‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 23 sur 332 · DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

DE NUREMBERG

il, semblaient se moquer de l'autorité impériale et compromettaient, en n'exécutant pas le décret de Worms, les droits de l'empereur bien plus que la dignité du Siège apostolique (1). C'est ce que l'empereur sentait aussi, et c'est pourquoi il ordonna qu'on observât strictement l'édit de Worms contre Luther, ce second Mahomet, sous peine d'être jugé comme criminel de lèse-majesté et d'être mis au ban de l'Empire.

Quelque justes et nombreux que fussent les motifs du pape et de l'empereur pour se plaindre de la conclusion de la diète, elle mécontenta également Luther. Sa vanité blessée éclata par de violentes plaintes contre l'ingratitude dont on payait son entreprise hardie. Alors seulementles adversaires de Luther, effrayés des conséquences pratiques de sa doc trine et de sa révolte (2), prirent des mesures plus décisives. Le légat du pape chercha à rapprocher l'Autriche et la Bavière, malgré leur ambitieuse politique et parvint à conclure une alliance à Ratisbonne [15 juin 1524], entre l'archiduc Ferdinand, les duc Guillaume et Louis de Bavière, et douze évêques de l'Allemagne méridionale pour le maintien des institutions de l'Église catholique et l'exécution des décrets de Worms et de Nuremberg. On devait ne pas tolérer de prêtres mariés, ne point permettre aux jeunes Allemands d'étudier à Wittenberg, et s'opposer vigoureusement à tout ce qui pourrait servir à la propagation de l'hérésie. A Dessau, au nord de l'Allemagne, les adversaires de Luther s'étaient également concertés sur les moyens de détruire le luthéranisme. De son côté, le landgrave, Philippe de Hesse, attira à son parti et à une alliance conclue à Torgau [4 mai 1526] par les princes protestants, pour la défense du luthéranisme dans leurs États, le nouvel électeur de Saxe, Jean le Constant [dep. le 5 mai 1525]. Bientôt s'y joignirent Mecklembourg, Anhalt, Mansfeld, la Prusse et les villes de Brunswick et de Magdebourg. Ainsi fut posé le fondement de la séparation de l'Allemagne catholique et protestante.

impériales publiées par Lunig, P. gent. cont. I, p. 445 ; Walch, t. XV. p. 2674.

(1) Cf. Raynald. ad ann. i524, n° 15 sq.

(2) Voyez le paragraphe suivant.

30 g 308. — LES NOUVEAUX PRINCIPES

Si jamais le pape Clément devait s'unir étroitement à l'empereur, qui seul avait la force et la volonté de maintenir l'Église catholique en Allemagne, c'était alors. Il eut néanmoins le malheur de lancer un bref hostile contre Charles- Quint (1) et de conclure avec François Ier une alliance dont les conséquences furent un double siège, une horrible dévastation de Rome, et d'indignes outrages infligés à la papauté par les troupes impériales [6 mai 1527].

§ 308. — Les nouveaux principes dans leurs conséquences pratiques; troubles de Carlostadt à Wittenberg; les Anabaptistes, la guerre des paysans.

Les principes de Luther passèrent de ses écrits dans la vie pratique. Il avait, dès 1320, du haut de la Wartbourg, jeté dans la masse ses écrits incendiaires sur les Vœux monastiques et les abus des Messes. Aussi vit-on peu après Barthélémy Bernhardi, curé de Kemberg, se marier (2). Les moines augustins de Wittenberg, confrères de Luther, déclarèrent nuls et sans valeur leurs vœux et les règles de l'ordre. Carlostadt, à la tête d'une troupe fanatique, renversa les autels, introduisit la langue allemande dans le culte divin, donna la communion sous les deux espèces, sans confession préalable. A Zwickau, des faits analogues se renouvelèrent; on rejeta même le baptême des enfants, comme n'étant pas plus fondé sur les saintes Écritures que tout ce que Luther avait rejeté par le même motif, puisqu'il est dit : « Quiconque croira et sera baptisé sera sauvé. » Nicolas Storch rassembla autour de lui douze apôtres et soixante-dix disciples; il se rendit, avec les premiers, à Wittenberg, et y parla sur le ton d'un prophète. Mélanchthon lui-même, ne pouvant répondre à leurs objections contre le baptême des enfants, ne savait pas trop s'il ne fallait pas admettre la doctrine des anabaptistes, comme fondée sur l'Écriture sainte, et il ne la rejeta que plus tard, quand ces

(1) Voyez. dans Raynald. ad ann. 1526, n° 6, et l'apologie de l'empereur, Goldasti Polit. Imp. P. XXII, p. 990 sq., et partiellement dans Raynald. loco cit., n° 22.

(2) J. G. Wolter, prima gloria Olerogamia? restitutœ Luthero vindicata. Neost. ad 0., 1767, in-4.

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