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EN SUISSE ET EN ALLEMAGNE

écoles, de désigner le" livres de religion, de pourvoir à l'enseignement religieux dans les écoles primaires et supérieures, enfin ils récusent toute immixtion séculière dans la direction de leurs séminaires. Ils disaient à ce sujet que l'ingérence de l'État dans les examens que l'on fait subir à ceux qui veulent entrer dans l'état ecclésiastique pour les admettre dans les séminaires, ainsi que dans les concours paroissiaux, était une grave atteinte à la liberté de l'Église et aux droits des évêques. Car aux évêques seuls appartient le droit d'apprécier la science et la conduite de ceux qui demandent à faire partie du corps clérical. L'Église veut aussi être la bienfaitrice des peuples relativement à leurs besoins corporels, et réclame la liberté qui lui est nécessaire à cet égard. Il est un droit que revendiquent surtout les évêques, c'est celui que l'on ne peut leur dénier, de régler les choses du culte sans que la puissance séculière puisse s'en mêler et y apporter des entraves; ainsi que de former des associations religieuses et de fonder des couvents, en les soumettant toutefois aux lois qui régissent tous les citoyens. Ils réclament encore le droit d'administrer les biens de leurs églises. En terminant, ils protestent contre cette accusation banale que leurs relations avec Rome sont un crime contre la nationalité allemande et un danger contre la patrie. Ils vont jusqu'à prétendre que cette défiance à l'égard des rapports entre le pasteur et les brebis est contraire au caractère allemand, et ils profitent de l'occasion pour affirmer leur dévouement envers le chef de l'Église, centre et gage de l'unité catholique. Ces!. pourquoi ils regardent comme attentatoire aux droits imprescriptibles de l'Église et à la pleine jouissance de la vraie liberté, la nécessité d'un placet pour la publication des rescrits pontificaux. » De retour dans leurs diocèses, les évêques songèrent à exécuter leurs promesses ; ceux de Prusse, d'Autriche, de Bavière et de la province ecclésiastique du Haut-Rhin se concertèrent entre eux, et adressèrent des mémoires à leurs gouvernements.

Ces efforts ne furent pas vains. La nouvelle constitution prussienne tint compte des réclamations des évêques dans ses articles 12, 13 et 15. L'article 12 porte : (d'Église évangélique et l'Église catholique romaine ainsi que les autres

sociétés religieuses organisent et administrent elles-mêmes leurs affaires ; elles ont la possession et la jouissance de toutes les maisons, fondations et propriétés ayant pour objet le culte, Tinstruction et la bienfaisance. » D'après l'article 13, les sociétés religieuses peuvent communiquer librement avec leurs chefs ; la publicité de leurs ordonnances n'est soumise à d'autres restrictions que celles qui sont imposées à toute publication. L'article 15 ôte à l'Etat le droit, dont il était jusqu'alors en possession, de proposer et de choisir les sujets pour les postes ecclésiastiques (en tant que ce droit n'est pas attaché à un patronat ou à un litre spécial).

La voix des évêques pénétra aussi en Autriche ; elle y tira l'Église de l'assoupissement où elle était plongée et lui rendit cette activité que Frédéric Schlégel et l'évêque Frint lui avaient communiquée à une époque antérieure. Après avoir dompté la révolution en Hongrie et dans ses pays allemands, l'empereur François-Joseph fit droit aux réclamations des évêques qui s'étaient réunis à Vienne le 15 juillet 1849. Il supprima le plaeet impérial, il leur permit de communiquer librement avec Rome et d'organiser à leur guise tout ce qui concerne le culte et la discipline ecclésiastique. Dans le concordat conclu le 18 août 1 855 entre François-Joseph et Pie IX, furent fixés définitivement les rapports de l'Église et de l'État, et l'empereur témoigna ainsi qu'il réprouvait les principes du Joséphisme qui avaient si longtemps et si durement pesé sur l'I glise catholique. « Mon désir et mes efforts, dit François-Joseph aux évêques qui étaient venus à ce sujet lui adresser leurs remerciements, ont pour but de procurer à mes sujets les biens temporels, sans les priver des biens éternels. » Bien que l'empereur eût accordé aux protestants des libertés plus grandes que celles dont ils jouissaient dans n'importe quel pays protestant, les ennemis de l'Église se levèrent en Autriche et ailleurs contre ce concordat, comme ils s'étaient levés contre les conventions conclues avec le Wurtemberg et le grand duché de Bade, et ils s'efforcèrent, comme ils avaient fait pour ces dernières, d'en empêcher l'exécution ou même d'en obtenir la suppression. Au reste, depuis douze ans, ce concordat a été bien peu observé ; les pre-

ir 's mesures qu'il a inspirées ont dénoté pou de tact et d'intelligence; elles concernaient la réglementation des cimetières. On s'occupait des morts avant de s'occuper des vivants.

