime de la révolution, mais je
(1) Voir La Parole de Pie IX, 1 vol. in-8, Paris, Sarlit, 2« édit.
ne serai jamais son complice. » Quelques-uns de ses membres seulement, entre autres le cardinal d'Andréa, l'évêque Caputo et le P. Passaglia entrèrent dans les rangs des ennemis de l'Église. L'Armonia et YUnita cattolica de Turin, et la Civilta cattolica de Rome combattirent avec intrépidité et constance pour la défense des droits de l'Église, et mirent les fidèles en garde contre la promesse menteuse « de l'Église libre dans l'État libre. »
§ 413. — Zèle de Pie IX pour le gouvernement de l'Église»
Au milieu de ces luttes et de ces persécutions politiques qui agitaient son règne, Pie IX ne cessait point de déployer, par toute la terre, le plus grand zèle pour le gouvernement de l'Église. Il adressa d'abord [9 novembre 1846] à tous les patriarches, primats, archevêques et évoques de la catholicité, une encyclique dans laquelle il exposait toutes les plaies du siècle, que l'Église seule a mission et pouvoir de guérir, si ses pasteurs sont vigilants et dévoués. Il s'occupa aussi d'une meilleure organisation des circonscriptions ecclésiastiques : treize sièges épiscopaux furent érigés en archevêchés ; quatre archevêchés, quatrevingt-seize évêchés, quinze vicariats apostoliques, une délégation et six préfectures furent créés ; la création de plusieurs nouveaux diocèses en Amérique fut aussi décidée en principe. Pie IX donna dans de nombreux documents une attention particulière aux Églises du rit oriental.
Par sa bulle du 24 septembre 1830, il rétablit l'épiscopat catholique et la hiérarchie en Angleterre, où il n'y avait eu jusque-là que des vicariats apostoliques. Par une autre bulle du 19 novembre suivant, il chargea les neuf nouveaux évêques, ainsi que l'archevêque de "Westminster, d'ériger des chapitres dans leurs diocèses respectifs. Il fit de même pour la Hollande, à la date du 7 mars 1853. Par une bulb du 23 juillet 1847, il avait rétabli le patriarcat latin de Jérusalem et prescrit au titulaire de résider dans cette ville.
Pie IX fondait de grandes espérances sur les conventions qu'il fit avec la Russie en 1847, avec la Toscane et l'Espagne en 1851, avec les républiques de Costa-Rica et
de Guatemala en 1852, avec l'Autriche en 1855, avec le Wurtemberg en 1857, avec le grand duché de Bade en 1859, avec les républiques de Nicaragua et de San-Salvador en 1861 ; mais la plupart de ces conventions ne furent point exécutées ou restèrent sans résultat (1).
Le pape appela aussi au cardinalat plusieurs métropolitains et prélats éminents de France, d'Espagne et d'autres pays : en Allemagne, le prince-évêque de Breslau, Melchior Diépenbrok, l'archevêque de Cologne, Jean de Geissel, l'archevêque d'Olmiitz, de Sommereau-Beckh, l'archevêque de Gran, Jean de Scitowski, l'archevêque de Vienne, Othmar de Rauscher, l'archevêque de Munich, Charles de Reisach et l'archevêque d'Agram, Georges Haulik. En Angleterre, Wiseman, archevêque de Westminster, et, en Irlande, l'archevêque et primat Cullen furent également nommés cardinaux.
Lorsqu'il eut connaissance des persécutions dont le catholicisme était l'objet dans la Nouvelle-Grenade, à Mexico, en Espagne, en Suisse, en Russie, en Pologne et ailleurs, il fit entendre sa parole grave et sympathique dans de nombreuses allocutions. Dans la discussion élevée en France par Gaume et Y Univers, au sujet des classiques païens, il se prononça sagement pour le maintien des classiques. Il censura les doctrines erronées de Günther à Vienne, de Froschammer à Munich et d'Ubagh à Louvain. Dans des documents nombreux, il condamna les erreurs capitales du temps dans le domaine scientifique, politique et social. Et, pour donner plus de force à ces condamnations, il les réunit sous dix paragraphes dans le Syllabus, qu'il adressa, le 8 décembre 1864, avec une encyclique, à tous ceux qui sont à la tête de l'Église (1). Les propositions condamnées se rapportent : 1° au panthéisme, au naturalisme et au rationalisme absolu ; 2° au rationalisme modéré ; 3° à l'indifférence ; 4° au socialisme, au communisme, aux Sociétés secrètes ; 5° aux erreurs sur l'Église et ses droits ; 6° aux erreurs sur la Société civile, soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l'Église ; 7° sur la morale naturelle et chrétienne ; 8° sur le mariage ; 9° sur
(1) Voir le livre intitulé : Pie IX pape et roi.
le pouvoir temporel du pape, et 10° aux erreurs qui se rapportent au libéralisme de nos jours (1).
