‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 224 sur 332 · EN RUSSIE ET EN POLOGNE · texte numérisé non relu

EN RUSSIE ET EN POLOGNE

ment de Siedlce, les paysans continuent à se tenir éloignés des offices célébrés parles prêtres russes, à se réunir le dimanche dans des endroits secrets pour y faire leurs dévotions, et à cacher leurs enfants aux popes. Les autorités russes cherchent à gagner parla persuasion les paysans récalcitrants, ils en ont même arrêté quelques-uns des plus influents, mais ils les ont relâchés, en voyant les paysans s'ameuter et faire mine de délivrer de force les prisonniers. »

Afin d'asservir entièrement le Catholicisme, le czar lui a enlevé tout moyen matériel, en le dépouillant de ses biens et en allouant un traitement à ses prêtres afin de les mettre par là sous la dépendance du pouvoir civil. Le pape Pie IX a élevé, contre ces violences, d'énergiques réclamations (1) qui sont restées sans résultat. L'ambassadeur russe alla même, à l'occasion des souhaits du nouvel an (1866), jusqu'à insulter dans ses appartements le pape, qui dut lui ordonner de sortir sur-le-champ. Les relations diplomatiques entre la Russie et le Saint-Siège furent alors rompues, et des mesures plus violentes encore furent prises contre les Catholiques de Russie et de Pologne. Rien de plus éloquent que les plaintes exhalées à ce sujet par Dupanloup, évêque d'Orléans, dans son compte rendu des fêtes du centenaire :

« En ce moment, où toutes les Églises du monde, représentées par ces cinq cents évêques, se pressent autour du Père commun, il en est une qui nous est particulièrement chère à cause de sa fidélité, de son héroïsme et de ses épreuves, et que nous n'apercevons point ici. 0 chère Eglise de Pologne ! en vain nous avons cherché un seul de tes évêques pour lui baiser la main, comme on fait aux martyrs ! Pas un seul n'était là ! — Ah ! quand cessera-t-on enfin de t'arracher sanglante du sein de l'Église romaine, ta mère, ù Pologne! comme elle est la nôtre? »

(i) Aux documents officiels de l'année 1842, sous Grégoire XVI, comprenant 9 actes, sont venues se joindre les plaintes plus étendues dé Pie IX à Noël 1866, 363 pages in-4« : Esposizione documentata su lie costanti cure del sommo Pontifice Pio IX, a riparo de' mail ehe soffre la chiesa cattolica nci domiuii di Ruesia e di Polonia.

§ 423. — Les missions de l'Église catholique.

Choix de Lettres édifiantes jusqu'à 1808, continuées jusqu'en 1820 dans les Nouvelles Lettres édifiantes, auxquelles se lient les Annales de la propagation de la foi. Coup d'œil sur l'histoire et statistique des missions catholiques des quarante dernières années, dans l'Univers, 13 sept. 1839. Sion, 1839, oct. et janv. 1840. Nouveau coup d'œil, parmi les volumes de la prop. de la foi; 1857. Le P. Charies de Saint-Aloyse, l'Église catholique dans son extension actuelle sur la terre. Ratisb. 1845. Wittmann, Beauté de l'Eglise dans ses missions, Gams. 3e vol., pages 595 à 759 avec pièces justifie. Henrion, Missions catholiques, 4e vol., p. 703 à 802. Hahn, Hist. des missions cath. depuis J.-C. jusqu'à nos jours, Cologne 1858. Marschall, les» Missions chrétiennes et leurs apôtres. Margraf, l'Église et l'esclavage depuis la découverte de l'Amérique, Tubingue 1865. Ealkar, Histoire des missions cath. rom., Erlangen, 1867. R. de Wedell, Atlas historique, géographique, 6' livr. f. 34.

