POUR RÉPANDRE LES NOUVEAUX PRINCIPES
» de ton front, » il se met en apprentissage chez un boulanger. Du reste, Mélanchthon témoigne le plus souvent un grand mépris des écrivains ecclésiastiques les plus remarquables, et auxquels il est, sans aucun doute, inférieur en intelligence et en profondeur. Les questions qu'il traite le plus explicitement sont celles de la liberté, de la grâce, de la prédestination, si importante pour la théorie de la foi et de la justification. Plus tard seulement, dans les éditions postérieures, il exposa la doctrine de la Trinité et de l'Incarnation, telle qu'elle ressort des symboles des six premiers conciles œcuméniques (1).
Ce que Mélanchthon fit, par son livre, pour le monde savant, Luther chercha à le réaliser pour le peu île, en publiant sa traduction du Nouveau Testament [1522]. Il eut l'air, et s'en vanta avec une rare jactance, « d'avoir » été le premier à tirer la Bible de dessous les bancs de » l'école ; » prétention que, plus tard, Zwingle repoussa rudement en lui écrivant : « Tu es injuste en te vantant » ainsi ; car tu oublies ceux qui nous ont fait connaître la » sainte Ecriture par leurs traductions: Érasme, de nos » jours, Valla, il y a quelques années, et le pieux Reuchlin, » et Pélican, sans lesquels ni toi ni d'autres ne serviriez à » grand'chose. Je t'épargne, cher Luther ! et beaucoup ; » car tu mériterais de plus rudes leçons pour toutes les » vanteries dont regorgent tes livres, tes lettres et tes dis- » cours. Tu sais bien, tout en te prônant si fort, qu'avant » toi il y avait un grand nombre de savants et de philoso- » phr<= anf'^ment habiles que toi. » Luther, pour réfuter tout ce qu'on lui objectait contre le danger delà lecture de
sum omnia proprie agere, ut sicut fatentur proprium Dei opus fuisse Pauli vocationem, ita fateautur opéra Dei propria esse, sivequœ media vocantur, ut comedere, sive quce mala sunt, ut Davidis adulterïum : constat enim Deum omnia faceie, non permissive, sed potenter, id est Utsite/ws proprium opus Judœ proditio sicut Pauli vocalio. » (Chemnit. Loci theolog. edit. Leyser, 1615, P. I, p. 173.) Dans les éditions postérieures du Comment, de Melanchton on a omis ce passage. (1) Luther dit à propos de cet écrit: « C'est un cher et noble petit livre qui mérite de vivre éternellement. » Et ailleurs : « C'est le meilleur qui ait été écrit depuis les temps apostoliques.» Non SDlum îaimortalitate sed etiam canone ecclesiastico dignum.
Si § 307. — DIÈTE
a Bible accordée à tout le monde, dit : « Si quelqu'un » vous attaque, et prétend que l'Ecriture est obscure, » qu'il faut s'aider des commentaires des Pères, vous ré- » pondrez : Cela n'est pas vrai ; il n'a pas été écrit sur la j) terre de livre plus clair que la Bible. »
§ 307. — Diète de Nuremberg [1524].
Pallavicini, Hist. Conc. Trid., lib. II, c. 10. Raynald., ad ann. 1524.
Clément VII succéda au pape Adrien [19 novembre 1523- 34]. Il appartenait aux humanistes. C'était un homme prudent, réfléchi, de bonne volonté, qui, ne marchant qu'avec une grande circonspection et pesant toujours exactement d'avance toutes les circonstances, paraissait fourbe et dissimulé plutôt que convaincu et résolu (1). Il reconnut bientôt que les troubles religieux de l'Allemagne demandaient un remède prompt et vigoureux, et renvoya son légat Campeggioàladiète de Nuremberg. Celui-ci s'aperçut en route des mauvaises dispositions des peuples contre le pape. Arrivé à la diète, il fut étonné de n'y point trouver encore l'électeur Frédéric de Saxe, le principal protecteur du luthéranisme, qu'il espérait ramener par son éloquence et en lui remettant un bref bienveillant du Saint-Père. Il fit connaître aux États de l'Empire que le souverain pontife considérait les cent griefs, non comme la voix de la nation allemande, mais comme une machination des ennemis du Saint-Siège, ce qui excita de vives réclamations. Tout ce qu'il put obtenir, à la fin de la diète, ce fut la promesse, tant de fois réitérée, que les Etats exécuteraient, autant que possible, l'édit de Worms ; que chaque autorité s'opposerait vigoureusement à la propagation des écrits injurieux à l'Église, et que les griefs contre le Saint-Siège seraient de nouveau examinés et pesés à la prochaine diète de Spire, après une consultation d'hommes savants et expérimentés (2). Clément VII se plaignit amèrement de cette équivoque et injurieuse conclusion. Les États, observait-
(1) Voir Ranke, Suppl. aux papes romains, p. 43, sur le caractère de Clément VII.
(2) Voyez le recez du 18 avril 1824, dans les Archives des diètes