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MOUVEMENTS THÉOLOGIQUES

simple au bref de condamnation (1). Alors plusieurs professeurs herm, oiens du séminaire de Trêves remirent généreusement, entre les mains de leur évêque et du pape, l'acte de leur soumission absolue et sans réserve à la sentence du Saint-Siège. Cette démarche fut blâmée parles disciples d'Hermès qui persistèrent dans leurs erreurs, et il en résulta une division momentanée, notamment parmi le clergé du Rhin et de la Westphalie.

Pendant qu'Hermès attribuait à la raison une part trop forte dans la connaissance des vérités révélées, l'abbé Bautain, professeur de philosophie à Strasbourg, semblait tomber dans l'excès contraire, et refuser à la raison sa part d'action légitime. L'évêque de Strasbourg condamna son système, et obtint du Saint- Père un bref qui approuva pleinement sa conduite (2). Braun, de Bonn, s'appuyant sur ce bref, prétendit que le pape, en réprouvant la doctrine anti-rationaliste de Bautain, avait par là même approuvé la doctrine hermésienne, comme s'il n'y avait point de moyen terme entre le rationalisme d'Hermès et le spiritualisme de Bautain. Braun et ses amis n'ayant point voulu reconaître leurs torts, une plainte fut envoyée à Rome(3) (Juant à Bautain et à ses disciples, ils se soumirent humblement et sincèrement à la décision du pape (4). Les professeurs de Bonn, Achterfeld et Braun, ayant persisté à ne pas vouloir signer sans restriction le bref pontifical qui condamnait les écrits d'Hermès, l'archevêque coadjuteur de Cologne retira l'approbation qui leur avait été donnée

(1) Braun et Elvenieh, Acta romana. Lips., 1838. Feuilles hist. et politiques, t. II, p. 526 543. Braun et Elvenieh, Meietemata theologica. Lips., 1838. L'ouvrage allemand : Etudes théol., avec des annotations. Cologne, t839.

(2) Rapport à Mgr l'évêque de Strasb. sur les écrits de M. l'abbé Bautain. Paris, 1838. Mœt her, Lettre à M. Bautain, dans ses Mélanges, t. II, p. i4i-j64. Courts éclaircissements sur la théorie de M. B autain, dans le Catholique de 1835, t. LVII, p. 125 et suiv., 236 et suiv. et plusieurs articles dans la Revue de Bonn.

(3) Braun, La Doctrine de l'hermésianisme, etc. Bonn, 1835. Laocoon, ou Hermès et Perrone, par Daniel Btrnkardi (Braun). Cologne, 1S40. L'ouvrage latin Laocoon sive Hermesius et Perronius. Latine conversus et variis additamentis auctus. Bonnfe, 1842.

(4) Le Catholique, 1841, févr., supplém. Revue trimestr. de Tok$ 1841, p. 371 et suiv.

en leur qualité de professeurs de l'université, et l'État les mit en disponibilité [4844], en leur laissant toutefois leur traitement (1). Leur sincère attachement b l'Église catholique les a empêchés de rompre ouvertement avec son chef, dans lequel ils reconnaissent toujours, de bouche et de fait, le successeur de saint Pierre. Toutefois les invitations paternelles que Pie IX leur a adressées dans une encyclique spéciale, ne purent les ramener. Aussi Pie IX se crut-il obligé de renouveler la censure que le pape Grégoire XVI avait prononcée contre les doctrines hermésiennes (2).

Une dispute semblable s'engagea à l'occcasion de certaines idées émises par Antoine Günther, prêtre séculier de Vienne. Ses adversaires l'accusèrent de fausser le dogme, d'avoir une trop haute idée de sa science et de faire peu de cas de l'autorité doctrinale de l'Église [1850]. Après une polémique assez vive, les deux partis soumirent les points en litige au jugement du Saint-Siège (3). Un bref, en date du 26 février 1857, condamna Günther qui s'inclina avec respect devant la décision du pontife {Ingénue, religiöse ac

(1) Les explications données par les professeurs Braun et Achterfeld sur les motifs de leur refus de se soumettre à la sentence du pape, dans la Revue de Bonn, nouv. série, 4e année, 4e livr.; quelques numéros du Catholique de 1844.