Fidèle au commandement du Sauveur, qui lui avait ordonné d'annoncer l'Evangile à tous les peuples de la terre (S. Math, xxviii, 19; xxiv, 14), l'Église catholique a peu à peu envoyé ses missionnaires par tout le globe avec un zèle qui ne s'est jamais démenti (1). Malheureusement, depuis l'origine du protestantisme, et principalement depuis la défection et le schisme des grandes nations maritimes, deux sortes de missions opposées, ennemies, se neutraiisant trop souvent l'une l'autre, se sont rencontrées presque par toute la surface de la terre. Et cependant, en dépit d'obstacles nombreux, la religion catholique s'est victorieusement propagée jusqu'aux extrémités du monde, et, plus que jamais, depuis le commencement du siècle, elle poursuit avec succès cette grande entreprise, vers laquelle saint François-Xavier, le premier, dirigea les eubrts des temps modernes. Les missions comprennent actuellement cinq grandes circonscriptions géographiques : 1° les missions du Levant, qui embrassent l'Archipel grec, Constantinople. !a Syrie, l'Arménie, la Grimée, l'Ethiopie, la Perse et l'Egypte ; 2° les missions de l'Inde, qui s'éten-

(1) Un mot sur les missions de l'Église catholique, dans la Revue rim. de Tubingue 1825.

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dent jusqu'à Manille et aux Nouvelles-Philippines ; 3° les missions de Chine, auxquelles se joignent celles de Siara, de Cochinchine et du Tonquin; 4° les missions américaines, commençant à la baie d'Hudson, et s'étendant, par le Canada, la Louisiane, les Antilles et la Guyane, jusqu'aux tribus du Paraguay ; 5° les missions de l'Océanie, qui comprennent l'Australie. La congrégation de la Propagande à Rome a la direction générale des missions. Les Jésuites travaillent surtout en Syrie, au Maduré et dans le Bengale. Les prêtres du séminaire des missions étrangères à Paris et les Lazaristes déploient aussi un grand zèle. Les Dominicains et les Franciscains d'Espagne fournissaient, avant le XVIe siècle, de nombreux missionnaires; aujourd'hui les Dominicains seuls travaillent encore aux missions du Tonquin oriental et de la province de Fo-kien, en Chine. Les Lazaristes portugais, dont la congrégation a été supprimée parle gouvernement de Dona Maria, dirigeaient les missions des évêchés et archevêchés de la Chine et de l'Inde, à Goa, à Macao, à Nankin, à Pékin, à Travancore, à Cochin, à Méliapour et à Malacca Mais c'est en France que les institutions relatives aux missions se sont plus puissamment développées : telles sont, à Paris, la maison- de Saint-Lazare pour le Levant, la Chine (dep. 1784) et les missions plus récentes de FAbyssinie; le séminaire du Saint-Esprit, fondé en 1663 pour l'Asie centrale; la société de Picpus (depuis 1830) pour l'Océanie orientale; à Lyon, les Maristes pour l'Océanie occidentale (dep. 1835); la société de la Propagation de la Foi depuis 1822, qui recueillait déjà, en 1839, une somme de 1,895,682 francs et, en 1855, une somme de 4,124,452 francs. A ces œuvres s'est jointe, en 1846, l'association de la Sainte-Enfance de Jésus, composée principalement d'enfants, laquelle, en 1856, a recueilli 1,063,000 francs. La Grande-Bretagne et l'Irlande pourvoient la mission de Madras de prêtres irlandais et entretiennent trois vicariats à Maurice, au cap de Bonne-Espérance et en Australie. Grâce au développement que prend aujourd'hui en Angleterre l'esprit catholique, on peut espérer que les missions y trouveront de plus en plus des ressources et des ouvriers. En Allemagne, la Propagation de la Foi et les Missions sont secondées par

la société Léopoldine, en Autriche ; la société de Louis, en Bavière, et celle de Xavier, créée, en 1841, à Aix-la-Chapelle, dans i'archidiocèse de Cologne. Ce zèle et ces institutions font honneur à la sainte Église. Les merveilleux résultats qu'ils produisent se multiplient sans cesse, de telle sorte que l'annuaire pontifical peut, chaque année, enregistrer plusieurs nouveaux évêchés ou vicariats apostoliques.