Pie IX se montra aussi plein de sollicitude pour les questions liturgiques. Il maintint les liturgies orientales [9 novembre 1846] ; il fit de la Visitation de la sainte Vierge une fête double de seconde classe [31 mai 1850]; dans un décret du 18 mai 1854, il prescrivit que les fêtes de saint Timothée, de saint Tite, de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, et de saint Ignace, évêque d'Antioche, fussent célébrées dans toute l'Église sous le rit double mineur; il mit saint Hilaire de Poitiers et saint Liguori au rang des docteurs de l'Église [1851 et 1871]. Il béatifia et canonisa plus de saints qu'aucun de ses prédécesseurs (2). Il recommanda instamment à tous les prêtres d'honorer dignement le Très-Saint-Sacrement [3 mai 1848] et aux évêques d'observer ponctuellement dans leurs fonctions les prescriptions du Pontifical [5 nov. 1855, clans l'encyclique, Optime noscitis, aux évêques d'Autriche]. Par la bulle Quod
(1) Sanct. D. N\. Pie IX, ep. encyclica die VIII dec. 1864, unà cum syllabe- prœcipuorum setatis nostrse errorum et actis Pontifias, ex quibus excerptus est syllabus. Ratisb., -1865. Parmi les commentaires du Syllabus, nous signalons seulement Dujmnloup, la Convention du 15 septembre et l'Encyclique du 8 décembre. — Le Pape et les idées modernes. Vienne, chez Sartori. 1864. — Voix de Maria- Laach, par les PP. Flor. Riess, Roh, Rattinger et Schneemann. Frib., chez Herder, 1865-67, 8 cahiers.
(2) Ont été béatifiés : Pierre Claver, S.-J.; la bienheuse Maria- Anna de Paredes ; Jean de Britto; Jean Grande, de l'ordre des frères de la Miséricorde; Paul de la Croix, fondateur des Passionistes; la vén. Germaine Cousin; André Bobola, S. J.; Benoît-Joseph Labre; Jean Léonardi. fondateur de la congr. des clercs de la Mère de Dieu; Pierre Canisius, S. J.; Marguerite-Marie Alacoque, de l'ordre de la Visitation; Marie des Anges; Jeau Berchmans, S. J.; Benoît d'Urbin; 205 martyrs du Japon leur ont été adjoints en 1867. Ont été canonisés : 26 martyrs du Japon (23 Franciscains et 3 Jésuites), et le confesseur Michel de Samis, de l'ordre des Trinitaires; les saints canonisés le 29 juin 1857, savoir : le martyr Josaphat, archevêque de Poloczk; le martyr Pierre TArbuez, inquisiteur d'Aragon; les 19 martyrs de Gorcum, en Hollande; Paul de la Croix; Léonard de Port-Maurice; Marie-Françoise, de l'ordre de Saint-Pierre d'Alcantara, et Germaine Cousin. Vo\ez Hausherr, S. J., lâ-Grande solennité de Saint-Pierre de B.ome, le 29 juiu 1867. Mayence, 1867. La Biographie ù'Estius sur les martyrs de Gorcum. Laforèt, recteur de l'université de Louvain, les Martyrs de Gorcum.
jam pridem, du 25 septembre 1863, il prescrivit un nouvel office et une nouvelle messe de l'Immaculée Conception. Quatre fois Pie IX a invité les évêques catholiques à se rendre à Rome, et, le 2 décembre 1854, plus de 200 répondirent à son appel ; le 9 juin 1862, ils étaient plus de 300, et, le 29 juin 1867, près de 500 : la première convocation avait pour but la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu. Déjà, le 1 février 1849, le pape avait adressé à tous les évêques delà catholicité l'encyclique ubi primum, pour leur demander quels étaient leurs sentiments et leurs désirs à ce sujet, et pour solliciter les prières de tous les fidèles. Le 1er août 1854, fut ouvert un jubilé, et le pape proclama solennellement ce dogme au milieu des cardinaux et des évêques assemblés autour de lui, par la bulle Ineffabilis Deus (1). Le peuple catholique témoigna sa joie de cette proclamation, en élevant partout des statues et des églises à Marie immaculée.