(2) Le Catholique, 1847, sept. Le Journal de phil. et de théol. cath., par Achter feld et Braun, 64e livr. Bonn.

(3) Discussion pour et contre Günther dans l'ancienne et la nouvelle Sion, dans la Gazette des postes d'Augsbourg, dans la Revue hebdomaire catholique de Wurzbourg. Mattes, Günther et ses points de rapprochement de la nouvelle école théol. (Revue de Tubingue, 1844, 3e liv., p. 347). Clement, la Théol. spéculative de Günther et la doctrine catholique, col. 1853. Baltzer, Nouvelles lettres thtolog. du docteur Ant. Günther, Bresl. 1853, deux séries. Knoodt, Lettres de Günther et de Clement, Vienne, 1853. Clement, Opposit. entre la spécul. de Günther et la doctr. cath., par le prof. Knoodt, col. 1853. Oischinger. la Philos, de Günther, Schaffh, 1852. Michelis, Crit. de la phil. de Günther, Munst., 1854. Zukrigl, Rech, crit. sur l'essence de l'àme raisonn. et la nature psycho-corpo'cllc de l'homme, Ratisb., 1851. Hilzfelder, Discuss. les plus récentes sur la théol. spécul. de Günther et de son école (Tub., Revue, 1854, i,r liv.). La théol. et la polémique des partisans de Günther (Tub., Revue, 1854, 4e livr.). Réponse de Günther dans la Lydia de 185-1. Ant. Günther et la discussion sur sa philosophie, par un théol. cathol. Gazette d'Augsbourg, n° 189, supplém. du 8 juillet.

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lav.dahiliter se subjecit, dit Pie IX tout joyeux de cette noble soumission). Il mourut le 4 février 1863. Il faut avouer que Günther, de même que Beader, a rendu de grands services à la science catholique, qu'il s'est opposé, avec plus de logique et de vigueur que Beader lui-même, à la philosophie protestante, et qu'il était était fermement convaincu qu'il établissait sa propre philosophie sur la base inébranlable de la doctrine de l'Église. Il eut, comme Hermès, le tort d'ouvrir à la pensée un horizon par trop rationnel, iî voulut établir dans la pensée une distinction entre le formalisme et le réalisme, et distinguer la pensée eile-m de l'idée, toutes notions qui manquent de clarté; il en vint à admettre des erreurs sur les dogmes de la Trinité et de la création, et à s'égarer dans la recherche des rapports qui existent entre l'empirie et l'idée, entre la foi et la science, entre l'âme et le corps. Il ne fut pas plus heureux dans l'étude à laquelle il se livra sur la nature divine et la nature humaine (4). Il lui restera du moins le mérite d'avoir, plus que tout autre, contribué au réveil de la science théologique en Autriche.

Un écrivain fécond, Frohschammer, professeur à Munich, imagina et développa, jusque dans ses dernières conséquences, sa théorie du traducianisme ou génératianisme sur l'origine de l'âme. Il fit encore paraître un autre écrit où. il réclamait énergiquement et sans réserve la séparation absolue de la philosophie et de la théologie. Ces deux ouvrages renfermaient un grand nombre de principes erronés ; ils furent condamnés à Rome le 11 décembre 186â (2). Une pareille condamnation étant survenue à l'égard de deux autres professeurs de l'université de Munich, Huber, à cause des erreurs contenues dans son Scot Eri~ gène, et Pichler parce que, en faussant l'histoire, il dé-

(1) Le bref pontifical dans l'ouvrage qui a pour titre : Pie IX pape et roi, p. 117.

(2) Frohschammer, De l'Origine de l'âme humaine. Munich, 1854. Introd. à la philosophie, 1858. De la Liberté de la science. Plusieurs articles dans le journal l'Athénée. Des Droits de la philosophie et de la scolastique. Munich, 1S63. D' Becker, La Liberté et les droits de la philosophie nouvelle, par Fr er. Spire, 1S63, et dans le Catholique de lî63, t. I, p. 385^487, et t, II : Frohschammer et le siège apostolique. » 3 articles,

nigrait l'Église romaine au profit du schisme grec, on vit éclore de tous cotés des dissertations sur l'autorité de la congrégation de l'Index et sur les effets de ses décisions (1).