Dans le nouveau royaume de Grèce, où le schisme possède dix ou douze évêques, le Catholicisme compte déjà un archevêché à Naxos et trois évêchés à Syra, Tinos et Santorin (1). En 1820, il y avait, dans ces quatre diocèses, cent prêtres et vingt-trois mille fidèles. L'évêque de Syra, Alois Maria Blancis, est reconnu par le gouvernement comme légat apostolique. Le nombre des Catholiques, grâce au zèle des Jésuites, a triplé. On a construit de nouvelles églises au Pirée et à Patras, des paroisses catholiques se sont formées à Nauplie, Navarin et Héraclée: dès 1838, on comptait à Athènes mille deux cent cinquanteneuf catholiques.

L'Église catholique est répandue dans toutes les parties de la Turquie, aussi bien en Europe qu'en Asie et en Afrique. Elle y possède soixante-six archevêchés et évêchés (dont deux archevêchés et dix évêchés dans la Turquie d'Europe), onze vicariats et deux préfectures apostoliques. Elle a un patriarche résidant à Constantinople, huit évêchés en Bulgarie, en Valachie, en Moldavie, en Servie, en Macédoine, en Albanie, en Bosnie et dans l'Herzégovine, ainsi que cinq vicariats apostoliques où les Lazaristes, les mes et les Capucins font sans cesse de nouvelles conquêtes, malgré les ruses du schisme, les violences du mahométisme et les intrigues de la Russie. Le nombre des chrétiens latins s'élevait, en 1856, dans la Turquie d'Europe seule, à six cent quarante mille âmes, parmi lesquels cinq cent cinq mille indigènes. Toutefois leur situation âtait assez précaire.

En montant sur le trône, Abdul-Meschid, cédant aux réclamations des grandes puissances, avait, dans le Hatti-

(1) Aschbach, Lexique ecclésiastique, 3* vol., p. 146-148, et Gam$, 1" vol., p. 173.

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schérif de Gulhanié [3 novembre 1839], promis d'amélioré** le sort des chrétiens; le fanatisme des Turcs l'empêcha de tenir sa piomesse. Le hatti-humayum [édit de tolérance de 1856], publié à la fin de la guerre contre les Russes, accorda aux sujets chrétiens du sultan les mêmes droits qu'aux musulmans, entre autres, le droit de porter les armes et l'égalité devant la justice (1); mais, en réalité, la situation des chrétiens s'est fort peu améliorée, et ces lois n'ont pu, en juillet 1860, empêcher le massacre des chrétiens du Liban. Le dévouement admirable avec lequel les sœurs de charité ont soigné les soldats blessés dans la guerre de Grimée [1855], leur a concilié, même à Constantinople, une sympathique admiration. Néanmoins, il faut singulièrement rabattre des éloges que l'on a prodigués, dans ces derniers temps, à la tolérance turque et l'événement a trompé les espérances qu'on avait conçues pour la civilisation de la Turquie et l'émancipation des chrétiens, lors du voyage entrepris par le sultan, dans l'été de 1867, à l'occasion de l'exposition universelle de Paris, et des visites qu'il rendit ensuite aux cours de Londres, de Vienne et de Berlin. Ce sont les Lazaristes, les Sœurs de charité et les Frères de la doctrine chrétienne qui, par les écoles qu'ils ouvrent partout, travaillent le plus activement à cet avenir de la Turquie : les écoles de Pera et de Galata comptaient, en 1849, six cents enfants et celles des Frères étaient fréquentées par huit cent soixante élèves. C'est sur ce besoin d'éducation régulière que les Turcs éprouvent pour leurs enfants que reposent les espérances des chrétiens.