Les évêques se réunirent la seconde fois aux fêtes de la Pentecôte [1862], pour assister à la canonisation des martyrs japonais [v. § 349] et pour aviser aux moyens de s'opposer à l'envahissement des États de l'Église. Avant cette réunion, de nombreuses adresses, couvertes de milliers de signatures, avaient été envoyées au pape, de tous les points du monde catholique, pour réclamer l'intégrité des États pontificaux et protester contre toute violation dont ils seraient l'objet (2). Les évêques réunis à Rome rédigè-
(1) Cette définition a beaucoup de rapports avec la bulle d'Alexandre VII (v. § 351), la voici : « Declaramus, pronuntiamus et definimus doctrinam quac tenet Beatissimam Virginem Mariam in primo Instant! suae Conceptionis fuisse, singulari omnipotentis Dei gratià et privilegio, intaitu meritorum Christi Jesu Salvatoris humaui generis, ab omni originalis «ulpee praeservatam immunem, esse a Deo revelatam, atque ideirco ab omnibus fulelibus firmiter contanterque credendam (Pii IX, P. M., Acta, t. I, p. 616). Cf. De Immaculato B. V. M Conceptu, an dogmatico decreto definiri possit, ed. Perrone, S. J. Rom., 1853.
(2) Cf. Scrœhdl, le Vœu du catholicisme et l'accord de tout l'univers catholique sur l'importance et la nécessité du pouvoir temporel et la souveraineté du Saint-Siège. Frib., 1S67. Histoire de la formation des Etats de l'Eglise, 2« partie. Wiseman, Rome et l'épiscopat cailmlique aux fêtes de la Pentecôte de 18G2. — A. Niedermaycr, la Fête de la Pentecôte à Rome. Frib., 1862.
rent également une chaleureuse adresse dans laquelle ils remerciaient le pape, au nom de tous les catholiques, du courage inébranlable qu'il opposait à la violence ; ils reconnaissaient que le pouvoir temporel était nécessaire au Saint-Siège et lui avait été visiblement départi par la divine Providence, et ils n'hésitaient pas à déclarer que, dans les circonstances actuelles, le pouvoir temporel était un besoin pour le libre gouvernement de l'Église et des âmes ; que le chef de l'Église ne pouvait être le sujet d'un prince quel qu'il fût, mais qu'il devait jouir, sur son propre territoire et dans ses propres États, de l'indépendance la plus entière, afin de protéger et défendre la foi catholique, conduire et gouverner toute la chrétienté. Comme souvenir de cette mémorable assemblée, le pape fit don à chaque évêque des premiers volumes de cet ouvrage, monument grandiose de l'unité catholique, où sont consignées les protestations unanimes venues de l'Italie, de la France, de la Belgique et de la Suisse ; de l'Autriche, de l'Allemagne et de la Hollande; de l'Espagne, du Portugal et des colonies ; de l'Angleterre, de l'Ecosse, de l'Irlande et de l'Amérique du Nord; delà Turquie, de la Pologne, des Indes, de la Cbine et de l'Océanie. {La sovranità temporale Bei Bomani Ponte fici, propugnaia nella sua intégrité, dal suffragio dell'orbe cattolico, régnante Pio IX. Roma, 1860 sq.)
Enfin l'épiscopat catholique se réunit une troisième fois, en plus grand nombre encore, autour de Pie IX, pour célébrer le dix-huitième anniversaire séculaire du martyre des apôtres saint Pierre et saint Paul, le 29 juin 1867, et pour être témoins de la canonisation des martyrs que nous avons notés précédemment. Ne pouvant contenir la joie qui remplissait son cœur à la vue d'un si grand nombre d'évêques qui s'étaient rendus avec tant d'empressement à son appel de toutes les parties du monde, le pape s'écria o Rien n'est plus beau que cette assemblée où l'univers catholique tout entier est représenté à ce dix-huitième centenaire du martyre des Princes des Apôtre j; rien n'est plus digne d'éloges que ce spectacle de l'unité de l'Église à l'occasion de la canonisation de ces martyrs qui ont donné leur vie pour la défense du Saint-Siège et de la foi catholique. En voyant cette unité, les ennemis de la religion
doivent comprendre combien est grande la vigueur de l'Église catholique, et reconnaître qu'ils se trompent étrangement ceux qui la représentent comme décrépite. Cette union des évêques avec le vicaire de Jésus-Christ ne peut que fortifier de plus en plus l'Église. Mon vœu le plus ardent est de pouvoir vous réunir encore pour un concile œcuménique. »
Le Saint-Père réunit aussi, dans la grande salle consistoriale du Vatican, les dix mille prêtres qui étaient venus à Rome à l'occasion de ces fêtes, et leur tint le plus touchant langage. Il leur recommanda de ne jamais perdre de vue la haute dignité sacerdotale dont ils étaient revêtus, d'offrir chaque jour dignement le très-saint sacrifice pour leur salut et pour le salut du monde, de se faire toujours remarquer par la sévérité de leurs mœurs, la pureté de leur vie, par leur chasteté et surtout par la connaissance des sciences sacrées, afin de pouvoir lutter vigoureusement contre les ennemis de l'humanité, procurer la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes, et se montrer de bons soldats de Jésus-Christ sous la conduite de leurs savants évêques. Il leur donna sa bénédiction et les chargea de la répandre également en son nom sur leurs ouailles.
