EN PORTUGAL ET EN ESPAGNE
des diocèses. La province ecclésiastique de Bnrgos eut six évêchés, Compostelle en eut cinq, Grenade cinq, Saragosse cinq, Séville quatre, Tarragone sept, Tolède six, Valence cinq, et Valladolid cinq. Tous ces évêques, aidés de 10,000 prêtres, administrent 16 millions de catholiques. La nomination des curés se fait par la reine, sur trois candidats que lui présente l'évêque. La reine elle-même propose au pape trois candidats pour chaque évêché vacant. Par suite de la sécularisation et du gaspillage des biens ecclésiastiques, le manque de prêtres commence aussi à se faire sentir en Espagne; l'un dans l'autre, chaque curé et deux vicaires ont présentement 10,000 âmes à diriger.
Pas plus qu'en Portugal, le libéralisme ne veut en Espagne de monastère d'hommes. Toutefois, en fait de congrégations d'hommes, l'Espagne renfermait en 186-4 : les Piaristes avec 34 maisons et 610 membres ; 65 Lazaristes en 4 maisons; 31 oratoriens en 3 maisons; 86 Augustins Récolets en 1 maison ; 271 Dominicains en 2 maisons ; 72 Franciscains Déchaussés en 1 maison , et 139 Jésuites en 4 collèges. Bien plus grand est le nombre des religieuses qui s'accroît sans cesse, tandis que celui des religieux diminue. En 1861, on comptait 1,746 religieux, et en 1864 ils n'étaient plus que 1,238. Au contraire, on compte en 1867 plus de 15,000 religieuses cloîtrées et 2,000 sœurs de la charité non cloîtrées.
Quoique la science du clergé et l'instruction du peuple laissent beaucoup à désirer, les Espagnols ont conservé leur vieille réputation de bonne moralité et de fidèle attachement au Saint-Siège. La reine Isablle, dans son discours du trône, à l'ouverture des Chambres, fait volontiers entendreune parole affectueuse pour le Saint-Père, etles ministres, ainsi que les Chambres, se sont souvent prononcés en faveur des droits du chef de la chrétienté. Ceci eut lieu en particulier lors de la discussion des affaires d'Italie [mars 1801]. Martinez de la Rosa entre autres, le libéral président des certes, critiqua vertement la politique de Cavour, et termina son brillant discours en réclamant le maintien du pouvoir temporel du pape.
Après le célèbre publiciste Donoso Cortès, et surtout le vigoureux apologiste Balmès, enlevés tous deux par une
mort prématurée, nous ne voyons plus, en fait d'écrivains influents, à citer que Leo Carbonero y Sol et cette cligne Espagnole (Bœhl de Faber) qui, sous le pseudonyme de Fernan Caballero, s'efforça, par des romans et des nouvelles, de ramener le peuple à un esprit véritablement national et religieux. Parmi les nombreux journaux qui défendent la cause de l'Église, nous devons mentionner la Revue catholique de Barcelone, la Epoca et la Regeneration de Madrid, le Diario de Barcelone, V Union de Valence et les Brochures catholiques qui paraissent à Barcelone depuis 1848. La société, qui a été fondée pour cette dernière publication, a, depuis 1884, déjà publié 114 grands ouvrages, 80 de moindre importance et 50 classes de traités. Malgré les pronunciamentos, les émeutes et les changements de ministères si fréquents en Espagne, ces efforts pour conserver et accroître dans ce pays la vie catholique, ont obtenu d'excellents résultats; ils ont, toutefois, été bien dépassés par ce que nous avons à dire de la France.
§ 415. — En France.
Napoléon III et l'Eglise catholique en France (Feuilles historiques et politiques). 1861. Hettinyer, la Situation religieuse et sociale de Paris. Mayence, 1852.
De toutes les nations catholiques, aucune ne possède une aussi grande richesse d'établissements ecclésiastiques, de congrégations religieuses et d'œuvres considérables que la France. Le mouvement politique qui partit de là en 1848, ne fut pas sans influence sur l'Eglise elle-même. Bientôt la République, sous la présidence de Louis-Napoléon, supprima, par une loi du 27 mars 1850, le monopole si rigoureux de l'Université, et accorda la liberté d'enseignement. Ce beau résultat fut dû, surtout, aux nobles efforts du ministre Falloux, l'ami du comte de Montalembert. Lorsque le président renversa la République et se fit proclamer empereur sous le nom de Napoléon III [2 déc. 1852], il n'abolit point sans doute les lois organiques qui étaient une entrave à la vie du catholicisme, il laissa toute-
fois, à l'Église, une plus grande liberté d'action. Le Panthéon de Paris, auquel se rattachaient tant de souvenirs, fut rendu à sa destination première et est devenu, sous le nom d'église de Sainte-Geneviève, un lieu de dévotion trèsfréquenté. Il montra mieux encore l'intérêt qu'il portait à la religion en taisant construire de nouvelles églises (Sainte- Clotilde) ou restaurer les anciennes (les restaurations importantes de Notre-Dame de Paris, de Saint- Denis, de Reims, d'Amiens, de Chartres, de Sens, etc.), en fondant de nouveaux évêchés en France et en Algérie, en organisant dans l'armée un service religieux. Le mérite qu'il s'acquit ainsi fut compromis par sa conduite envers le pape. L'armée qu'il entretenait à Rome laissa s'accomplir les tristes événements qui, en 1860, affligèrent l'Église, et il finit même par la rappeler en décembre 1866. Cet abandon du pape lui aliéna Louis Veuillot et le parti de V Univers, qui, avec la majorité du clergé, lui avaient accordé toute leur confiance après le coup d'État de 1832. Quant au parti libéral dirigé par Montalembert, Lenormand, Gochin, de Broglie, Poisset et autres collaborateurs du Correspondant, il s'était tout d'abord éloigné de lui. Ce sentiment de répulsion était plus profond encore dans le parti légitimiste qui avait à sa tête Poujoulat, Capefigue, Laurentie, Henri de Riancey, et surtout Berryer.