Mais c'est surtout dans cette partie de la Turquie d'Asie, appelée le Levant (le littoral de Constantinople à Alexam drie), que s'exerce, avec le plus grand succès, l'activité des Lazaristes, soutenus par la France et l'Autriche. Ici encore les écoles sont leur principal moyen d'influence. A leurs côtés travaillent les Jésuites et les Franciscains. Tandis qtiè les Capucins fondaient une maison d'éducation dans le vicariat apostolique d'Alep, les Sœurs de charité exerçaient de la manière la plus fructueuse leur pieux

(1) Pitz'.pios-Bey, L'Orient, les écoles byzantines, Paris, 1803.

ministère à Smyrne, et les Jésuites créaient de nouvelles missions en Syrie (1). Les pèlerinages aux Saints-Lieux que favorisent et facilitent la France et l'Autriche, ainsi que l'hospice fondé à Jérusalem pour les pèlerins, par la munificence de la famille impériale des Habsbourg, ont ranimé la dévotion au berceau du Christianisme. De nouveaux couvents et établissements religieux, auxquels des ressources arrivent de toutes parts, s'élèvent en Palestine, en Syrie et en Egypte là où précédemment les vingt-deux couvents des Franciscains préposés à la garde des lieux saints étaient souvent dans le besoin (2). Lorsque l'Egypte [1837] et l'Abyssinie [1843] furent détachées du vicariat apostolique d'Alep, les Capucins ouvrirent aussi une maison d'éducation. C'est ainsi que, insensiblement et sans bruit, s'opère le retour des sectes de l'Orient à l'Église romaine à laquelle elles furent redevables de leur splendeur passée.

« On ne peut nier, écrit un protestant américain, le docteur Durbin, que c'est par leur union avec l'Église catholique que ces contrées remontent au niveau de la civilisation (3). »

En face de ce zèle et de ces succès consolants des missions catholiques en Palestine, mettons l'évêché angloprussien de Saint-Jacques de Jérusalem (4). Fondé à grands frais et doté d'une rente de 120,000 florins, cet évêché est encore à la recherche de sa première paroisse. En outre, la famille de l'évêque et les employés de la mission demeurent dans un isolement remarquable : aussi l'entreprise paraît-elle, aux protestants eux-mêmes, un a luxe religieux. >: La situation du Catholicisme dans l'île de Chypre est moins belle; au lieu des trois cents églises qu'elle y avait jadis, elle n'y compte plus que quatre mille fidèles. Le Levant,

(1) Le P. Charles de Saint- Aloyse, p. 72 à 103.

(2) A Cologne se forma, le 30 juin 1855, l'association pour le tombeau du Sauveur, dont le but est de soutenir les intérêts catholiques dans la Terre-Sainte. Elle fait paraître sans interruption, depuis ,857, un journal qui a pour titre : « La Terre-Sainte ».

(3) Observations in the East IL 287, by John P. Durbiu II, 527.

(4) Héfélé, documents pour l'hist. de l'Église, 1 vol., p. 477 ; Dr. Braun, Jérusalem, Frib. 1867, p. 215.

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ainsi que la Palestine, est, de la port de l'Église catholique, l'objet d'une attention toute spéciale. « Elle veille sur ces contrées où elle a ses plus chers souvenirs. Elle ne peut oublier ni les montagnes de la Judée, ni la grotte de Patmos, ni les grands noms d'Aotioche, de Smyrne et d'Éphèse, qui remplissent les annales des premiers siècles du Christianisme. Un intervalle de dix-huit cents ans n'a point affaibli ses espérances. » (Scholz, voyage à Alexandrie et en Syrie, Leipzig, 1822, p. 203). Ce besoin de retour vers l'Église mère se fait aussi sentir parmi les schismatiques d'Orient. Ceux qui travaillent le plus à ce retour sont le patriarche des Maronites, le patriarche des Grecs Melchites, le patriarche des Syriens, le patriarche des Arméniens de Cilicie et le patriarche des Ghaldéens.

Le shah de Perse accorda, en 1834, un firman de sûreté au Père Deuberia, supérieur de la mission arménienne (1). A Tauris, dans la Perse orientale, a été fondé, par Eugène Bore, qui a rendu tant de services à ce pays, à l'aide de secours envoyés de Lyon, un collège des missions étrangères. Les catholiques de Perse ont aussi obtenu, grâce à l'influence de la France, la restitution de leurs églises. Une bien petite, mais bien fidèle chrétienté, s'est bâtie une église àKérak, en Arabie [1848].