La liberté et la vie ainsi rendues à l'Église se manifestent depuis 1848, par une foule d'œuvres très-consolantes, qui forment, avec le commencement de ce siècle, un contrastebien frappant. On ne voyait alors que destruction et que ruines. On s'opposait à tout développement de la vie catholique et on favorisait ainsi la tiédeur et l'indifférence ; la science était sans vigueur et sans dignité, n'osant se produire et se pliant servilement aux caprices du souverain. Les choses ont maintenant, à peu près partout, changé de face. Les intérêts catholiques sont défendus avec talent par de nombreux journaux et brochures, inconnus jadis, bien que la presse hostile l'emporte encore en ressources et en moyens de publicité (1). Partout apparaissent des fidèles zélés, le respect humain a fait place à des convictions qui ne craignent point de se montrer. Loin d'avoir l'air de méconnaître le catholicisme et de le prendre en pitié, les protestants s'inquiètent de ses nouveaux développements, au point qu'ils ressaisissent parfois contre lui les armes rouillées de leur ancienne polémique. « Les catholiques ne menacent point, mais ne craignent point non plus (nec terremus nec timemus), » a dit saint Ambroise.

Cette résurrection du' catholicisme, lorsqu'il eut enfin obtenu une liberté plus grande et une action moins entravée, se voit en particulier dans le spectacle que nous offre l'épiscopat. Au lieu de l'indifférence et même de l'esprit d'opposition quïl montrait pour le chef de l'Église à la fin du siècle dernier, et au commencement du siècle actuel, il professe maintenant pour lui le dévouement le plus entier et il prend la part la plus sympathique à ses épreuves.

(l) La presse catholique d'Allemagne comprend : 1° des journaux politiques; 2° des feuilles purement religieuses; 3° des publications scientifiques, littéraires et artistiques; 4° des journaux traitant des questions sociales et politiques, pédagogiques et littéraires. Comme brochures, nous pouvons citer : La grande puissance de la presse. Une parole pour notre temps. Ratisbonne, 1866. Molitor, l'Organisaîion de la presse catholique. Spire, 1867.

A l'exemple des deux archevêques Clément-Auguste de Droste et Martin de Dunin (1), Melchior de Diepenbrock, Jean de Geissei, Ottmar de Rauscher (2), Herman de Vicari et plusieurs évoques combattent pour les droits de l'Église catholique et déploient dans leurs diocèses respectifs, une activité telle que l'on n'en avait point vu depuis longtemps en Allemagne. Conformément à ce qui se faisait déjà dans d'autres pays, ils rétablirent les conciles provinciaux et les synodes diocésains, après une bien longue interruption (3). Les lettres pastorales qu'ils publient toutes les fois qu'une nécessité l'exige, rappellent celles des évêques des premiers temps du christianisme. Plusieurs d'entre eux, à l'imitation des Pères de l'Église, font paraître des écrits aussi élégants que persuasifs où ils traitent des intérêts de l'Église et des grandes questions sociales. Afin de renouveler et de fortifier dans le clergé l'esprit sacerdotal, ils le convoquent chaque année à des exercices spirituels, et à l'occasion du onze-centième anniversaire de la mort de saint Boniface qu'ils célébrèrent en 1855, ils promirent de se réunir eux-mêmes tous les ans à Fulda, auprès du tombeau de ce saint, pour se procurer les mêmes avantages.

L'Église tira aussi tout le parti possible du droit d'association qui venait de lui être reconnu. Elle fonda un grand nombre de ces instituts religieux qui contribuent tant au développement de l'esprit chrétien et seront toujours un besoin pour la société elle-même (4). Napoléon Ier en avait jugé ainsi et il le déclarait à l'occasion du concordat de 1801 : « J'ai besoin des couvents pour les grands crimes, les grandes vertus et les grands malheurs. » Et ces instituts, à l'égard desquels on s'était montré si haineux ou si indifférent au commencement de ce siècle, furent partout accueillis avec faveur. Aussi ne se contentèrent-ils point de

(i) Voyez page H7 et suiv.

(2) Cardinal de Rauscher, Lettres pastorales, sermons, allocutions. Vienne, 1860.

(3) Voyez la deuxième table chronologique à la fin du volume.