Beaucoup de théologiens crurent trouver la cause de ces erreur? dans l'abandon de la vieille méthode scolastique. Ils formèrent le parti des nouveaux scolastiques qui s'élevèrent avec force même contre les meilleurs procédés des écoles modernes, et, oubliant la devise si catholique : In dubiis libertas, in omnibus Caritas, allèrent quelquefois jusqu'à exclure de l'Église leurs adversaires. Cette conduite était d'autant plus étrange, que les défenseurs de la nouvelle méthode scientifique ne témoignaient pas le moindre mépris pour la scolastique; ils reconnaissaient même volontiers l'élan qu'elle communiquait à l'esprit, l'énergie qu'elle inspirait aux études et les services qu'elle rendait à la science', au point que l'un d'entre eux, Charles Werner, a choisi pour objet de ses études les deux théologiens scolastiques les plus éminents, saint Thomas d'Aquin et Suarez, dont il a admirablement dépeint la vie, les travaux et l'influence. Ils s'opposaient seulement à cette prétention que l'on trouve surtout formulée dans un ouv: iass-

mann (l'École de saint Thomas, 5 vol.), et qui veut impc à la science actuelle une méthode complètement en désaccord avec celles qui sont suivies déjà dans les autres systèmes d'études théologiques et philosophiques, comme si l'exemple de saint Thomas d'Aquin lui-même, si plein de tolérance pour les idées des autres, ne protestait point formellement contre ces exigences. Ce serait en outre agir contre le conseil de saint Mathieu (IX, 16), que d'abandonner la méthode moderne mieux appropriée à l'organisation actuelle de la science et des écoles, pour revenir à l'ancienne méthode péripatéticienne et scolastique.

Après quelques escarmouches dirigées contre les nouveaux scolastiques par Mattes, Oischiuger et Deutinger (2),

(l) La congrégation romaine de l'Index et son pouvoir. Dans un

esprit opposé : Justification, objets et le la congrég. de I

dex; Histoire de la congrég. de l'Index; Autorité de cette coiîgri tion. Ces trois articles ont paru di tholiqué de 1864, t. I.

ille et la non [ue (Tab., '

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la controverse prit une physionomie plus accentuée entre Clément, professeur à Munster {Philosophia ancilla theologiœ 1865), et Kuhn, professeur à Tubingue {Des rapports qui unissent la théologie à la philosophie). Chacun d'eux appuyait ses raisonnements sur les relations qui existent entre le naturel et le surnaturel. Bien qu'il proclamât que la philosophie était indépendante delà théologie, Clément admettait une philosophie théologique (1), pour laquelle la révélation divine n'était toutefois qu'une autorité extérieure qu'une règle destinée à la guider. Kuhn, de son côté, disait que, si l'on voulait rester fidèle aux principes catholiques et ne pas professer, avec les luthériens que la nature humaine est incapable de connaître la vérité, il fallait admettre que la philosophie commence, se développe et se complète avec les conceptions purement naturelles de l'esprit, sans le secours d'une révélation surnaturelle et d'une foi positive.

Après la mort de Clément [24 févr. 1862] et même déjà de son vivant, la controverse, avec les rédacteurs du Catholique de M agence et surtout Schéeben ainsi que le docteur Schaezler, dans les Feuilles historiques et politiques, s'attacha à préciser davantage la signification du surnaturel et se concentra dans la définition scientifique des idées de liberté, de nature, de personnalité et de grâce. Celle-ci était pour Schaezler, un supplément et un complément de la nature humaine, et, pour Khun, un perfectionnement de l'homme comme être personnel (2). La controverse prenait la tournure des interminables disputes qui eurent lieu jadis entre les Thomistes et les Scotistes, puis entre les Dominicains et les Jésuites à l'époque (3<i Jansé-

1844 et 1845. Deutinger, Principe de la nouv. phiitfë. et la science chrétienne, 1857. Le Catholique de 1866, t. I, p. 693 et suiv.