A cette France si changée au point de vue politique et religieux, Pie IX consacra plusieurs allocutions, encycliques et lettres apostoliques. Dans son allocution du 11 septembre 1848, il déplora la mort de Denis Affre, archevêque de Paris, qui fut tué sur les barricades où il s'était généreusement rendu pour arrêter l'effusion du sang et rétablir la paix. Dans un bref du 21 mars 1853, le pape loua les évêques français de leur dévouement pour le siège apostolique, et de leur zèle à tenir de.i conciles provinciaux et à rétablir la liturgie romaine dans leurs diocèses. Par la bulle Ubi primum du 5 janvier, il avait érigé l'évêché de Rennes en archevêché et lui avait donné pour suffragants : Quimper, Vannes et Saint-Brieuc. Les évêchés de Laval et de la Réunion furent créés ; et à Alger érigé en archevêché en 1866, furent adjoints en 1867, les nouveaux évêchés d'Oran et de Gonstantine. Par la réu-
nion de Nice et de la Savoie, la France acquit l'archevêché de Ghambéry et ses trois suffragants, ainsi que l'évêché de Nice, de sorte qu'elle possédait alors 17 provinces ecclésiastiques, et plus de 36 millions de catholiques. Ses évêques sont tous dignes, extrêmement actifs, plusieurs d'un esprit supérieur et se distinguant par de grands talents, par leur éloquence et leur courage inébranlable. Le gallicanisme qui régnait parmi eux sous le gouvernement de Juillet, a graduellement disparu. A leurs côtés se tient un clergé d'une moralité remarquable, ayant le sentiment de sa dignité, plein de zèle pour le salut des âmes, et jouissant d'une grande considération auprès du peuple.
Un nombre très-considérable de personnes des deux sexes remplissent en France les maisons religieuses. Outre d'innombrables ordres de femmes, on y voit des Bénédictins, des Dominicains, des Jésuites, des Capucins, des Chartreux et des Trappistes. Plus nombreuses sont encore les congrégations religieuses, dont plusieurs sont approuvées par l'Etat, comme les Lazaristes, les Sulpiciens et les Frères de la doctrine chrétienne. En 1854, les écoles des Frères de la doctrine chrétienne furent fréquentées par 243,699 élèves, et celles des Frères des autres congrégations, par 77,600 élèves. En l'année 1866, le nombre des écoles dirigées par des religieux, s'est accru de 500, de sorte qu'il atteint aujourd'hui le chiffre de 3,100. La France, en 1860, avant même l'annexion de la Savoie et de Nice, possédait 2,972 maisons tenues par des religieuses reconnues par l'Etat ; 553 de ces maisons sont consacrées à l'instruction, au soin des malades; 2,101 à la fois, à l'instruction et aux soins des malades; 16 à la contemplation et 17 à l'adoration perpétuelle du très-saint sacrement. Près des deux tiers des jeunes filles de ce grand pays sont élevées par des religieuses, et cette éducation affermit et entretient en France la vie chrétienne. Les dames du Sacré-Cœur et les Ursulines distribuent avec le plus grand succès l'instruction supérieure.
Une œuvre qui contribue beaucoup à la conservation des mœurs chrétiennes, c'est la Société de Saint- Vincentde-Paul. Répandue par toute la France, elle a des confé-
rences dans toutes les villes et un grand nombre de localités moins importantes, sous la direction d'un président général qui réside à Paris. La Société de Saint- François- Régis fait aussi un bien immense. Elle a pour but de régulariser au point de vue civil et religieux les unions illicites, de légitimer les enfants, de rendre à leurs parents les enfants trouvés, de réconcilier la famille avec la société civile et religieuse, et de les arracher ainsi à une dépravation certaine. La Société de protection pour les malheureuses jeunes filles dont la vertue est exposée, se montre également animée du plus grand zèle, en leur procurant les moyens de retourner dans leurs familles éloignées, tandis que les Dames du Bon-Pasteur et les Sœurs de l'Immaculée Conception se dévouent avec une admirable abnégation à la pénible tâche de sauver celles dont la vertu a fait le plus triste naufrage.
Les nombreuses congrégations et associations qui ont pour but l'exercice de la charité chrétienne, font preuve aussi du dévouement le plus pur et le plus touchant. A leur tête, aujourd'hui comme toujours, se présentent les sœurs de charité, de Saint-Gharles-Borromée et de Saint- Vincent-de-Paul, qui excellent à soigner les malades et qui apparaissent partout où il y a une peine, une douleur à adoucir. Dans les guerres de Crimée, d'Italie et du Mexique, elles se sont conduites comme des héros. Les sœurs de Saint-Charles-Borromée, de Nancy, ont spécialement fait, depuis vingt ans, un bien considérable aux Allemands, qui sont si nombreux à Paris (1). Les Frères du Saint- Esprit dirigent les maisons de correction ; les Frères de Saint-Gabriel instruisent les sourds-muets; ceux de Saint- Joseph se chargent des enfants vagabonds ; les Sœurs de Saint-Paul, de Paris, presque toutes aveugles, font l'éducation des jeunes aveugles. Les Sœurs de Nazareth et de Bethléem remplissent de la bonne odeur de leurs vertus les saints lieux dont elles ont pris le nom.
La Société de la Sainte- Enfance, fondée par Janson, évoque de Nancy, a pour mission de rechercher les enfants exposés en Chine, de les baptiser et de les élever chrétien?
(1) A. Nirdcrmayer, les Allemands de Paris, Frib., 1W62.
nement, de même que les Écoles d'Orient, créées par le baron Cauchy, s'occupent de la jeunesse abandonnée des pays musulmans.
Gomme contraste avec ces œuvres excellentes, inspirées par la foi, avec ces manifestations sublimes de la vie catholique, avec ces témoignages magnifiques de la charité, dont Paris surtout est si riche , on rencontre dans plusieurs classes de la société, la démoralisation, la frivolité et l'impiété, avec tous leurs caractères les plus repoussants. La France est également grande en bien et en mal. Tandis que Hettinger (1) nous dépeint avec amour le côté ravissant, de frivoles touristes et romanciers s'attachent aux vices et aux scandales, et exposent à tous les regards, avec un cynisme sans égal, dans des tableaux séducteurs, les mystères de la moderne Babylone (Paris).
La France ne se borne pas à faire éclore et prospérer sur son sol les associations les plus bienfaisantes. Cette catholique nation fournit encore les secours les plus riches et la coopération la plus active pour la conversion des peuples idolâtres. Seule elle verse chaque année 4 millions de francs dans la caisse de l'OEuvre de la Propagation de la foi, et ses missionnaires sont plus nombreux que ceux de tous les autres pays de l'Europe ensemble.