L'évêché de Goa (2) est le premier qui ait été créé dans les Indes [1534] ; il a été érigé en archevêché en 1557 : de lui dépendent les évêchés de Cochin, de Cranganor et de Saint-Thomas de Méliapour, dans l'Hindoustan, et ceux de Malacca et de Macao dans l'Indo-Chine. Comme il a été dit plus haut (§ 350), les luttes qui eurent lieu au sujet du système d'accommodement, entre les Jésuites et les Franciscains, les avaient forcés de travailler à part, sans que, pour cela, les succès des premiers en eussent été amoindris. Jean de Britto, fils du vice-roi du Brésil [1673], marcha sur les traces de saint François-Xaxier ; à lui aussi et à ses compagnons, Dieu accorda le don des miracles. François Lainez, dans un apostolat qui dépassa trente ans, convertit plus de cinquante mille idolâtres. La mission des

(1) Hœninghaus, Gaz. de l'hist. eccl.- n° ao et le texte de la lettre n° 88.

(2) Gams, 3« v. p. 608.

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Indes fut florissante jusqu'en 1760, époque où le gouvernement portugais lui porta un coup mortel, en en éloignant les Jésuites, et en supprimant les secours qu'il lui allouait, au point que l'evêque de Cochin et l'archevêque de Cranganor durent vivre d'aumônes. Lorsque la majeure partie de ces contrées cessa d'appartenir aux Portugais, les papes Alexandre VII et Innocent XII y envoyèrent des vicaires apostoliques. La compagnie anglaise des Indes défendit [2 août 1791] à l'archevêque de Goa de s'occuper des catholiques du ressort de Bombay. Les évêchés des pays enlevés au Portugal, restèrent vacants. Le Portugal luimême ne remplissait plus aucun de ses engagements, et en particulier il ne payait plus aux prêtres les sommes qu'il leur avait allouées précédemment. De fait son patronage avait cessé d'exister. En 1832, Rome lui fit demander de satisfaire à ses engagements ou de renoncer formellement à ses droits. La cour de Lisbonne n'ayant point donné de réponse,' Grégoire XVI, d'accord avec le gouvernement anglais, supprima les constitutions antérieures et institua (de 1834 à 1837) les quatre vicariats apostoliques de Calcatta, de Madras, de Geylan et du Maduré. Le chapitre de Goa protesta; il interdit même, sous peine d'excommunication, tout rapport avec les délégués du Saint-Siège. Des prêtres de Goa s'opposèrent aux travaux des missionnaires ; bientôt un schisme se déclara. Joseph de Sylva y Torres, que Grégoire XVI, trompé par ses protestations de dévouement, accepta pour archevêque de Goa, devait l'accroître encore.

Cet indigne prélat, se faisant l'instrument du clergé schismatique et le défenseur du patronage portugais, éleva aussitôt au sacerdoce huit cents hommes sans leur demander la moindre préparation ; ceux-ci, se répandant par les vicariats apostoliques, entraînèrent au schisme deux cent quarante mille catholiques. Ce ne fut qu'après de longues négociations que Pie IX obtint le rappel de Sylva y Torres. Ce rappel ne mit pas fin au schisme. Malgré l'allocution du pape [17 févr: 1851], les Indes continuèrent à être agitées par un certain Antoine-Maria Suarez, qui s'intitulait vicaire général de l'archevêque de Goa à Bombay, auquel se joignit da Matta, évêque de Macao. Anastase Hartmann,

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évêque de Derbe, vicaire apostolique de Patna et administrateur de Bombay, s'opposa fortement aux efforts de ce dernier; il courut le danger (du 13 au 20 mars 1853) de périr de faim dans une église, où on le tenait assiégé. Pie IX ayant alors menacé l'évêque de Macao des censures ecclésiastiques, les membres de la Chambre portugaise poussèrent de telles clameurs contre Rome que le nonce du pape voulut quitter le pays. Les négociations qui furent alors entamées entre Rome et le Portugal n'aboutirent à une entente définitive qu'en 1859.