(4) Voyez la Feuille ecclésiastique de Fribourg, n° 23 à 25 de l'année 1858. Le beau discours du docteur Moufang dans la il* assemblée générale des catholiques à Fribourg, en 1S59.

réveiller l'esprit religieux, en offrant dans l'intérieur de leurs maisons, l'exemple de la prière, et en donnant partout des missions au peuple ; ils se dévouèrent encore de grand cœur, avec l'abnégation la plus entière et les plus consolants succès, au soulagement des douleurs et des besoins de toutes les classes de la société. De même que les sœurs de charité françaises dans la guerre de Crimée, les religieuses allemandes ont paru dans la guerre du Schleswig-Holstein en 1864 et dans la guerre fratricide de 1866 sur les champs de bataille, avec une héroïque intrépidité comme autant d'anges de salut. Elles y ont soigné, consolé et réconforté avec le plus tendre amour, les vivants et les mourants.

L'esprit d'association s'est aussi communiqué aux laïques et a produit parmi eux les meilleurs résultats. C'est à },Iayence, la métropole de saint Boniface, dans l'association de Pie IX que se trouve le centre de ces œuvres qui ont toutes pour but commun la justice, la- piété et la charité. Dans la première assemblée générale qu'elles tinrent dans cette ville du 3 au 5 octobre 1848, sous la présidence de Buss de Fribourg, l'un des plus vaillants champions du catholicisme (1), il fut décidé qu'elles porteraient toutes le nom d'Association catholique d'Allemagne, qu'elles ne seraient nullement un parti politique, mais une association purement religieuse subordonnée au chef de l'Eglise, à l'épiscopat et au clergé, qu'elles tiendraient périodiquement des assemblées générales, dont le lieu et l'époque seraient déterminés dans la précédente assemblée. Le but de l'association était d'obtenir et de conserver toutes les libertés nécessaires à l'Église catholique, de travailler à l'éducation religieuse et morale du peuple par l'enseignement et par l'exemple, et d'adoucir les maux de la société en se livrant surtout aux œuvres de la charité chrétienne. A peine constituée ainsi, cette association fut hautement aprouvée par les évêques réunis à Wurzbourg le 13 novembre 1848, et le 10 février suivant Pie IX lui envoyait

(1) Werner, Histoire de la théologie catholique depuis le concile de Trente, pages 513 à 510.

180 § 118. — RENOUVELLEMEMT DE LESPRIT RELIGIEUX

de Gaëte ses félicitations et la bénédiction apostolique (1). A partir de cette époque les assemblées générales eurent lieu chaque année dans les principales villes d'Allemagne (2). Des enfants fidèles de l'Église, laïques et prêtres, y viennent chaque fois en grand nombre vivifier le catholicisme par leur parole puissante et convaincue, etilsnese séparent point sans décréter la fondation d'œuvres nouvelles qui opèrent le plus grand bien. Dès la première assemblée, ils établirent parmi eux la société de Saint- Vincent-de-Paul et celle de Sainte-Elisabeth. Dans les suivantes, ils fondèrent l'Association de Saint-Boni face, qui procura de si précieuses ressources aux missions catholiques dans les pays protestants ; l'Association du compagnonnage, si importante au point de vue social, à l'établissement de laquelle ont tant contribué Adolphe Kolping, si bien au courant des misères du peuple, à Cologne, Alban Stolz, l'écrivain populaire si goûté, à Fribourg, etGruscha à Vienne ; l'Association pour l'art catholique ; la Gazette littéraire de Vienne. Ils y exprimèrent aussi des vœux pour la création d'une université catholique libre, pour venir en aide aux savants catholiques, pour procurer les secours spirituels aux catholiques allemands disséminés dans les capitales d'Europe, pour organiser l'émigration catholique à Hambourg et au Havre, pour propager les congrégations de la sainte Vierge dans toutes les classes, surtout parmi les jeunes gens qui se destinent au commerce, pour publier des brochures pleines d'actualité en réponse aux calomnies et aux préjugés odieux qu'une presse hostile répand contre le catholicisme, pour aviser aux moyens de résoudre la question ouvrière et de s'opposer à ce que l'école soit enlevée à l'Église. En outre, ils y firent en-

(i) Notions spéciales sur l'origine et les œuvres des associations. Rapport officiel de la 11e assemblée générale à Fribourg.

(2) Les assemblées générales se tinrent successivement dans les villes de Mayence, 1848; Breslau, 1849; Ratisbonne, Linz, Mayence, Munster, Vienne, Linz, Salzbourg, Cologne, 1858; Fribourg, Prague, Munich, Aix-la-Chapelle, Francfort-sur-le-Mein, Wurzbourg, Trêves, 1S65 (il y eut en 1S66 une interruption causée par la guerre entre l'Autriche et la Prusse) ; Inspruck, 1867, et chaque fois fut publié un rapport officiel.

tendre de solennelles protestations contre l'envahissement et l'usurpation sacrilège des Etats de l'Église par Victor- Emmanuel, contre l'oppression des catholiques en Pologne, en Irlande, dans le Mecklembourg et le Schleswig- Holstein, ainsi que contre l'inobservation de la parité garantie par les lois dans les Etats allemands (1).