Une députation nombreuse de cent villes d'Italie fut aussi admise en sa présence. Elle, lui offrit un riche album, et l'assura que le peuple italien, loin de sentir de l'aversion ou de l'hostilité pour lui, était rempli à son égard de respect et de dévouement, et reconnaissait, dans sa courageuse résistance à ses ennemis la fermeté du vicaire de Jésus-Christ. Le pape répondit : «Ici, sur ce rocher (il montrait le château Saint-Ange), je vois un ange. C'est le vainqueur des démons; il a le glaive dans le fourreau; c'est ainsi qu'il annonça jadis, en ce même jour, au peuple que le fléau allait cesser. Je le vois aujourd'hui encore, sur l'ordre de Dieu, mettre son glaive dans le fourreau, car, aujourd'hui, commence l'heure de la miséricorde. Au commencement de ce siècle, à pareil jour, l'un de mes prédécesseurs fut détrôné et dut partir pour l'exil; les ennemis qui le persécutaient étaient les mêmes qui, aujourd'hui, ous le prétexte de l'agrandissement de la patrie, voudraient arracher des cœurs notre sainte religion. A pareil
jour donc, — car il a commencé la veille même de sa fête, — une armée libératrice entra dans la ville sainte et mit en déroute les ennemis de Dieu et de son Église qui voulaient détruire, dans Rome même, le centre du catholicisme, le règne du Christ. On regardait ce jour comme funeste à Rome ; je dis ^ue l'heure du triomphe a commencé. Ils ont dit que je hais l'Italie. Non, je ne la hais point, je I l'ai toujours aimée; je l'ai bénie; j'ai désiré son bonheur, f et Dieu sait que de mis j'ai prié pour elle. Oui, prions, je dois le dire, pour cette infortunée nation. Une nation qui repose sur l'égoïsme n'est point unie; elle n'apporte point J de bénédictions, l'unité qui détruit la charité et la justice, I l'unité qui foule aux pieds les droits d'autrui, les droits des | serviteurs de Dieu et ceux des fidèles; une telle unité a I tout le monde pour ennemis, tous se lèvent contre elle, I car Dieu lui-même est contre elle. L'heure a commencé, I le triomphe ne peut tarder; s'il devait toutefois se faire at- ! tendre encore, nous continuerions à souffrir avec patience j les coups de la justice de Dieu. »
Les évêques assemblés à Rome déclarèrent dans une j adresse au pape, qu'ils s'étaient volontiers rendus à son 1 invitation, pour vénérer ses vertus et le consoler, maisj au;si pour fortifier leurs cœurs, au milieu des angoisses! de l'Église, parla vue de ses traits paternels. Ce centenaire | de saint Pierre leur permettait de constater la fermeté de ce roc inébranlable, sur lequel notre Seigneur et Sauveur a établi le grand, l'impérissable édifice de son Église. De puis dix -huit siècles, malgré les attaques continuelles de ses ennemis, la chaire de saint Pierre a toujours été l'organe de la vérité, le centre de l'unité et le boulevard de la liberté; toujours elle est restée immuable et intacte, pendant que les trônes des rois et des empereurs étaient tous brises et renversés les uns après les autres. Aussi ils venaient, comme ils avaient fait cinq ans auparavant, sous l'impression de ces sentiments et de cette foi, lui offrir le] témoignage bien mérité de leur vénération, et exprime publiquement les vœux qu'ils formaient pour le maintien de son pouvoir temporel, pour la cause sacrée de l'Église et de la justice dont il était l'intrépide défenseur. Ledevoh le plus cher et le plus sacré à leurs yeux était : de crQirt
et d'enseigner ce qu'il croyait et enseignait lui-même, de rejeter les erreurs qu'il rejetait, de marcher à sa suite, de combattre à ses côtés, prêts à affronter, avec lui, les dangers, les épreuves et les contradictions. Déjà ils apercevaient des signes avant-coureurs d'un meilleur avenir : ces témoignages non équivoques d'attachement qui arrivaient de toutes parts au Saint-Siège, ces marques d'affectueuse sympathie du peuple chrétien, qu'ils voulaient continuer à diriger par la parole et par l'exemple, la fidélité des Romains, dont ils étaient les témoins heureux, et leur soumission envers leur chef spirituel et temporel. Dans la convocation du concile œcuménique qu'il leur annonçait, ils voyaient avec Paul IV « le meilleur moyen de conjurer les grands périls que courait la société chrétienne. »