Ces fâcheux événements, ainsi que le soulèvement qui eut lieu, en 1857, contre les Anglais, furent un obstacle aux progrès du Catholicisme, dans ces contrées où il compte vingt vicariats apostoliques érigés, en 1854, avec sept cent quatre-vingt-six prêtres et plus d'un million de fidèles. Cependant la semence jetée par les Jésuites n'est pas demeurée totalement infructueuse. Dans ces derniers temps on découvrit, en beaucoup d'endroits, des familles chrétiennes qui, sans prêtre aucun, avaient conservé la connaissance des vérités religieuses et prouvaient ainsi que l'esprit chrétien avait profondément pénétré dans leur, vie. Il y a encore là, en ce moment, trente-quatre Jésuites qui fondent des collèges et des écoles où se forment les prêtres, les catéchistes et les maîtres qui se répandent ensuite par toutes les Indes.

Dans l'Indo-Chine (Birmanie, Siam, Annam avec le Tonquin, la Cochinchine, etc.) fut créé, en 1744, pour l'empire Birman, le vicariat apostolique de Pégu et d'Ava. Il fut longtemps vacant à cause du manque de missionnaires ; enfin Pie VII envoya un nouveau vicaire et confia la mission à la congrégation des Oblats de Marie, de Turin. En 1848, on comptait à peine, dans la Birmanie, quatre mille chrétiens sur une population de neuf millions d'habitants. Tout récemment fut créé le vicariat apostolique du Siam occidental, auquel on réunit quelques parties de celui de Pégu et d'Ava.

Le royaume de Siam est, depuis longtemps, le théâtre au zèle du vicaire apostolique Pallegois, évêque de Mallos; il a toute la confiance du roi actuel. Sans doute, les habitants montrent assez peu d'empressement à embrasser le

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Christianisme; ils laissent, toutefois, les chrétiens pratiquer tranquillement leur religion. Ces derniers sont au nombre . de sept mille.

La mission du Siam oriental possède, à Bangkok, un séminaire où sont élevés des jeunes gens et formés des prêtres. En 1854, cet établissement comptait environ trente élèves, dont quelques-uns étudiaient la théologie. Cette mission a, en outre, plusieurs écoles élémentaires, ainsi que quatre couvents habités par « les Servantes de la mère de Dieu, » qui se vouent à l'instruction des jeunes filles et des catéchumènes de leur sexe.

Plus riches d'avenir sont les missions d'Annam, où les chrétiens montrèrent le plus admirable héroïsme dans la persécution du roi Min-Menh, l'une des plus cruelles qui aient jamais existé ; aussi, pendant les trente ans que dura cette persécution, leur nombre s'accrut- il de cent mille. Le pape Grégoire XVI fit part de ces événements, à la fois si tristes et si consolants, au monde catholique, dans son allocution du 7 avril 1840. Tien-Tri, successeur de Min- Menh laissa, pendant son court règne [-j- 1847], la persécution se ralentir : il avait peur des canons européens qui bombardaient les côtes de la Chine et du commandant Lapierre qui, en une heure, avait anéanti la flotte cochinchinoise. Sous Tu-Duc, qui vint après lui, la persécution recommença. Le 1er mars 1851, fut martyrisé le prêtre Schœffler, du diocèse de Nancy, et, le 1er mai de l'année suivante, le missionnaire Bonnard. Le choléra de 1851, qui fit neuf mille cinq cents victimes parmi les chrétiens, n'empêcha point leur nombre de s'accroître. Malheureusement, un navire de guerre français, qu< parut, en 1857, dans la baie de Tourane, ne servit qu'à inspirer au roi de' la défiance à l'égard des chrétiens, et fut cause que, après son départ, éclata une persécution générale [1858]. A peine quelques habitations de chrétiens restèrent debout ; toutes les écoles, les séminaires, les couvents et les maisons religieuses furent détruits. Toutefois, les missionnaires ne s'éloignèrent point, et le nombre des baptêmes d'adultes alla toujours croissant. On espère que le sort des chrétiens va s'améliorer, grâce au commerce européen, dont les navires remontent déjà ces fleuves inconnus jus-

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qu'alors , grâce aussi aux traités qui se négocient.