Par suite de ces vœux, qui étaient toujours accompagnés de secours pécuniaires abondants, un grand nombre de nouvelles paroisses ont été créées, plusieurs églises ont été bâties d'après les règles de la belle architecture gothique, d'autres restaurées ou achevées. Toutes les parties de ces édifices, à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur, reçurent des ornements symboliques en l'honneur de la Sainte-Trinité et des saints. Les fidèles aussi s'y pressèrent plus nombreux et plus fervents. Les sacrements de pénitence et d'eucharistie sont maintenant plus fréquentes ; on remarque également un plus grand concours aux fêtes religieuses et aux lieux de pèlerinage. Ajoutez à cela que l'on prend goût à l'ancien chant ecclésiastique, si grave et si digne, et que l'on revient aux vieilles formules de prières dont on sent plus que jamais la bienfaisante influence sur l'esprit et le cœur. L'un des plus dévoués fils de l'Eglise, Beda Weber, se réjouissait peu de temps avant sa mort, de voir l'Allemagne redevenue franchement catholique, et dans ses cartons, il a tracé, de cette contrée, un tableau ravissant.

Il y a malheureusement des ombres à ce tableau. A côté de ces catholiques si pleins de foi et de zèle, il s'en trouve qui ne le sont que de nom. Plongés dans le matérialisme, l'égoïsme et les jouissances du siècle, ils ont perdu tout principe et tout caractère ; l'Église et le Christianisme les trouvent indifférents, ils ne manifestent aucun besoin de : iigion ; parfois même, prêtant l'oreille à des déclamations mensongères, ils deviennent les ennemis déclarés du Catholicisme. Jamais, il faut que tout le monde le sache, l'Église et le christianisme n'ont compté autant de défections que de nos jours. « Jamais peut-être l'Église catho-

(l) Mémoire sur la parité à l'université de Bonn, et Renseigne- ; sur la parité en Prusse dans les écoles moyennes 3t supérieures. Fribourg, 1802.

iV. 11

lique n'a eu à soutenir un si terrible assaut. Lorsque le christianisme commença sa marche victorieuse à travers le monde, il rencontra sans doute une humanité qui se mou rait épuisée parle matérialisme ; mais le poison se trouvait alors dans un corps étranger, tandis qu'aujourd'hui il s'insinue dans le corps même de l'Église (1). »

L'histoire du Catholicisme en Suisse se présente à nous avec les mêmes alternatives de bien et de mal. (Voyez le § 405.) Grâce au zèle actif des évêques, parmi lesquels le docteur Greith, évêque de Saint-Gall, se fit surtout remarquer comme écrivain, grâce aussi à l'esprit d'association si naturel aux Suisses, qui permit d'établir facilement, parmi les laïques, les associations de bienfaisance, celles de Pie IX, d'étudiants et d'artistes, l'Église catholique eut bientôt réparé les maux que lui avaient causés la suppression des couvents en Argovie et la guerre malheureuse du Sonderbund. Lorsque la lutte recommença, en Argovie,! contre l'évêque de Bâle-Soleure et le nonce pontifical, à l'occasion des mariages mixtes, et, dans le canton de Saint- Gall, contre l'école catholique, la presse dévouée au catholicisme reçut une meilleure organisation (2). A Genève, le parti Facy, favorable à l'Église, et ses adhérents étant arrivés au pouvoir, l'évêque Marilley, si rudement éprouvé, put revenir de l'exil, et, le 8 septembre 1859, dans la Rome calviniste, où, jusqu'en 1793, il était défendu, sous peine] de mort, à tout prêtre de dire la messe, il consacrait und magnifique église gothique dédiée à la sainte Vierge, ea présence de quatre évêques et de cent cinquante prêtres! séculiers que réguliers. Au vénérable confesseur de il foi, a succédé l'évêque Mermillod, éloquent prédicateur e| administrateur actif; aussi, le nombre et l'influence des catholiques se sont-ils considérablement accrus dans la ville même de Calvin. En 1866, les catholiques se sont!

(1) Ces paroles sont, empruntées au discours prononcé par lei prince-évêque Vincent de Brixen dans la 18e assemblée générale dÉ[ associations catholiques de l'Allemagne, tenue à Inspruck en 1867.1

(2) La Gazette de Suisse, la rcclésiastique de la Suisse, àl Soleure, les feuilles littérair : nés de Lucerne, le Journal] des écoles calholiques de la Suisse, les Feuilles hi-:

Suisse, etc.

concertés et ont contribué à faire rejeter les réformes qu'on voulait leur imposer. Le réveil de la vie religieuse et de l'enseignement scientifique fut principalement l'œuvre de l'antique monastère des Bénédictins d'Einsiedeln ; les Pères Gai lus Morel, Charles Brandes et autres, se sont acquis, comme écrivains, une réputation méritée. Bien que le canton de "Zurich ait supprimé, en 1862', le monastère de Rheinau, qui comptait onze cents ans d'existence, et que le canton d'Argovie ait fait fermer, en 1867, à Baden, son dernier couvent de femmes, la Suisse catholique possède présentement plus de couvents et d'établissements religieux qu'elle n'en avait avant la guerre du Sonderbund.