Dans sa réponse, Pie IX se dit consolé de ce que les évêques, par cette assemblée, ont resserré les liens de mutuelle charité qui unissent toutes les Églises du monde. Il a la certitude que, après s'être remplis de l'esprit évangélique au tombeau de saint Pierre, prince des Apôtres, et de saint Paul, le docteur des nations, ils vont repartir plus forts pour rompre les rangs de l'ennemi, pour protéger les droits de la religion, et porter encore davantage vers l'unité les peuples qui leur sont confiés. Comme eux, il est convaincu qu'aux grandes calamités de ce temps on ne peut opposer que la force divine de l'Église, laquelle se manifeste surtout lorsque les évêques, convoqués par le pape, se réunissent sous sa présidence, pour traiter des affaires de l'Église.
Ces sentiments de foi catholique furent connus en même temps dans toutes les églises de la chrétienté. Partout les fidèles s'y associèrent par des solennités religieuses; et la pensée de l'existence dix-huit fois centenaire du catholicisme, ainsi que l'imposant spectacle de l'unité de leur foi au tombeau et autour de la chaire de saint Pierre, éveilla en eux une grande confiance dans le triomphe prochain de l'Église (1).
(l) Cf. P. -Charles Brandes, Saint Pierre à Rome et Rome sans Pierre, récit de la fête du 18e anniversaire séculaire des princes des apôtres. Einsiedeln, 867. Les lettres pastorales de Herman, archev. de Fribourg : La Papauté dans l'histoire, et de Martin, évêque de
Tout en s'occupant ainsi activement des intérêts de la catholicité, Pie IX venait en aide à toutes les calamités de quelque nature qu'elles fussent. L'anglais Maguire a tracé un tableau magnifique de cette charité qui s'exerce partout où son œil paternel aperçoit un besoin, une souffrance : « Comme lui, ses prédécesseurs, sur la chaire de saint Pierre, ont toujours montré le plus grand zèle à soulager de toute manière le peuple chrétien. Mais, aussi, à qui cette paternelle sollicitude pourrait-elle mieux convenir qu'à ceux qui, comme l'enseigne la foi catholique, sont les Pères et les Docteurs de tous les chrétiens? » Pie IX se montra digne de ce bel éloge. 11 éleva la voix en faveur de l'Irlande pour demander de lui venir en aide dans sa détresse par des quêtes et des prières [26 mars 1847] ; dans la guerre entre l'Autriche et l'Italie pour le rétablissement de la paix [27 avril 1859] ; au sujet du massacre des Maronites [29 juillet 1860], et de la guerre sanglante qui désola les États-Unis [18 octobre 1862].
Enfin, Pie IX fut pour les arts un protecteur éclairé et généreux (1). Il fit publier les œuvres précieuses de de Rossi (Roma sotterranea; Inscriptiones christianœ) ; il favorisa puissamment les études archéologiques de Garucci, Gave doni, Visconti et Borghèse. Les autres sciences furent aussi cultivées par des hommes remarquables : la philosophie par Liberatore, Tongiorgi, San-Severino, Taparelli et Kîeutgen, qui combattirent les systèmes ontologistes ou traditionalistes de Rosmini et de Gioberti; la dogmatique par Perrone ; la morale par Scavini ; l'exégèse par Patrizi, Pianciani et Vercellone ; l'histoire ecclésiastique par Theiner et Tosti ; l'éloquence de la chaire par Ventura et Audisio.
§ 414. — Renouvellement de l'esprit religieux dans différents pays depuis 1846. — En Portugal et en Espagne.
L'activité du chef de l'Église a, de tout temps, passé dans tous ses membres. Cette loi, conforme à la nature,
Paderborn : Le Christianisme et la papauté. P. Pie Gams, l'Année du martyre des apôtres saint Pierre et saint Paul. Ratisb., 1867. (l) Dr Sighart, Reliques de Rome. Augsb., 1865.