Au Thibet, le capucin Horace délia Penna (m, 359) avait obtenu de bons résultats. Lorsque les religieux de son ordre furent chassés du pays [1744], ils se retirèrent aux Indes, dans les États du Grand-Mongol. En 1808, fut créé le vicariat apostolique du Thibet et de Gyra, dont les titulaires furent des Capucins. Les Lazaristes Hue et Gäbet réussirent à rentrer au Thibet [1844-1848] et à faire, à Lassa, quelques prosélytes. Le réprésentant de la Chine éleva des réclamations, et le régent dut renvoyer les Jésuites. Une nouvelle tentative pour pénétrer au Thibet, du côté de l'Inde, par les monts Himalaya, n'eut d'autre résultat que de procurer aux missionnaires la couronne du martyre [1851-1852].

En Chine, la situation du Christianisme a été subordonnée aux idées de l'empereur régnant. Kienlong [1 735-1795], dans les dernières années de son régne, protégea les missionnaires. Kiaking [1795-1820] ne se montra point d'abord trop hostile aux chrétiens ; mais les mandarins l'ayant excité contre eux, il les persécuta ouvertement. « Des milliers de catholiques périrent de la main du bourreau. » Ce témoignage est du missionnaire protestant Gutzlaw[-j- 1851 J. Le plus fort de la persécution eut lieu en 1815. Le vicaire apostolique Dufresse, qui était en Chine depuis 1776, périt en héros [14 sept. 1815], et Pie VII, dans son allocution du 23 septembre 1816, fit son éloge. Une multitude d'autres martyrs suivirent son exemple, entre autres le lazariste Clet, vieillard de 72 ans, le prêtre chinois Chen et un grand nombre de laïques. Sous Tao-Kuang [1820-1850], les chrétiens, à quelques vexations près, furent tranquilles jusqu'en 1839. A cette époque, se déclara, dans la province du Houpé, une persécution dans laquelle le missionnaire français Perboyre fut étranglé après avoir enduré des supplices affreux et vu cinq chrétiens décapités sous ses yeux. Les trois frères du missionnaire, restés dans la patrie, soupiraient aussi après la couronne du martyre ; ils passèrent bientôt en Chine. Sur ces entrefaites, arriva la première guerre entre les Anglais et les Chinois ; cette guerre se termina par le traité de Nankin [1842], que le Fils du Ciel fut contraint de conclure avec les barbares

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(Anglais). Il prenait, entre autres, l'engagement d'ouvrir aux étrangers, pour y faire commerce et s'y établir, les ports de Canton, d'Amoy, de Foutsheou, de Ning-po et de Schangaï. D'autres conventions eurent lieu avec les États-Unis et la France. Cette dernière stipula que les indigènes catholiques seraient libres de pratiquer leur religion, que les étrangers pourraient bâtir des églises et des chapelles dans les cinq villes qui leur étaient ouvertes, et que les missionnaires catho'iques qui seraient saisis dans l'intérieur de l'empire seraient remis au consulat français " le plus rapproché, sans qu'on leur fît essuyer le moindre mauvais traitement. La muraille de la Chine était enfin renversée.

Cependant, à l'avènement du nouvel empereur Hienfond [25 fév. 1850], le vieux parti chinois essaya d'éluder le traité de Nankin et d'obtenir que l'on traitât moins favorablement les étrangers. Après de longues chicanes, la guerre recommença entre la Chine et l'Angleterre [oct. 1856]. La France, irritée de la mauvaise foi des Chinois, qui avaient masssacré l'un de ses enfants, le Père Chapdelaine, s'unît à l'Angleterre. Bientôt Canton fut pris sans résistance. Les alliés, montés sur de légers vaisseaux de guerre, pénétrèrent dans l'intérieur du pays. L'empereur de la Chine dut signer la paix. Le commissaire français, le baron Gros, en transmit h Paris, le 19 juillet 1858. les conditions principales en ces termes : « Le vaste empire de la Chine s'ouvre au Christianisme et presque entièrement au commerce et à l'industrie de l'Occident. Nos agents diplomatiques résideront de temps en temps à Pékin, nos missionnaires pourront pénétrer partout. Un ambassadeur chinois se rendra à Paris, les lois contre le Christianisme sont abrogées. » Mais, bien qu'accompagné de toutes sortes de formalités, ce traité ne reçut aucune exécution. Alors la France et l'Angleterre [déc. 1859] envoyèrent contre la Chine une nouvelle expédition qui eut pour résultat la prise de Pékin et la confirmation du traité de Tien-Tsin [24 oct. 1860]. La France eut une grande influenee dans ce traité, et des concessions nouvelles furent ajoutées à celles qui avaient été faites précédemment aux chrétiens. Les Catholiques, non-seulement recouvrèrent leur cathé-