Personne n'a plus contribué à ces heureux résultats que le capucin Théoclose Florentini (1), décédé vicaire général de Coire le 15 février 1865. Cet enfant des montagnes exerçait un grand ascendant par sa mâle constitution et ses solides connaissances en philosophie et en théologie ; il avait un jugement éminemment pratique et un cœur extrêmement sensible aux besoins spirituels et corporels de ses semblables ; peu d'hommes l'ont surpassé en dévouement, en activité et en confiance en Dieu. Ce qu'il fit dans les carrières si diverses qu'il parcourut, comme maître d'école, comme professeur, comme curé, comme industriel et comme vicaire général, est vraiment prodigieux. Il fonda des écoles et des pensionnats nombreux pour les jeunes gens et les jeunes filles, et il mit à leur tête d'habiles maîtres ; il ouvrit aussi des hôpitaux pour les malades et des asiles pour les orphelins. Pour faire disparaître la pauvreté, il introduisit en divers endroits de la Suisse le tissage de la soie, le tricotage, l'art do tresser lu paille, le tissage du coton, et, jusque dans la lointaine Bohême, la fabrication du calicot. Mais les couvents et l'instruction religieuse attirèrent surtout son attention. Après avoir donné aux couvents qui existaient une meilleure organisation et une direction mieux appropriée à leur genre de travaux, il fonda, à Schwitz, le collège de Marie-Auxiliatrice, avec un lycée, un gymnase, un petit séminaire et une école normale, à la tête desquels il mit

(1) Courte biographie du P. Théodose Florentini. Coire, 1835.

onze professeurs ecclésiastiques et huit séculiers. Sa plus belle création fut l'hôpital de la Croix, qu'il établit à Goire, et auquel il adjoignit un noviciat de sœurs de charité, jusqu'à ce qu'il eût trouvé, à Ingenbohl, un point central d'où le dévouement de cet ordre précieux pût rayonner partout. Cette congrégation des sœurs de charité, dite de la Sainte-Croix, destinée aux emplois les plus divers, se répandit piomptement dans la plupart des cantons de la Suisse, en Autriche, dans le grand-duché de Bade et en Prusse. Les millions dont le Père Théodore eut besoin pour créer ces nombreux établissements, sa charité si inventive sut les lui faire trouver. Lorsqu'il s'agissait de venir en aide à l'humanité, il prenait son bâton de voyageur, il parcourait l'Italie depuis la Lombardie jusqu'à Naples, prêchant partout et recueillant des aumônes pour ses œuvres si chères ; il parcourut également, dans le même but. la Suisse, la Bavière, le grand-duché de Bade et surtout l'Autriche. Sa condescendance et sa douceur envers ceux qui appartenaient à une religion différente étaient connues et approuvées de tous. Les dernières lignes qu'il traça en sont une autre preuve frappante. Il se trouvait, la veille de sa mort, à Heiden, dans le canton d'Appenzel, dans la société de quelques amis. L'une des personnes présentes lui ayant demandé un souvenir, il écrivit sur un carnet cette vieille devise catholique : In necessariis imitas, in dubiis libertas, in omnibus Caritas.

§ 419. La littérature catholique en Allemagne depuis le commencement du XIXe siècle.

Thesaurus librorum rei cathol. Manuel de bibliographie cathol., Wnrzb., 1848-50, 2 vol. Hulskamp et Kump, Guide littéraire, 1862- 1866, avec une table des matières fort utile. Charles Werner, Hist. de la théologie cathol. en Allemagne depuis le concile de Trente. Munich, 1866. Du même, Hist. de la littérature apologétique, t. V, Schaffh., 1867. Hist. de l'apologétique chrétienne dans ces derniers* temps .