Ce que nous avons à dire de son activité scientifique, n'est pas moins capable de réjouir un cœur chrétien. D'intelligents et éloquents prédicateurs : Bautain, Lacordaire, et Ravignan réussirent à ramener l'opinion publique vers le catholicisme, en montrant avec une clarté saisissante, dans leurs spirituelles conférences, que toutes les justes aspirations de ce temps : — liberté, sciences, arts, progrès social, régénération de l'Europe, — ne pouvaient être réalisées d'une manière durable que par l'Église. Ils eurent de dignes continuateurs dans le P. Félix [1853-67, Sur le progrès par le christianisme], le P. Minjard, Monsabré et autres. Plusieurs évêques se firent aussi remarquer dans la chaire sacrée par leur éloquence. A leur tête nous placerons Dupanloup, évêque d'Orléans, l'écrivain si connu, dont tout le monde admire le talent et le goût. À eux nous joindrons l'abbé de Ségur, le juriste Nicolas, Études sur
(3) Hettinger, Dixième lettre.
le christianisme, Keller, Y Eglise et les principes de 1789, et aussi le célèbre protestant Guizot,l'ancienministre deLouis- Philippe, qui eut également sa part d'influence sur les esprits (Méditations chrétiennes; l'Église et la société chrétienne.)
Tout différent était le but de l'orientaliste Renan. Après plusieurs autres qui ont disparu sans laisser de traces, il tenta, dans sa Vie de Jésus et des Apôtres, d'enlever au Christianisme son caractère de religion révélée, à son fondateur sa divinité, et aux témoignages du Nouveau Testament, surtout par rapport aux miracles, tout titre de créance. D'excellents apologistes, Monseig. Freppel, le P. Gratry,Dar-< boy, archevêque de Paris, Meignan, évêque de Châlons, et le théologien protestant Pressensé, se présentèrent pour le réfuter. Le maréchal Ganrobert lui-même déclara en plein sénat que l'on ne devait point dans une telle assemblée prononcer la moindre parole en faveur de celui qui osait niella divinité du Christ, et qui se posait comme l'adversaire acharné de la religion de nos pères, laquelle est toujours la religion de la majorité des Français. 11 ajouta qu'il protestait formellement contre ce coupable enseignement.
Après les écrits de Bautain, de Bonald et de Bonnetty, qui n'eurent qu'une médiocre influence, l'Oratorien Gra<try (1) appliqua aux études philosophiques une méthode plus sévère. Toutefois, il ne réussit point lui-même à séparer nettement les éléments théologiques des éléments philosophiques. Le traditionalisme imaginé par Lamennais, et présenté sous une forme adoucie par Bautain, Bonnetty et le jésuite Chastel, peut être aujourd'hui considéré comme vaincu.
Quant aux sciences théologiques, sous l'impulsion du P. Lacordaire, on revint, pour la dogmatique, à saint Thomas. La morale rencontra deux théologiens éminents : Carrière qui fut longtemps supérieur de la congrégation de Saint-Sulpice, et le cardinal Gousset, qui, ens'appuyant sur Liguori, battit en brèche les traditions rigoristes et jansénistes qui ont régné en France jusque dans ces derniers
(1) Ses écrits philosophiques sont : De la connaissance de l'âme; De la connaissance de Dieu ; De la connaissance de l'homme dans sa faculté de penser.
160 § 415. — RENOUVELLEMENT DE l'eSPRIT RELIGIEUX
temps. Le droit ecclésiastique fut remis en honneur par Bouix. (De principiis juris can. Par. 1852 et Revue des sciences ecclésiastiques). L'histoire générale de l'Église fut écrite par Rohrbacher, Blanc, Darras, etc. Mais un certain nombre de monographies faisant connaître d'une manière spéciale une époque, un personnage, un ordre religieux, un pays, et ayant pour auteurs Poujoulat, Jager, Montalembert, Grétineau-Joly, Albert de Broglie, Capefigue, l'abbé Prat, ont été plus utiles à cette science.
La littérature exégétique et l'étude des textes primitifs hébreu et grec, doivent beaucoup au P. de Valroger (Introduction aux livres du N. T.), à le Hir, à l'abbé Barges de la Sorbonne, à l'abbé Gainet et à Meignan, évêque de Ghâlons.
Un prêtre plein de résolution et de persévérance, l'abbé Migne, publia d'abord une édition des Pères de l'Église latine jusqu'à Innocent III [1215] en 217 volumes in-4°, puis une édition des Pères grecs allant jusqu'au XVIe siècle en 162 volumes. Il rendit ainsi beaucoup plus facile l'étude de la littérature ecclésiastique, bien que les textes de ses éditions ne répondent plus à toutes les exigences de la science actuelle (1). Le même jugement peut être porté sur l'édition de quelques Pères de l'Église que les frères Gaume avaient publiée précédemment. Il n'en est pas de même du bénédictin dorn Pitra, qui;a rendu de grands services par son Spicilegium Solesmense. Nous pouvons adresser le même éloge aux Origines de Rome et aux Écrits liturgiques de dorn Guéranger, autres publications que nous devons également à la nouvelle congrégation des Bénédictins. D'autres savants encore se livrent avec succès aux études patrologiques, Gaillau et Guillon, Cruice évêque de Marseille, l'abbé Freppel. Villemain et Charpentier s'efforcèrent de répandre autour d'eux le goût de la littérature des Pères de l'Église. Les travaux inachevés desBénédictins du siècle dernier ont trouvé des continuateurs qui ont repris la publication du Gallia Christiana et de Y Histoire littéraire de la
(l) Appréciation détaillée des publications de Migne, par Hergenrœtker, Feuille delitérature théologique, 1867 n° 10 et 13.
France interrrompue par la Révolution. Il paraît une nouvelle édition des Bollandistes. L'étude du moyen âge chrétien est fortement encouragée par Y École des Chartes et par les éditeurs de la Bibliothèque de cette école, entre autres par de Wailly, Delisle, Quicherat etBoutaric.