(1) Clement, Notre point de;vue dans la philosophie (continuation du euaiholique de 1<V59, en deux articles). De Scholasticorum sententia philosophiam esse theologiae ancillam (Monast., 1865). Kuhn, Discussion sur la philosophie de la théologie. Tub., 1860. Les Feuilles hist. et polit, sur une université cathol. libre en Allemagne. Tub., 1863. Le Naturel et le surnaturel, réponse aux attaques des Feuilles hist.

politiques.

(2) Schéeben, Nature et grâce. May., 1861. De Schaezler, Naturel et surnaturel, critique de la théologie de Kuhn. May., 1866.

nisme ; des deux côtés on retrouvait les mêmes raisonnement? :agues et obscurs ; aussi la congrégation de auxiliis s'est-elle, pour de bonnes raisons, abstenue de trancher le différend.

Au milieu de tous ces débats, intervint, avec beaucoup d'intelligence et de bonne volonté, A. Schmid, professeur à Dillingen, puis à Munich, afin de rapprocher les deux partis. Sa tentative de conciliation n'eut pas le succès qu'elle méritait (1). Une réunion de savants de l'une et l'autre opinion fut convoquée à Munich par Dœllinger, Haneberg et Alzog (2). Elle aurait pu amener le résultat qu'on en attendait, si elle n'avait point été tout d'abord l'objet de regrettables soupçons. On fut contraint de l'interrompre. Toutefois quelques nouveaux scolastiques euxmêmes ont reconnu la droiture de ses intentions et les services qu'elle était appelée à rendre (3).

De récents travaux philosophiques ont été entrepris pour aplanir ces difficultés survenues entre la philosophie et la théologie d'une part, et la philosophie scolastique de l'autre. Charles Werner leur a ainsi tracé la voie : « Rechercher si un chrétien peut, avec une véritable liberté d'esprit, se livrer à l'étude de la philosophie sans porter atteinte aux dogmes catholiques ou mettre de côté la théologie et l'Église (4).

Puissent les deux partis rentrer en eux-mêmes et faire réflexion que la contradiction qui existe entre eux, à en juger d'après les travaux qu'ils ont fait paraître jusqu'ici, n'est pas, à beaucoup près, aussi grande que celle qui di-

(1) Opinions scientifiques et examen de l'écrit de de Schaezler, dans la revue théolog. et littéraire de Reusch, 1866, n° 18-22.

(2) Travaux de l'assemblée des savants cathol. à Munich, du 23 septembre au 1er octobre 1S63. Ratisb., 18G3.

(3) L'assemblée des savants cath. (dans le Catholique de 1864, t. JI, p. 95-111 et 196-221). Michelis, Eglise ou parti? Un mot à l'épiscopat allemand. Munster, 1864. Hergenrœther, Eglise et non parti. Wurzbourg, 1865. L'Exposé hostile des travaux de l'assemblée des savants, dans la Civilta cattolica traduit en allemand. Le Passé et le Présent de la théologie. May., 1864. Cet exposé a été en partie réfuté par le Catholique de 1864, t. II, p. 109.

(l) Werner, Manière de s'entendre sur la nature et l'objet de la théol. chrétienne à l'époque présente. Schaffh., 1867. De l'essence et de l'idée de l'âme humaine, 2'édit. Brixen, 1868.

iv. 12

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visait les écoles du moyen âge ; qu'ils aient les uns et les autres, un égal amour pour l'Église et conservent la même ardeur pour la science ! Alors, comme les théologiens célèbres des premiers siècles et du moyen âge, ils ranimeront dans le clergé la vie intellectuelle et avanceront la solution clés pins difficiles problèmes.

§ 42t. — Sectes en Allemagne.