La littérature religieuse de l'Allemagne resta animée de l'esprit étroit porté par Joseph II dans toutes les réformes ecclésiastiques, jusqu'au moment où, victorieuse des terribles orages qui l'avaient assaillie, l'Église trouva, même

dans les rangs de ses ennemis, des hommes d'intelligence et de cœur capables de comprendre la vérité et de la défendre avec cette largeur de vues, cette noblesse de sentiments, cette onction de langage que l'esprit de Dieu seul inspire (1). De ce nombre furent les illustres convertis dont nous avons parlé plus haut (page 172). lis traitèrent la théologie de la manière la plus large et la plus désintéresssée, et ils exposèrent ses dogmes avec cette dignité qui convient à la plus sublime des sciences. Stolberg se livra à une étude plus approfondie de l'histoire en général et de celle de l'Église en particulier, tandis que Schlégel donnait à la presse périodique catholique, le mouvement qu'elle a suivi depuis lors. Le musée germanique qu'il fonda lui-même, l'Europe, V Athénée, l'Observateur autrichien et d'autres journaux répandirent la lumière de la doctrine catholique sur toutes les branches des connaissances humaines: théologie, histoire ecclésiastique, économie politique, philosophie, philologie, poésie et beauxarts (2). Un revenant au catholicisme, Schlégel perdit la plupart de ses collaborateurs et de ses amis de l'école romantique [1829], Adam Müller envisagea la politique au point de vue catholique, dans son savant journal Deutsche Staatsanzeige (3). Iarke et Phillips continuèrent à défendre les mêmes idées dans la Semaine politique de Berlin (4) et

(1) Qu'il nous soit permis de consigner ici le beau témoignage rendu à l'Eglise catholique par Henri Heine : «Je connaissais trop bien l'histoire pour ne pas remarquer la solidité de ce monument gigantesque qui s'appelle l'Eglise catholique. Appelez-la la bastille de l'esprit; dites, si vous le voulez, qu'elle est défendue par des invalides; il n'en est pas moins vrai que cette bastille n'est point facile à prendre, et que plus d'un assiégeant se cassera encore le cou dans ses retranchements. Comme penseur et comme métaphysicien, je devais payer un tribut d'admiration à l'enchaînement de ses dogmes; je le devais aussi comme poëte. »

(2) Guillaume de Schutz, L'Anti-Celse , revue trimestr., 1842, 1" livr. Staudenmai er, Souvenir de Fréd. Schlegel ('Revue trim. de Tub., 1832, p. 607-650). Premiers ouvrages de Schlégel. Vienne, 1822-25, 10 vol.; ainsi que ses Leçons d'hist. moderne. Vienne, 1811. Philos, de l'hist., Vienne, 1829, 2 vol. Philosophie de la vie, 1827. Philosophie du langage et de la parole, 1830. Ses Œuvres posth...ont été éditées par Windischmann, Bonn, l83<>-37, 2 vol.

(3) Adam Malier, ses Œuvres complètes. Munich, 1839.

(4) Jarke, Mélanges, Munich, 1839, 3 vol. Phillips, Mélanges, Ra« tisb . , 3 vol.

préparèrent ainsi la voie aux journaux purement religieux et théologiques dont nous parlerons plus loin.

A l'époque où les droits de l'Église catholique étaient méconnus et sa doctrine méprisée, se levèrent pour sa défense les apologistes Kastner, l'abbé Prechtl, Brenneret Geiger, çui repoussèrent avec talent les attaques dont elle était l'objet, pendant que Binterim, avec une science historique remarquable et un zèle à toute épreuve, luttait pour la même cause, durant un demi-siècle [-J-1855]. Onymus, Ildéphonse Schwarz, Samhuga, Schwarzhueber, Widmer et l'évêque Frint exposèrent la doctrine catholique dans des écrits à la portée du peuple. Mais celui qui attira surtout l'attention fut le saint et spirituel archevêque de Ratisbonne, Sailer. Dans ses Dogmes fondamentaux de la religion, il inspira à la jeunesse studieuse le plus grand respect pour le Christianisme et lui montra que la religion élève l'homme à sa véritable dignité. Sa traduction de lettres empruntées à tous les siècles ramena aussi à la vérité bien des esprits que la fausse science avait séduits. « Au milieu des vagues montantes de l'incrédulité rationaliste, il apparut comme un phare solitaire, vers lequel jetaient des veewris pleins d'espérance tous ceux qui avaient conservé la foi au Christ et au salut qu'il était venu nous apporter (1). »

Quant à la dogmatique, Galura, Hagel et Waibel la traitèrent avec la plus rigoureuse exactitude, sans atteindre cependant à la clarté de Liebermann, auquel se joignirent dans ces derniers temps Prunyi , Penka et Schwetz. Oberthur s'attacha principalement au côté biblique (2). Hermès, marchant sur les traces de Statuer, ch-ercha, par opposition au Kantisme, à donner à la dogmatique une base philosophique, et à établir d'une manière plus logique les rapports qui existent entre ses dogmes.

(1) Aichinger, dans sa préface de la Vie de Jean-Michel Saile. , archevêque de Ratisbonne. Frib., 1865.

(2) Fr. Liebermann, Institut, théolog., Mayence. Prunyi, Theol. dogmatica christiano-catholica. Pe ika, Prœlectiones ex theologia dogmat. exaratœ. Schwetz, Theologia dogmatica catholica. Oberthur, Idea biblica Ecclesiae Dei.