Des travaux très importants ont été faits sur les Antiquités chrétiennes par Raoul-Rochette, Ch. et Fr. Lenormant, Greppo, Labus, Perret [Catacombes de Rome], Martigny [Dictionnaire des antiquités ^ chrétiennes], et Didron [Annales archéologiques] ; sur YEpigraphie chrétienne par Texier, Renier et surtout Leblant; sur Y Histoire de V architecture religieuse, la sculpture et la peinture par Gailhabaud, les jésuites Martin et Gahours, de Caumont, Rio [de l'Art chrétien] et Viollet-Leduc, qui a contribué à faire revenir au gothique. Lambillotte mérite une mention spéciale pour ses ouvrages de musique religieuse.
Pour les différentes branches de la science archéologique, laFrancea plusieurs journaux remarquables : les Études religieuses, historiques et littéraires fondées par les jésuites Daniel et Gagarin, la Revue des sciences ecclésiastiques, le Correspondant du comte de Montalembert. Les principaux journaux politiques qui défendent les divers intérêts catholiques sont : le Monde, V Union de Henri de Riancey, le Journal des Villes et Campagnes, et V Univers rédigé par Louis Veuillot, qui a surtout montré son dévouement et son admiration pour la Ville éternelle dans son Parfum de Rome, la Revue catholique de l'Alsace.
§. 416. — En Belgique et en Hollande.
La Belgique, qui est française par le langage et le caractère, l'est aussi par les manifestations de la vie catholique. Gomme la France, elle est riche en associations de charité, elle possède de nombreuses maisons religieuses, elle contribue largement à l'œuvre des missions étrangères. Nous avons dit plus haut que le nombre de ses établissements religieux qui était de 280 en 1829, s'élevait à 779 en 18*6; depuis cette époque, il s'est encore considérablement accru. Comme en France aussi, existe en Belgique, en opposi-
162 § 416. — RENOUVELLEMENT DE l'eSPRIT RELIGIEUX
tion avec le plus beau développement de la vie religieuse, une corruption extrême qui puise, dans une plus grande liberté de la presse, une hostilité plus acharnée encore contre l'Église catholique, les prêtres, les religieux, et qui voudrait détruire jusqu'au moindre souvenir du Christianisme. Aux libéraux (!) et aux 4,000 Francs-maçons, que dévore ce zèle infernal, s'est jointe la secte des solidaires, qui s'engagent àne pointlaisser approcher un prêtre de leur lit de mort, ni de celui d'un affilié à la secte. Dans un congrès qu'ils tinrent à Liège en 1866, des étudiants proclamèrent l'athéisme, le naturalisme et le communisme le plus grossier, tellement que le gouvernement français se vit contraint de sévir contre ceux de ces étudiants qui appartenaient à la France. A l'occasion de la loi sur la bienfaisance (1), la populace, poussée par des meneurs, se porta aux excès les plus odieux contre les églises et les maisons religieuses, et elle les aurait renouvelés en 1864, lors du scandaleux procès de Buch (2), sans l'intervention énergique de l'autorité civile. Les francs-maçons de leur côté, assistèrent en grande cérémonie à l'enterrement du F. Verhaegen avec leurs tabliers et leurs autres insignes.
Ceux qui eurent le plus à souffrir de ces émeutes furent les Jésuites qui, dans douze maisons d'éducation, instruisent 2,000 jeunes gens des meilleures familles, et s'efforcent d'en faire à la fois de bons catholiques et de bons citoyens. Ceci ne fait point l'affaire des Loges, dont le but final est la destruction du catholicisme et même de lidée chrétienne, et qui font serment de regarder les rois et les charlatans religieux comme les fléaux de la société et du monde, et de les poursuivre d'une haine éternelle.
Mais la Belgique ne renferme pas que des ennemis et des agitateurs de l'Église, sa population est essentiellement conservatrice et religieuse. La foi et les œuvres qui en découlent y sont entretenues et vivifiées par le zèle d'un clergé honorable et des ordres religieux florissants. Un parti catholique également zélé, tient tête dans les chambres au parti libéral. A l'action destructive d'une pre-sse sans
(1) Feuille ecclésiastique de Fribourg, 1857, n° 5 et 6.
(2) Le procès de Buck, à Bruxelles, devant le tribunal de la vérité. Frib., 1865.
frein, s'oppose avec énergie et talent une presse catholique parfaitement organisée. Parmi les journaux catholiques nous mentionnerons surtout le Journal de Bruxelles et le Journal d'Anvers, la Patrie de Bruges, le Bien public de Gand, le Moniteur de Louvain, l'Ami de l'Ordre, le Courrier de la Sambre, l'Union de Charleroi et le Nouvelliste de Verviers.
En fait d'établissements scientifiques, une mention spéciale est due à l'université catholique qui est dans une voie deprospérité toujours croissante. Commencée en 1835, avec 86 étudiants, elle a vu, sous les rectorats de de Ram [1865] et de Laforêt, ce nombre arriver en peu d'années à 800. Son enseignement scientifique, qui est, chaque année, consigné dans un rapport, se produit aussi dans la Bévue Catholique de Louvain (1) qui fait paraître les travaux les plus variés dus à la plume des professeurs.
Une nouvelle impulsion fut donnée à l'activité religieuse de la Belgique par le Congrès catholique de Malines, qui eut lieu pour la lre fois en 1863, et réunit les catholiques les plus notables, non-seulement de la France, de l'Espagne et du Portugal, mais encore de l'Angleterre et de l'Allemagne (2). Ce premier Congrès compta 4,000 membres, tandis que les assemblées du même genre qui se font en Allemagne depuis 1848 n'en ont jamais compté plus de 1,500 et souvent beaucoup moins. Bien que ce congrès dût être surtout une réunion laïque, tout l'épiscopat belge y assista avec un clergé nombreux. Les discours pleins d'éloquence et defeu deDupanloup évêque d'Orléans, du cardinal anglais Wiseman et du comte de Montalembert, qui paila de la liberté religieuse, donnèrent au congrès de 1863, un éclat tout particulier. Après plusieurs questions brûlantes , relatives à l'art, à la science et à l'éducation, on traita avec beaucoup d'énergie la question de la presse du jour, l'une de celles qui intéressent le plus les catholiques
(1) L'Annuaire de l'Université catholique contient, outre la nomenclature des cours, la statistique des maîtres et des élèves, les promotions survenues, des articles nécrologiques sur les professeurs décédés, etc.