A l'époque de la domination despotique de Napoléon et des troubles qu'il causa dans lËglise, plusieurs sectes de faux mystiques prirent naissance en Autriche. D'abord un prêtre nommé Martin Boos se laissa aller à des rêveries étranges, et, dans un langage incohérent, il se mit à enseigner la doctrine luthérienne de la justification par la foi seule. Il fut poursuivi et jeté en prison ; néanmoins il se fit quelques partisans parmi le clergé du diocèse de Linz, dont il avait été chassé, et il mourut [1825] curé de Sayn, non loin de Neuwied. Dans le même diocèse, Thomas Pceschl, né en Bohême, fonda une secte plus fanatique encore. Ceux qui en faisaient partie prétendaient que Dieu et la sainte Yierge leur apparaissaient et leur ordonnaient de ne purifier. Cette purification s'opérait à l'aide d'une poudre qu'ils prenaient et qui chassait le démon de leur 3. Napoléon était, à leurs yeux, le précurseur de l'antéchrist et du règne de mille ans. Dans la Semaine sainte de 1817, ils poussèrent le fanatisme jusqu'à immoler une victime humaine. Ils furent condamnés par le tribunal de bourg et incarcérés, ce qui leur ôta tout moyen de nuire. Pœschl mourut, à Vienne, dans l'hospice des prêtres des [1837]. Un autre prêtre, du nom de Hagleitner, la la secte des Manharters dans la vallée de Brixen, au diocèse de Salzbourg. Ces sectaires s'élevaient surtout contre les prêtres qui avaient prêté serment de fidélité à Napoléon et qui, par là, disaient-ils, étaient tombés sous l'anathème prononcé contre l'usurpateur. Maugl et Mair, deux d'entre eux, étant allés à Rome en 1825, furent admis aux sacrements, après avoir été convertis., avec la

I plupart des leurs, par le moine Mauro Capellari, qui de- I vint plus tard le pape Grégoire XVI (1).

La secte à la fois politique et religieuse des Salpeters a j plus d'un lien de parenté avec la précédente. Née en 1764, au sud-ouest de la Forêt-Noire, cette secte résista ouvertement aux injonctions de l'abbé de Saint-Biaise, ainsi qu'aux mesures que prirent contre elle les gouvernements d'Autriche et de Bade ; elle suscita des querelles à Demeter, archevêque de Fnbourg, et à son clergé qu'elle refusait de reconnaître comme catholiques romains. Ces sec- [ taires n'allaient point à l'église et n'envoyaient point leurs enfants à l'école : ils préféraient payer l'amende. Ils en appelèrent à Rome et s'y rendirent même en personne, mais inutilement. Ils avaient presque complètement disparu en 1838 (2).

Une agitation qui dura davantage et s'étendit plus loin fut celle des catholiques éclairés ou libres-penseurs, appelés plus tard catholiques allemands : se laissant influencer par la littérature et les principes protestants qui étaient alors prédominants et qui s'insinuaient jusqu'au sein du Catholicisme, ils voulurent bouleverser toute l'économie de l'Église catholique. Prêtres aussi bien que laïques, ils demandaient que le latin fût banni des offices, les cérémonies simplifiées et appropriées à l'esprit moderne, le célibat aboli et que l'on créât une Église nationale indépendante de Rome. Ces idées furent propagées par les nombreux écrits de Wessenberg, par l'Annuaire d'Uhn, les Feuilles libérales de Pflanz^ les Feuilles catholiques de Fischer , le Gardien canonique d' Alexandre Müller; par MM. Carové, Fiïdolin Hubert, Reichlin-Meldegg et Schreiber, dont la plupart s'étaient depuis longtemps détachés intérieurement du Catholicisme et n'y conservaient plus quelques attaches extérieures que pour des motifs d'intérêt (3). Leur prosély-

(1) Dictionnaire ecclésiastique de Fribourg, t. IX, p. 829 et suiv., au mot Rêveries.

(-2) Dr Ilansjacob, Recherches sur les salpéters et leur histoire. 2°édit. Waldshut, 1807.

(3) Pourquoi les libéraux restent encore dans l'Egl. cath. (Revue de Bonn, i livr., p. 190). PhilalHhk (Reisach). Qu'avong-noits à attendre des réformateurs d'Offenbach et de Saint- (Ja 11? dialogue entre un curé et ses paroissiens. May., 1835. La Réforme de l'Eglise, dans

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tisme s'exerça surtout dans le duché de Bade, le Wurtemberg, la Suisse et la Saxe. Les frères Theiner répandirent ces idées en Silésie (1). Cependant, le plus jeune, Augustin Theiner, après avoir parcouru l'Angleterre et la France, se fixa à Rome, renonça à cette triste secte, et il a rendu depuis de véritables services au catholicisme par ses excellents travaux historiques (2). Il n'en fut pas de même de Fischer, prêtre catholique et professeur de morale à Lucerne, qui poussa le libéralisme jusqu'à se marier et à inviter publiquement ses amis à l'enterrement de l'un de ses enfants.