Zimmer (1) et Seber (2) après lai, essayèrent de la systématiser, d'après la philosophie de Schelling. Dobmayer (3), Brenner (4) et Bittner l'appuyèrent sur l'idée de la cité de Dieu, sans toutefois donner à ce plan tous ses développements (5). Drey, qui a si bien mérite de la théologie catholique, fit paraître une excellente apologétique (6). François Baader, à l'imitation de Dobmayer, a traité de préférence le côté spéculatif de la dogmatique, mais sa philosophie suivant trop servilement le système théosophique de Jacques Bœhm (III, 181) est souvent en opposition avec le dogme catholique. François Hoffmann (7), l'élève de Baader, a éclairci bien des points obscurs de la doctrine de son maître. La théologie spéculative a été exposée avec plus de précision par Günther (8), Pabst (9), Veith (10) de Vienne, Klee (11), Staudenmaier (12),

(1) Zimmer, Veritas christ, religionis seu Theol. christ, dogm., 2e part. Aug. Vindelie, 17S9-90. Theol. christ, specialis ac theoret. Landish., 1802-1806. Philosophie de la religion. Lands., 1805.

(2) Seher, Religion et théologie. Cologn., 1823.

(3) Dobmayer, Systema theolog. cath. opus posthum. cur. Senestrey, 8 vol. Solisb., 1807-1819. In Compendium redact. ab E. Salomon, 2 vol. Solisb., 1813.

(4) Brenner, Exposé de la théol. d'après l'idée de la Cité de Dieu. Bamb., 1817-19, 3 vol. Nouveau travail sur le système de la théol. spécUl. cathol. Ratisbonne, 1S38.

(5) Franc. Bittneri, Posn. doctoris et professons theologi, de Civitate divinacommentarii. Mogunt., 1845 (Compend. dogm. complet.).

(6) De Drey, Apologétique, ou Démonstration scientifique de la divinité du Christianisme. Mayence, 1838, 3 vol.

(7) F. Hoffmann, Introd. à l'enseign. spécul. de Beader. Aschaffenb., 1836. Introd. à la théol. et à la philos. 1836. Edition des œuvres de Beader.

(S) Günther [f 1863], Prolégomènes de théol. spéculative. Les Lumières du sud et du nord à l'horizon de la théol. spéculative. Le Festin de Pérégrin. Eurysthée et Héraclée. Thomas a Scupulis, avec la collaboration de Papst. Les Tètes de Janus pour la philos, et la théol. Le Dernier symbolique. Juste-Milieu, avec Veith. Lydia, petit livre de philosophie.

(9) Papst, Y a-t-il une philosophie du Christian, positif? Cologne,

1832. L'homme et son histoire. Vienne, 1830. De l'extase. Cologne,

1833. Adam et le Christ.

(10) Veith, Le Pater. Vienne, 1831, 3e édit. 1842. Homélies, 5 vol.

(11) Klee, Syst. delà dogm. rath. Bonn., 1831. Dogmatique. May., 1889; 3 vol. Hist. du dogme. May., 1837,2 vol. Essai de morale cath May., 1843.

(12) Staudenmaier [f 1856], Hist. de l'élection des évêques. Tub.,

ISS § 419è — LA LITTERATURE CATHOLIQUE

Baltzer, Kuhn, (1), Berlage, Dieringer, Oswald, Zukrigl et Denzinger. Ce dernier se livra en même temps à une revue attentive des décisions théologiques ; de concert avec Scheeben, il revint à la scolastique et chercha à vivifier la dogmatique par le mysticisme (2). Mais le théologien qui a combattu avec le plus de talent et d'énergie l'indifférence du siècle et les doctrines négatives, fut Jean-Adam Mœhler (3), par son œuvre magistrale, la Symbolique (page 173). Il appuya ses idées théologiques des recherches les plus profondes dans le domaine de l'histoire de l'Église et de la patristique, de sorte que son ouvrage, revêtant ainsi la physionomie des premiers siècles, produisit l'impression la plus vive et la plus favorable au catholicisme sur ses contemporains, théologiens aussi bien que laïques [-j- 12 avril 1838]. A une époque plus récente, de nouveaux apologistes s'opposèrent

18^0. Pragmatisme des dons de l'esprit (Revue trim.de Tub., 1835). Scot Erigène, Francf., 1833. Encyclopédie des sciences théologiques. May., 1834 et 1840. Les universités et l'organisât, int. de l'enseign. scientif. Frib., 1839. Phil. du christ., ou Métaphysique de la sainte Ecriture. Giessen, 1840, t. I. Esprit du christ. May., 1835, 7" éd., 1860, 2 vol. L'Essence de l'Egl. cath. Frib., 1845. De la Pacification relig. de l'avenir. Frib., 1846. Dogmat chrét. 1844. La Mission relig. du présent, 1848. Dictionn. ecclés. de Frib., t. XII, p. 1151 et suiv.