(2) A. Niedermayer, Malines et Wurzbourg, esquisses et descriptions empruntées aux assemblées catholiques de Belgique et d'Al* lemagne.
164 § 416. — RENOUVELLEMENT DE l'éSP-RIT RELIGIEUX
actuels. Ce congrès, en se renouvelant tous les ans ou à des époques périodiques, éclairera les catholiques de la Belgique sur leur véritable situation, et suggérera les moyens les plus propres à sauver l'Église et la société.
Moins retentissants, mais aussi réels sont les progrès du catholicisme en Hollande. Ils ont été puissamment activés, en 4853, par le rétablissement de la hiérarchie ecclésiastique, que Pie IX accomplit avec une fermeté inébranlable, malgré les récriminations haineuses des Calvinistes et des Jansénistes, qui essayèrent d'exciter le peuple et le gouvernement, malgré les réclamations du gouvernement luimême, qui, cédant à leurs instances, fit demander à Rome par son ambassadeur, que le pape revînt sur cette mesure. Les catholiques eurent un archevêque à Utrecht, au siège épiscopal même du jansénisme, et des évêques à Harlem, Bois-le-Duc, Bréda et Ruremonde. L'esprit pratique des habitants de ce pays, se montra alors chez les catholiques. Ils surent tirer parti du principe de la liberté de conscience, inscrit dans la Constitution de 1848, et de la loi libérale sur l'éducation qui en fut la suite, pour accroître parmi eux le nombre des ordres religieux et leur confier leurs écoles. L'évêque de Ruremonde, outre son grand séminaire de Rolduk, fonda encore un petit séminaire où il eut 30 élèves. Les ordres etles établissements religieux, qui ne reparurent dans cette contrée qu'en 1830, comptaient en 186â, 38 maisons d'hommes (entre autres les Jésuites depuis 1848), et 137 de femmes, parmi lesquelles les Ursulines de Tildonk et les sœurs de la charité de Tilburg qui se vouent surtout à l'éducation des jeunes filles. Contre ce zèle qui déplaît tant aux protestants, et contre ces écoles privées établies légalement, on demanda, mais en vain, l'école obligatoire et gratuite; les inspecteurs eux mêmes, tentèrent d'élever toutes sortes d'obstacles. Mais les évêques, ainsi que le clergé séculier et régulier, se montrent pleins de vigilance et d'activité pour déjouer toutes ces tentatives. Les catholiques se servent aussi avantageusement de la publicité; leurs écrits populaires, leurs journaux et leurs calendriers pour le peuple augmentent sans cesse en nombre et en importance. La littérature théologique doit au Franciscain Van de Velde un ouvrage de
grande valeur, sa Theologiamoralis. Le véridique et savant Alberdingk Thijm a traité aussi avec talent plusieurs siècles de l'histoire de l'Église et de l'histoire profane (Willibrord, Charlemagne, etc.) Grâce à cette activité, près de la moitié des 3,700,000 habitants dont se compose la Hollande est maintenant catholique.
L'Église catholique fait aussi des progrès et reprend une nouvelle vie dans une partie du grand duché de Luxembourg, malgré les efforts de la franc-maçonnerie qui y est venue de Belgique. Dans le grand séminaire de Luxembourg, on se livre à de fortes études théologiques, on s'y occupe également d'archéologie et de musique religieuses. La voix du Luxembourg, et d'autres journaux y défendent les intérêts catholiques.
g. 417 En Grande-Bretagne,
Dr. Moufang, Le cardinal Wiseman et les services qu'il a rendus à la science et à l'Eglise. Mayence, 4 865. Dr, Neiomann, Histoire de mes convictions religieuses.
La prophétique parole prononcée par le clairvoyant Bossuet (1), à une époque où l'Église anglicane montrait le plus d'hostilité et de haine contre le catholicisme : «Une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle professe pour les Pères, et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine des premiers siècles, » commence à s'accomplir de nos jours. Un ecclésiastique anglican, qui jouissait d'une grande estime, disait avant sa mort : « Croyez-moi, le temps viendra où les grandes vérités qui sont maintenant enfouies seront remises à la lumière, et alors leur effet sera terrible. »
Nicolas Wiseman et Jean Henri Newman, ont plus qu'aucun de leurs contemporains, contribué à ce résultat.
A côté de l'agitation à la fois politique et religieuse du Rappel excitée par Daniel 0' Gonnel, agitation qui avait
(1) Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, liv. VII, chap. av., 2 vol, in-12, Paris, Sarlit.