Tous ces hommes devaient en arriver à une séparation définitive. Ce n'étaient plus que des catholiques de nom, dépourvus de toute conviction religieuse, dont la position devenait de plus en plus difficile et inconciliable avec l'Église, à mesure que la foi se ravivait, que la littérature religieuse prenait un plus puissant essor, que les fidèles se rattachaient plus profondément à la doctrine et aux lois de l'Église, et que les événements politiques eux-mêmes dessinaient plus nettement les divers partis religieux. Il ne fallait qu'une occasion; elle leur fut donnée par un prêtre silésien, suspendu de ses fonctions, nommé Jean Ronge qui, au moment où les fidèles accouraient en foule à Trêves [18 août-6 oct. 1844), pour y vénérer la sainte robe du Sauveur (3), adressa a Arnoldi, évêque de cette ville

le Catholique, 1833, jauv., p. 84 et suiv.. et l'Eglise catholique et les réformateurs, 1841, janv., févr., avr., juill., oct. et nov., ainsi que la Feuille ecclésiast. du sud de l'Aliem., 1341, n° 34.

(1) Theiner, L'Eglise cathol. en Silésie. Altemb., 1826. Le Célibat forcé des prêtres catholiques, Altenb., 1828, 3 vol. De Pseudo-Isidoriana, canonum collectioue. Vratisl., 1827. Braun, Des écrits du prof. Ant. Theiner. Bonn, 1829. Dr Franke, Esquisse d'un grand réformateur, ou Ant. Theiner dépeint au point de vue de la science et de sa vie. Glatz, i-45.

(2) Aug. Theiner, Hist. des institutions catholiques. Mayence, 1335. La Suède et ses rapports avec le Saint-Siège. Situation nouvelle de l'Eglise cath. en Pologne et en Russie. Hist. de la conversion des maisons régnantes de Brunswick et de Saxe. Le pape Clément XIV. Continuation des annales de Baronius. Hungaria sacra. Monuments histor. de Russie. Rome, 1859, 2 vol.

(3) Marx, prof, d'hist. ecclés., Hist. de la sainte robe. Trêves, 1844. J. de Gœrres, Le Pèlerinage de Trêves. Ratisb., ls45. Contre l'écrit de Gildemeister et Sybel : La Sainte robe de Trêves et les vingt

[y 9 janv. 1864], une lettre d'une audacieuse impiété. La presse libérâtre et protestante de Saxe et de Silésie, s'empara bientôt de ce honteux libelle, donna libre carrière à sa vieille haine contre le catholicisme, outragea le pape, l'appelant le tyran des consciences et la honts de l'Allemagne, jeta à la face du clergé les plus odieuses injures, tira de l'arsenal d'une polémique surannée de vieux symboles, d'anciennes formules d'abjuration dont la fausseté avait été mille fois démontrée, répandit les plus plats mensonges contre les évêques et provoqua enfin les prêtres et les laïques à se séparer de l'Église (1). De ce Ronge, qui n'avait ni la science religieuse, ni la culture profane, ni le caractère moral, ni le véritable enthousiasme nécessaire pour exercer de l'influence sur les hommes, on faisait un réformateur de l'Église catholique ; on le forçait d'accepter un rôle dont il était étonné lui-même, on le proclamait un second Luther, dont le souvenir passerait à la postérité la plus reculée. Ronge se prit alors au sérieux, se crut en effet appelé à réformer l'Église, et fonda à Breslau une sorte de paroisse prétendue catholique qui ne reconnaissait que deux sacrements, véritable parodie, si fade et si plate, que « les amis de la lumière » eux-mêmes en furent déconcertés.