(1) Kuhn, Jacobi et la philos, de son temps May., 1834. Dogmatique catholique. Tub., 1846, 2« éd., 1859.

(2) Berlage, Apologétique de l'Eglise. Munster, 1834. Introd. à la dogmat. catholique. Muns., 1834, 6 vol. Dieringer, Système des faits divins du christ., 2' édit., May., 1857. Manuel de la dogm. cath., 5e édit., May., 1865. Catéchisme pour les laïques. May., 1865. Oswald, Enseign. dogmat. des sacrements, 2= édit., Munst., 1864. Zukrigl, Justification scientif. du dogme chrét. de la sainte Trinité. Vienne, 1846. Denzinger, Quatre livres de connaissances religieuses. Wurzb., i856, 2 vol., et Enchiridion symbolorum et définition um de rebus fidei et morum. VA'irceb., éd. IV, 1865. Scheeben, Les Mystères du Christian. Frib., 1865.

(a) Mœlher, L'Unité de l'Eglise, 2e éd., 1847. Saint Athanase le Grand et l'Eglise de son temps. May., 2e éd., 1844. Symbolique, ou Exposition des dogmes controversés entre les catholiques et les protestants. May., 1833, 6e éd., 1843. Nouvelles recherches sur les points de dogme controversés entre les cath. et les protest., 2e éd., May., 18 <5. Mélanges édités par Dœllinger. Ratisb., 1839, 2 vol. Voir le Dictionnaire ecclés. de Fribourg, t. VII, p. 159 et suiv. « Wœrner-Gams, Jean-Adam Mœlher. » Ratisb., 1866.

aux progrès sans cesse croissants de l'incrédulité tout en défendant les dogmes les plus attaqués. Tels furent Reinerding, Ehrlich, Vosen et Hettinger (1). De Ketteler, évêque de Mayence, et Conrad Martin, évêque de Paderbron, publièrent des écrits apologétiques pleins de science et de talent, dans lesquels ils s'élevèrent avec force contre les préjugés et les erreurs dont l'Église catholique est l'objet (2).

L'Histoire de la dogmatique, qui avait été négligée depuis Petau et Thoraassin, fut reprise avec amour et succès par Klee, Wœrter, Schwane et Zobl. La théologie biblique donna également lieu à d'importants travaux (3).

La théologie morale fournit aussi, dans ces derniers temps, matière à des études plus développées de la part de Geishuttner, Reyberger, Schenkl, Wanker et Riegler. Toutefois la plupart de ces théologiens s'attachèrent trop aux systèmes philosophiques en vogue, de sorte que leur morale était elle-même plus philosophique que chrétienne. Leurs travaux furent supplantés par la Théologie morale deSailer [1817], ei^vlsi Morale chrétienne Ae Stapf(4).Tous ces travaux ainsi que ceux que firent, dans la suite, paraître

(1) Reiner ding, Theologia fundamentalis. Munster, 1864. Ehrlich? Théologie fondamentale. Prague, 1859. Vosen, Le Christianisme et les aveux de ses adversaires, 2e éd., Frib., 1864. Hettinger, Apologie du christianisme, 2e édit., Frib., 1867. VoirleGuide littéraire, n°32 p. 54 et suiv.

(2) De Ketteler, Le Droit de l'Egl. cath. et ses défenseurs. La Liberté, l'autorité et l'Eglise. La Question du travail et le christianisme. Un .chrétien qui a la foi peut-il être franc-maçon? De l'Enseignement de la religion dans les écoles. Notre situation en Allemagne après la guerre de 1866. Conrad Martin, La Science des choses divines, instructions pour les classes éclairées. Un mot d'un évêque aux protestants d'Allemagne, etc.

(3) Klee, Histoire de la dogmatique, 18 <7. Wœrter, Les Rapports entre la liberté et la grâce jusqu'à saint Augustin. Frib., 1856, 2 vol. Le Pélagianisme, Frib., 1866. Schwane, Hist. des dogmes. Munst., 1862, 2 vol. Znid, Hist. des dogmes de l'Egl. cath. Inspruck, 1865. Ont surtout fait paraître des travaux sur la théologie biblique : Bade, Kœnig et Scholz. -

(4) Œuvres complotes de Sailer, revues, augmentées et éditées par Widmer^ Salzb., 1830-41, en 40 parties. Services rendus parSaier à la science catholique (le Catholique, 1848, sept., p. 247-264). Stapf, Morale chrétienne. Inspr., 1841, 2 vol.

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