pour but d'améliorer la dure situation des catholiques d'Irlande, mais qui ne fut point non plus sans influence sur l'Angleterre elle-même, il s'en prépara, au sein du monde théologique, une autre qui fut désignée sous le nom de Puséisme ou Tractarianisme. Cette dernière agitation se produisit, sous le souffle d'en haut, parmi des hommes de positions diverses, et de résidences éloignées, tels que les dignitaires de la haute Église Hook et Churton, Parceval, le représentant de l'aristocratie, Keble, Palmer, le docteur Pusey, qui revenait des universités allemandes, l'exégète Dodsworth, Oakeley, Newman et l'archevêque Whately (1). C'est à Oxford qu'elle fit le plus de progrès et qu'elle finit par trouver son centre d'unité. Pour remédier à l'incertitude de doctrine et à la faiblesse de discipline qui se faisaient sentir dans l'Église anglicane, ces savants, conformément à l'art. 34 de leur livre symbolique, se livrèrent avec ardeur à l'étude des premiers âges de l'Église et des saints Pères, Leurs recherches portèrent principalement sur les dogme: de la justification et de l'Eucharistie. Comme fruits de ces études, parurent, dès 1833, des traités (tracts for the Unies), dans lesquels la succession apostolique était revendiquée comme la marque unique de l'assistance du Saint-Esprit, et la tradition ecclésiastique comme source de foi avec la sainte Écriture et comme nécessaire au maintien des vérités révélées. Les auteurs de ces traités seraient demeurés plus longtemps fidèles aux 39 articles de la haute Église anglicane, qu'ils considéraient comme un milieu raisonnable entre le catholicisme et le protestantisme, si le quatre-vingt-dixième traité de Newman n'était venu, en 1841, provoquer un changement. Daas ce traité, il cherchait à montrer que l'Église anglicane est une fraction de la grande Église catholique et que les 39 articles s'accordaient avec la doctrine catholique. Les évêques s'opposèrent à la continuation des traités ; Newman, qui était
(l) Ne, 'mann fait à ce sujet cette réflexion : « Où peut-il être question Lu d'un chef de secte? Quel échange d'opinions pourrait-on signaler entre ces savants? Ah! plutôt ils seront tous, chacun de son côté, les propagateurs d'une seule et même idée qui s'est manifestée d'une manière mystérieuse en même temps dans des lieux divers. (Netcmann, Histoire de mes opinions religieuses, p. 116). »
alors curé de l'Église Sainte-Marie à Oxford, se sentit surtout atteint par cette mesure. Il donna sa démission en 1843 et se retira dans une solitude à Litlemore. Dans son livre dv développement doctrinalW combattit victorieusement l'assertion mensongère que l'anglicanisme est une branche de la seule véritable Église ; puis il passa au catholicisme et fit son abjuration entre les mains du passioniste P. Dominique [8 nov. 1845]. Un grand nombre de membres du clergé et de l'aristocratie suivirent son exemple. On compta bientôt 867 convertis de distinction, parmi lesquels §43 ecclésiastiques. Le docteur Pusey n'a point encore fait cette démarche, quoiqu'il ait pris ouvertement la défense de son ami Newman à l'occasion de son 90e traité. Il n'a pu sortir encore de ces principes contradictoires : « Il est possible de prouver que l'on peut être catholique de cœur, et protestant de corps; l'Église anglicane doit se détacher du protestantisme, et pourtant ses enfants ne doivent point la quitter. » Jusqu'ici l'anglicanisme n'a pu être pour lui, comme pour Newman, un pont pour passer au catholicisme (1). Le docteur Nicolas Wiseman, dans le vicariat duquel se trouvait Oxford, engagea Newman à entrer dans le collège catholique d'Oscott, puis il l'envoya à Rome et enfin le plaça à Birmingham. En 1847, Newman entra dans l'ordre de l'Oratoire, et se dévoua à l'Église d'Angleterre ; il organisa [1850] et dirigea peu de temps l'université catholique de Dublin. Il essaya aussi de fonder un collège catholique à Oxford.
Wiseman prit aussi la part la plus active à ce mouvement vers le catholicisme. Né le 2 août 1802, à Séville, d'une famille irlandaise catholique, il passa son enfance en Irlande, et fitses étudesau collège anglais deSaint-Cuthbert à Ushaw. Décidé à embrasser l'état ecclésiastique, il se rendit à Rome en 1818, et entra avec cinq autres
(l) Dans l'ouvrage cité plus haut, p. 346, Newmann dit : « L'Eglise anglicane a été la main dont s'est servie la Providence pour m'accorder de grands bienfaits. Si j'étais né païen, je n'aurais peut-être jamais été baptisé; si j'avais été presbytérien, il aurait pu se faire que je n'aie jamais cru en la divinité de Jésus-Christ; si je n'étais venu à Oxford, peut-être n'aurais-je jamais entendu parler d'une Eglise visible, de la tradition et des autres dogmes catholiques. Jo suis redevable de tous ces biens à l'Eglise anglicane. »
jeunes gens au collège anglais qui s'y trouve et qui, depuis bien des années, était presque désert. Il y resta 22 ans, et il y acquit une science universelle, dont il fit ensuite l'usage le plus brillant et le plus utile. Les écrits apologétiques si pleins de vigueur et d'une douceur persuasive qu'il publia étant recteur du collège anglais à Rome, et sa collaboration à la revue de Dublin exercèrent la plus grande influence sur ses compatriotes. Ses discours sur les rapports entre les découvertes scientifiques et la religion révélée, — sur les principaux points de doctrine qui divisent les anglicans et les catholiques, — et sur les dogmes elles usages les plus importants du catholicisme furent surtout favorablement accueillis, et se répandirent au loin.
Lorsque le pape Grégoire XVI voulut fortifier le mouvement parti d'Oxford, et favoriser le développement de l'Église catholique en Angleterre en doublant le nombre des vicaires apostoliques qui n'était que de quatre, Wiseman fut l'un des nouveaux élus [1840J. Devenu évêque, il s'occupa d'abord du grand établissement d'éducation que les catholiques possèdent à Oscott près de Birmingham, et s'attira ainsi la reconnaissance d'un grand nombre de personnes qui y reçurent la meilleure éducation. Il s'efforça aussi en toutes circonstances, de persuader les catholiques d'Angleterre que l'on ne doit point seulement croire les dogmes et observer les commandements, mais encore se soumettre aux usages de l'Église. Il insiste fortement làdessus dans sa lettre pastorale de 1849. Tandis que le catholicisme prenait ainsi de la force et de l'accroissement, le pape Pie IX, se rendant aux désirs des vicaires apostoliques, rétablissait la hiérarchie épiscopale en Angleterre, après une interruption de trois siècles ; il érigeait douze évêchés et l'archevêché de Westminster, dont le titulaire ne fut autre que "Wiseman [1850].