A la suite de Ronge vint un autre prêtre qui cherchait à couvrir le scandale de ses mœurs d'une apparence de légalité, et qui trouva dans le Rongisme ce qu'il cherchait. Gzerski, averti avec une extrême indulgence par ses supérieurs ecclésiastiques, pour avoir violé la loi du célibat, fonda à Schneide-Mühl, dans le grand duché de Posen, une secte protestante de principe et de doctrine, catho-

autres robes sans couture. Clement publia : la Sainte robe de Trêves et la critique protestante. Coblentz, 1845 ; et la Sainte robe de Trêves, et nulle autre, ou les Tailleurs critiques de Bonn, par un pèlerin de Coblentz. 1845. Dr Hansen, médecin cantonal à Trêves, Récits et documents relatifs aux guérisons miraculeuses opérées lors de l'exposition de la sainte robe de Trêves en 1844. Trêves, 1845.

(1) Baltzer, Liberté de la presse et censure à propos du pèlermag». de Trêves. Bresl., 1845. Christ, Eclaircissements sur les nouveUo» prédications de la réforme et la littérature anti catholique. Ratisb., 1845. L'exposition de l'industrie de Berlin et l'exposition de la sainte robe de Trêves. Lettre d'un protestant de Berlin. Munster, 1845.

2io § 421. — SECTES

lique seulement de nom (1). Malgré cette apparence de catholicisme, qu'il gardait au point de conserver tous les sacrements, Czerski assista au soi-disant concile de Leipzig [Pâques 1845] et y adhéra à un symbole absolument nihiliste au point de vue chrétien (2). Ainsi fut constitué ce qu'on osa nommer « le catholicisme allemand » et même « l'Église chrétienne catholique et apostolique » quoique, selon la remarque judicieuse du protestant Ullmann lui-même, les fondateurs de cette secte n'eussent rien de commun avec le Catholicisme et n'eussent pas le moindre droit de porter le nom de catholiques (3). Les vrais fidèles en furent indignés; mais leur douleur fut à son comble lorsqu'ils virent les gouvernements appeler ces sectaires déhontés « des catholiques dissidents. »

Différents motifs portèrent le roi de Prusse à laisser cet apostolat de l'incrédulité, cette propagande antichrétienne s'exercer librement dans toute la monarchie, s'y attaquer, par la parole et par la plume, à toutes les institutions de l'Église et y poursuivre les catholiques d'outrages et de calomnies, malgré les promesses solennelles qui leur avaient été faites de défendre leurs droits et de respecter leur croyance. Mais bientôt il fut amèrement trompé dans ses prévisions et ses espérances. Car l'action dissolvante des sectaires, après avoir enlevé à l'Église catholique le petit nombre de membres qui ne lui appartenaient plus que de nom, se répandit dans l'Église protestante elle-même où elle avait sa vraie racine. Alors les « amis de la lumière, » les libres penseurs protestants s'enhardirent; ils revendiquèrent pour eux la liberté que

(1) Eclaircissements sur la secte de Schnei de m util. Posen, décembre 1844. Lettre à Czerski, par un prêtre cath. romain séculier (et camarade d'études de Czerski). Posen, 1^45. Lettre aux cathol. rom., au sujet de la justification de Czerski, par Jurek. Lissa, 1845.

(2) Symbole de Leipzig : « Je crois en Dieu le Père, qui, par sa parole toute-puissante., a créé le monde et le gouverne dans la vérité, la justice et l'amour. Je crois au Saint-Esprit, à l'Eglise chrétienne, sainte et universelle, à la rémission des péchés et à la vie éternelle. Amen.

(3) Ullmann, Pensées sur le mouvement des catholiques allemands Etudes et critiques théologl>ques, 1845, livr. IV).

l'on accordait aux apostats catholiques (1). « Le schisme, disaient des théologiens protestants, pénètre davantage dans le protestantisme que dans l'Église romaine (2). »

Bientôt l'agitation, purement religieuse en apparence, devint, avec Dowiat, politique et révolutionnaire. Ce ne fut plus l'Eglise mais l'État, l'autel mais le trône, le symbole mais les fondements mêmes de la société, que les masses, mises en ébullition, attaquèrent avec une audace et un ensemble qu'avaient été loin de prévoir ceux qui, comme Gervinus (3), avaient excité et encouragé le mouvement dans ses principes. Le gouvernement prussien fut donc obligé, comme l'avaient fait déjà ceux de Hanovre, de Hesse- Gassel et d'Autriche, de prendre des mesures sévères contre les prétendus dissidents catholiques. Du reste, ceuxci ne purent gagner à leur cause aucun homme vraiment considérable par sa science, sa piété ou sa position. Antoine Theiner, qui leur appartint un moment, se sépara d'eux avec éclat (4). Ils ne furent pas plus heureux dans la fondation de la Revue mensuelle de Berlin « Réforme de l'Église catholique » qui disparut bien vite, et dont les tristes articles rappelèrent ce mot de Lessing dans une lettre datée de 1769 : « Ne me parlez point de votre liberté de Berlin. Elle se réduit à la liberté de porter au marché autant de sottises contre la religion qu'on peut en inventer, si bien que l'honnête homme rougit de s'en servir. »

