EN RUSSIE ET EN POLOGNE
Au second partage de la Pologne [1793] la Russie obtint presque tous les évêchés grecs unis. L'impératrice avait prorais, par l'article vin du traité de partage, qu'elle accorderait appui et protection aux Catholiques romains des deux rites. Mais, à peine en possession de ses conquêtes nouvelles, elle songea aux moyens de ramener promptement les Grecs unis de l'ancien royaume de Pologne à l'Église orthodoxe russe, et à sa mort, elle était parvenue à arracher à l'Église romaine plus de 7 millions de Grecs unis. Son successeur, Paul Ier [1796-1801], fut plus juste. Secondé par le nonce apostolique Litta, il donna à l'Eglise catholique en Russie une organisation nouvelle, qui fut confirmée par une bulle de Pie VI, du 15 novembre 1798. Mohilew fut érigé en siège métropolitain de tous les Catholiques latins de Russie. Les persécutions antérieures contre les Grecs unis cessèrent, et leur Église fut également organisée par la même bulle; Plock devint métropole, Luck et Brecsz églises épiscopales. — L'empereur Alexandre Ier [1801-1825] se montra aussi bienveillant envers l'Église catholique. Sous son règne le collège ecclésiastique romain de Saint-Pétersbourg fut augmenté; on y adjoignit quatre assesseurs de l'Église grecque unie. La bienveillance de l'empereur favorisa l'extension de l'Église catholique qui vit notablement s'augmenter le nombre des fidèles des deux rites. — Il en fut tout autrement à dater du règne de l'empereur Nicolas [1825-1855]. Le czar, dès qu'il fut monté au trône, remit en vigueur les maximes de persécution de Catherine II. Le premier acte d'intolérance tut un édit sur la vente des livres de piété pour les Grecs unis. L'ukase du 22 avril î828 ruina l'organisation de l'Église unie, qu'il eut la fatale idée de placer sous la surveillance du ministre des cultes. Le pouvoir du métropolitain fut aboli et remplacé par un collège ecclésiastique nommé par l'empereur. L'évêché de Luck fut détruit ainsi qu'une partie des couvents des Basiliens; d'autres furentsécularisés et changés en cures; l'ordre entier fut anéanti par l'ukase du 19 juillet 1832. Cinq autres ukases enlevèrent toute indépendance à l'Église grecque, et les moyens les plus perfides de ruse, de violence furent employés pour amener l'apostasie de trois évêques, Joseph Siemazko à leur tète.
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et treize cent cinq ecclésiastiques à leur suite, qui demandèrent hypocritement à l'empereur et au saint synode la grâce d'être admis dans l'Église orthodoxe [12 février 1 ! Ni les plaintes hautement exprimées par le pape Grégoire XVI, ni les apostoliques paroles qu'il adressa à l'empereur Nicolas dans l'audience qu'il lui donna à Rome; ni les négociations entreprises par Pie IX ne purent arrêter le czar dans ses mesures oppressives contre les Catholiques grecs et latins. Néanmoins, en 1854, l'empereur Nicolas provoquait une guerre terrible sous prétexte de délivrer les Grecs de l'oppression religieuse des Turcs. Cette guerre, par suite des efforts réunis des armées française, anglaise et sarde, eut, pour les Russes, une issue humiliante.
La persécution commencée sous l'empereur Nicolas s'est encore aggravée sous son successeur, Alexandre II, malgré les espérances qu'avait fait naître une constitution plus libérale (1). Après le jubilé séculaire de l'empire en 1862, à l'occasion duquel Tischendorf fit paraître une magnifique édition du vieux texte grec de l'Ecriture sainte du codex sinaiticus, et après le soulèvement de la Pologne en 1S83, cette persécution fut poussée systématiquement (2). Le Catholicisme, religion nationale de la Pologne devait disparaître avec l'anéantissement de la nationalité polonaise, car il n'y a point de pays où la religion se mêle plus intimement à la vie civile qu'en Pologne. Lorsque la résistance de ce peuple héroïque eut été étouffée dans le sang, un grand nombre de prêtres et de moines furent fusillés, étranglés ou déportés en Sibérie. Le 28 novembre 1 ", cent quatre couvents furent encore supprimés; les religieux qui les habitaient avaient été, la nuit précédente, surpris dans leur sommeil et traînés en exil. Des popes grecs furent mis à la place des prêtres catholiques, et les fidèles contraints, par les mesures les plus cruelles, à assister aux offices des russes, à recevoir la communion et à laisser baptiser leurs enfants de la main des popes. Néanmoins la Gazette d'Augsbourg, dans son numéro du 22 septembre 1867, rapportait les faits suivants : « Dans le gouverne-
(1) Hnzthausen, La Constitution de la Russie et les lois de lSôi. Leipzig, 1^66.
(2) Montalembert, l'Insurrection polonaise. Paris, 1863.