Cette nouvelle organisation ecclésiastique réveilla aussitôt l'ancienne haine contre les catholiques. La tempête éclata avec une violence extrême. Sarcasmes, railleries, satires, raisonnements théologiques et juridiques pleins de subtilité, déclamations furibondes, accusations perfides répandues dans les discours et les journaux, tout fut mis en œuvre ; la populace elle-même fut soulevée au cri de : No
Popery. Le ministère présenta au parlement des bills contre les titres, les vêtements et les couvents, qui interdisaient aux évoques de prendre pour titre le nom d'une ville d'Angleterre, aux ecclésiastiques et aux religieux de paraître en public avec leur costume spécial ; on prescrivit de faire, dans les maisons religieuses, une enquête sévère pour s'assurer si ceux qui les habitaient n'y étaient point entrés par contrainte. Inaccessible à la peuret plein du sentiment de sa dignité apostolique, le cardinal Wiseman publia un « Manifeste au peuple anglais, » et annonça des controverses dans sa cathédrale, tandis que milord Reynold s'écriait en plein parlement : « L'agitation contre les papistes est montée à un tel point dans le pays, qu'il y a lieu de s'étonner que le cardinal n'ait été brûlé qu'en effigie, et non en personne. » L'archevêque vint à bout néanmoins en peu de temps de dompter cet orage terrible. Alors eurent lieu des conversions plus nombreuses que jamais. En 1851, 33 ecclésiastiques, parmi lesquels Manning, l'un des hommes les plus distingués du clergé anglican, ainsi que Henri et Robert Wilberforce, frères de Samuel Wilberforce évêque d'Oxford, se firent catholiques. A l'occasion du concordat autrichien, les esprits s'étant de nouveau surexcités, il les calma par quatre discours qu'il publia. Voulant organiser sa province, il convoqua en 1852 un concile provincial à Oscott, ce qu'il fit deux autres fois encore pendant sa vie active. Les nombreux discours qu'il prononça sur différents sujets, sur les rapports de la science et de l'art, sur des questions intéressant les Anglais et sur Shakespeare, mais surtout sa Fabiola, où il expose, avec un talent incomparable, les persécutions de l'Église dans les premiers temps du christianisme, ont fait de lui l'un des écrivains les plus aimés de l'Angleterre et de l'étranger. Newman fit paraître, également un ouvrage dans le genre de Fabiola, c'est sa Callista. Ces deux ouvrages inspirèrent d'autres écrits populaires qui firent mieux connaître le catholicisme dans les temps anciens et modernes et qui détruisirent une foule de préjugéshostiles aux institutions et aux personnages catholiques. Ces écrits sont dus principalement à Spencer-Northcote ( les Catacombes de Rome), à Maguire, (Rome et les Papes), et à Lady Fullerton. Parmi
les pères de l'Oratoire, qui se composent en grande partie de convertis, le P. Faber, supérieur de l'ordre en Angleterre, a publié plusieurs livres ascétiques qui sont trèsgoûtés et font partout beaucoup de bien (1). Le cardinal Wiseman, dans le magnifique discours qu'il prononça au second congrès de Malines se plut à constater les résultats de ces vaillants efforts, en faisant connaître les grands progrès que le catholicisme avait faits en Angleterre. Sur son lit de mort il disait : « J'ai toujours laissé faire aux autres tout le bien qu'ils voulaient, jamais je ne m'y suis opposé, et Dieu a béni ma manière de faire. » Ces paroles de satisfaction lui étaient inspirées par la fondation récents du journal hebdomadaire le Tablet, qui suivait une ligne moyenne entre les opinions extrêmes de la Reçue de Dublin rédigée par le converti Ward, et la Home and foreign revieiv plus indépendante de sir Acton. A l'excellent Weekly register est venu se joindre, au commencement de 4867, la Westminster Gazette, qui traite sans doute les questions du jour, mais qui publie surtout des articles raisonnes sur les rapports de l'Église et de l'État, des appréciations des livres qui paraissent, et des correspondances des autres pays.
Smith O'Brien, qui remplaça dignement O'Connel dans la défense des droits de l'Irlande, était mort [juin 1864]. Le cardinal Wiseman le suivit de près dans la tombe [15 février 1865]. L'Église catholique perdit en lui l'un des évêques les plus zélés et les plus saints de ce temps, qui unissait à de rares connaissances classiques et théologiques une fermeté, une bonté et une prudence admirables.
Le catholicisme fonde toujours de grandes espérances sur le mouvement ritualiste parti d'Oxford et appuyé par le docteur Pusey. Les partisans du ritualisme pensent que la situation actuelle de la religion et de la société ne peut
(l) Voici les titres des principaux ouvrages du docteur Frédéric- William Faber: Le Très-saint sacrement de l'autel; — Tout pour Jésus, ou les Voies faciles de l'amour de Dieu ; — Le Créateur et la créature ;— Le Progrès de l'àme dans la vie spirituelle ; — Le P. Philpin, de l'oratoire, a publié la Piété envers l'Eglise; •— l'Union de Marie au fidèle, et du fidèle à Marie, etc.
s'améliorer qu'en revenant aux rites, aux vêtements et aux institutions repoussés par le protestantisme au xvie siècle. Par son Firénikon, Pusey a communiqué une nouvelle impulsion à ces efforts tentés pour rendre les rites anglicans conformes à ceux de l'ancienne Eglise (1). Pusey et le révérend M. Humble, veulent que l'on reconnaisse la pénitence comme sacrement avec une accusation spéciale des péchés. Tandis que celui-ci voit, dans le rétablissement de la confession auriculaire, le moyen le plus puissant pour combattre l'infanticide, le docteur Pusey y aperçoit le rcm:.'cîc le plus efficace aux vices qui souillent la jeunesse. La confession est l'un des grands bienfaits sociaux du Christianisme. Les ritualistes sont encore de chaleureux défenseurs de la vie monastique. « Toute l'œuvre des missions de l'Eglise catholique romaine, dit M. Makenzie Wallcot, a été fondée par des ordres de missionnaires qui pratiquaient l'abnégation jusqu'à l'héroïsme. L'insuccès de notre système, qui veut tout faire par des prêtres séculiers, est la meilleure preuve qu'il a besoin d'une nouvelle organisation. La conversion de toute l'Europe par les ordres monastiques, montre quels grands résultats peuvent produire des hommes qui unissent leurs efforts par les liens les plus sacrés. » Le docteur Meadow, partageant ces sentiments, recommande avec chaleur d'introduire dans les hôpitaux et les workhouses des femmes appartenant à des communautés religieuses. Le zèle que déploie l'archevêque Manning, le successeur du cardinal Wiseman, ne peut que seconder puissamment ce retour à la religion catholique.
§ 418. — En Allemagne et m Suisse.
Beda Weber, Gainas de la vie de l'Eglise en Allemagne, Mayence,
Après le traité de Westphalie, le protestantisme avait acquis une influence prédominante; il opprima en Alle-
(l) L'état actuel du mouvement vers le catholicisme dans la haute Eglise d'Angleterre. Aix-la-Chapelle, 18G7.
mao-ne l'Église catholique. Le rationalisme vint joindre son action malfaisante à celle du protestantisme et favorisa extrêmement la propagation de l'indifférence. Les funestes conséquences de la Révolution française se faisaient encore sentir. Les biens ecclésiastiques avaient été volés l'organisation extérieure de l'Église avait été détruite par la suppression d'un grand nombre d'évêchés, de chapitres et de couvents, son autonomie lui avait été ravie. Les concordats qui furent conclus avec Rome n'apportèrent que bien peu d'amélioration à ce triste état de choses. Les catholiques n'osaient se produire ; leurs travaux scientifiques et théologiques étaient à peu près nuls.