Par contre, les théologiens et les laïques catholiques ont profité de ces dures épreuves pour publier toutes sortes d'ouvrages, qui rendirent plus populaires les idées profondes du Catholicisme jusqu'alors presque uniquement renfermées dans de savants écrits, et rattachèrent maint catholique indécis à une doctrine mieux connue, à une Église mieux appréciée (5). De nos jours encore les chefs

(1) Les protestants, dit Ronge dans une lettre, viennent à nous, car ils veulent la liberté, et ils ne sentent d'en haut qu'oppression et tyrannie.

(9) Kœhler et Klopseh, Répertoire de l'histoire ecclésiastique. Glogau, 1S45, p. 345.

(3) Mission des cathol. allemands. Heidelb., 1845.

(4) Voir l'écrit du Dr Franke, vers la fin (plus haut, p. 20$, notel)*

(5) Staudenmaier, L'Essence de l'Eglise cathol. opposée à ses adversaires. Frib., 1845. Idem, De la paix religieuse de l'avenir. Frib.,

212 § 422. — l'église catholique

des « catholiques allemands » mettent tout en œuvre dans le dessein de fonder une « religion de l'avenir » pour l'humanité pure et régénérée. Us se dédommagent de leur insuccès en propageant contre l'Église des préjugés surannés, les accusations les plus odieuses et les plus mensongères.

§ 422. L Église catholique en Russie et en Pologne.

Persécutions et souffrances de l'Eglise catholique en R.ussie, etc. Paris, 1»32. — Aug. Theiner, Situation de l'Eglise catholique des deux rites en Pologne et en Russie, depuis Catherine II jusqu'en 1341. — Coup d'œil sur l'histoire de la Russie, dans les Feuilles histor. et polit., t. V, IX, X et XI. — Hefèlé, L'Eglise russe.

L'impératrice Catherine II [1762-1796] avait pris les Jésuites sous sa protection, après l'abolition de l'ordre par Clément XIV; elle avait laissé subsister leur collège dans la Russie Blanche; car, dans les provinces situées à l'est de la Dwina et du Dnieper, qui lui avaient été attribuées après le premier partage de la Pologne, la politique qui lui avait inspiré cette bienveillance ne la rendit pas aussi juste envers ses autres sujets catholiques qu'elle persécuta avec persévérance, en commençant par leur enlever le siège métropolitain de Kiew, qu'elle donna aux Grecs schismatiques, en opprimant les évêchés du rit grec uni, en supprimant les couvents des Basiliens, etc.

1846, 3 parties. Hirscher, Recherches sur les grandes questions religieuses du temps présent, dédites aux classes hautes et moyennes, avec explication de la motion faite dans la seconde chambre du duché de Bade, par le député Zittel, relativement à l'égalité civile de ceux qui abandonnent leur Eglise. Frib., 1846. Scharpff, Le Catholicisme et les penseurs qui ont la foi. Tub., 1845. Linde, Considérations sur les événements récents de l'Eglise au point de vue du droit et de la politique. May., l»45. Idem, Eglise d'Etat, liberté de conscience et sociétés religieuses, 1845. Sporschil, Pensées pratiques contre la tentative d'une prétendue Eglise catholique allemande, et deux autres écrits du même. Leipz., is45. Pierre et Paul, Revue mensuelle des intérêts de l'Eglise catholique au milieu des troubles du temps, rédigée par le Dr Hast, à Berlin, et le Recueil de tous les écrits du temps concernant la défense de l'Eglise cathol., et surtout les Feuilles hist. polit., t. XV-XVIII, ann. 1845-46.

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