Les faits que nous allons énumérer contribuèrent à les tirer de cette apathie, et à leur donner, avec un vif attachement à l'Église catholique, de l'énergie pour la défendre.
•1° D'illustres convertis (-1), dont la série commence avec le xixe siècle par le comte Frédéric-Léopold de Stolberg, et se continue par Frédéric Schlégel, Charles-Louis Haller Adam Müller, Beckedorf, Jarke, Phillips, les deux Mœhler, Herbst, l'infatigable Louis Clams (Volk), Hurter, Gfrœrer, Ida Hahn, Daumer et Laemmer s'éprirent d'amour et de dévouement pour le catholicisme, en étudièrent et en firent resplendir les multiples beautés.
2° Après avoir déversé sur Stolberg et d'autres convertis, les plus ignobles calomnies, les protestants célébrèrent, à partir de 1817 qui était la trois centième année de la révolte de Luther, jusqu'en 1846 qui rappelait la date de sa mort, les anniversaires de l'introduction du protestantisme dans les différents États, par des fêtes jubilaires. La haine ardente qui se manifesta alors contre les catholiques et les insultes qu'on leur prodigua à l'occasion de ces honneurs extraordinaires rendus à Luther (2), réveillèrent en eux l'esprit religieux qu'entretinrent et développèrent d'excellents journaux qui parurent alors, le Catholique de Mayence, et la Revue trimestrielle de Tubingue.
(1) Rosenthal, les Convertis du XIXe siècle. Schaffhoase, 1865.
(2) Constantin Christ (pseudonyme), Appréciation des sermons des réformateurs actuels, invitation à la tolérance du XIXe siècle.
3° Dans le cours de ces fêtes de la Réforme, immédiatement après la célébration de l'anniversaire de la Diète d'Augsbourg et de l'apparition de la confession luthérienne, apparut la symbolique de Mœhler. Le savant professeur de théologie de Tubingue y met en regard les dogmes catholiques et les dogmes protestants d'après leurs professions de foi respectives. L'apparition de ce livre produisit sur les esprits l'effet d'une étincelle électrique. La croyance catholique y est mise en parallèle avec la doctrine du luthéranisme et de l'Église réformée d'une manière si lucide et si victorieuse que les théologiens protestants, qui jusque-là se vantaient de ne pas même lire les écrits catholiques, firent paraître de nombreuses critiques de ce livre ; dans plusieurs universités, on alla jusqu'à en faire l'objet de conférences où l'on s'efforçait de le réfuter. Sur la tombe de ce grand écrivain, qui mourut bien trop tôt à Munich, on grava ces mots : « Defensor fîdei, litterarum decus, ecclesiœ solamcn. » Cotte épitaphe dira aux générations futures de quelle valeur était cet homme pour l'Église catholique, surtout en Allemagne.
4° A l'impression profonde produite par ce livre vint se joindre la Catastrophe, nommée aussi l'Événement de Cologne pour en exprimer toute l'importance et la haute portée (1). Alors furent fondées les Feuilles historiques-politiques. En outre, au milieu de ce conflit, Joseph de Gœrres, dans son Athanase et sa Triade plaida avec tant de hardiesse, d'éloquence et de succès, la cause du catholicisme, il en montra si bien la grandeur et la puissance, qu'en cette circonstance, comme au temps où il écrivait le Mercure rhénan contre le despotisme de Napoléon Ier qui pesait si lourdement sur l'Allemagne, il fut qualifié de « cinquième grande puissance. » La parole remarquable qu'il prononça en mourant : « L'État gouverne, l'Église proteste, » a été une prophétie qui s'est réalisée.
5° Un auxiliaire qu'elle était loin de vouloir et d'attendre, vint encore à l'Église catholique si longtemps persécutée. Ce fut le Rongianisme qui se nommait aussi le
(2) Voyez page 118.
catholicisme allemand. Nous ferons connaître plus loin (§ 421) l'origine et l'histoire de cette secte.
6° Peu de temps après, les événements mémorables de Tannée 1848 contribuèrent également à améliorer la situation du Catholicisme en Allemagne. La révolution qui éclata alors en France, eut son contre-coup dans presque tous les États européens. Les souverains allemands furent contraints d'accorder à leurs sujets des libertés et des droits plus étendus. Cette agitation se fit aussi profondément sentir au sein du catholicisme. Mais, tandis que les -trônes chancelaient et cédaient à l'orage, l'Église catholique, grâce à sa solide constitution, tint bon, comme à la chute de l'empire romain en Occident. Il fut facile de voir qu'elle a en elle un principe impérissable de conservation. Le moment parut favorable à l'épiscopat, pour revendiquer, en faveur du Catholicisme, les droits sans lesquels il ne peut remplir sa haute mission. Sur l'invitation de l'archevêque de Cologne, Jean de Geissel, les évêques d'Allemagne se réunirent à Wurzbourg [du 21 octobre au 16 novembre 1848] afin d'aviser aux moyens, en réunissant leurs communs efforts, de faire cesser l'oppression qui pesait sur l'Église.
Le résultat de leurs longues et sérieuses délibérations fut : 1° une lettre pastorale au peuple catholique ; 2° une exhortation instante au clergé ; et 3° un mémoire aux différents souverains allemands que chaque évêque se chargea de faire parvenir officiellement à son gouvernement respectif. Ils y disaient : « Les évêques d'Allemagne ne veulent point de la séparation de l'Eglise et de l'État, ils réclament seulement la liberté la plus grande et l'indépendance pour l'Église. A l'égard de ceux dont la croyance diffère de la leur, ils se montreront toujours pleins de cette charité et de cette équité qui assurent la concorde entre les citoyens à quelque religion qu'ils appartiennent, sans toutefois favoriser l'indifférence également funeste à tous. Ils revendiquent, comme inhérente à la mission d'enseigner qu'ils ont reçue de Dieu, la liberté la plus entière d'enseignement et d'éducation, ainsi que le droit de fonder et de diriger des établissements ayant cette destination, de surveiller leurs écoles, de gérer les fonds affectés à ces