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drale et quatre autres églises à Pékin, mais ils purent encore en construire une à Canton, dont la première pierre fut apportée de Jérusalem. Il est vrai que les persécutions n'ont point cessé dans les provinces, mais elles sont le fait des fonctionnaires, et le gouvernement les réprime. C'est ainsi qu'un haut fonctionnaire fut destitué en 1862, pour avoir pris part au meurtre de l'abbé Niel, missionnaire dans le Kouitscheou. Le nombre des chrétiens de la Chine est d'environ huit cent mille, répartis entre trois évêchés (Pékin, Nankin et Macao), et neuf vicariats apostoliques.

On compte, en Chine, quatre-vingt-quatre missionnaires européens et cent-trente-cinq prêtres indigènes, qui ont la direction de quatorze séminaires et trois cent vingt-six églises et chapelles. Une œuvre qui fait ici le plus grand bien, c'est celle de la Sainte-Enfance, fondée par Forbin- Janson, évêque de Nancy. En 1857, cette œuvre avait déjà procuré le baptême à trois cent cinquante-neuf mille trois cent quatre-vingt-huit petits Chinois. Parmi ces enfants, neuf mille cent soixante- huit avaient été achetés et six mille élevés dans les séminaires.

La Corée, contrée très-peu connue encore, forme un vicariat apostolique qui ne contient guère que dix mille fidèles. C'est le pays où l'Église catholique compte le plus de martyrs. Alexis Hoang-the-Young, soupçonné d'avoir dressé le plan qui devait faciliter aux missionnaires l'entrée de la Corée, fut soumis à d'horribles supplices [21 mai 1801]. Sa dernière parole fut : « Je meurs pour la religion du Maître du ciel. » N'ayant presque plus de prêtres, les chrétiens de la Corée adressèrent à Pie VII et aux évêques catholiques les plus touchantes prières : « Par les mérites de nos martyrs, nous espérons que vous nous enverrez bientôt des prêtres ; nous vous en demandons avec des larmes de sang. » En même temps qu'en Chine, une persécution éclata en Corée. Dans les huit mois qui s'écoulèrent d'avril à décembre 1839, fut martyrisé i'évêque français Imbert, ainsi que deux de ses frères. Avec eux furent mis à mort cent chrétiens des deux sexes, de sorte que ce pays compta, en quarante ans, trois cents martyrs. Les missionnaires jouirent ensuite d'un peu de tranquillité ; ils en profitèrent pour accroître le nombre des chrétiens. En

-1857, il y en avait quinze mille, et, en 1858, furent formées sept nouvelles chrétientés ; mais, en 1866, partit du palais un signal pour une nouvelle persécution.

Le Japon a vu commencer, en 1596, une persécution sanglante qui sJest continuée, presque sans interruption, durant cinquante ans, et qui a fait souffrir aux martyrs des supplices bien autrement cruels que ceux que rapportent les actes des martyrs des premiers siècles. La défiance qui subsista après cette persécution ferma presque totalement aux Européens l'entrée du pays. Les Hollandais seuls, se soumettant par cupidité à des conditions infâmes, eurent la permission d'établir une factorerie sur l'île de Décima, près de la ville de Nangasaki. Ce n'est qu'en 1858, après l'expédition envoyée par les États-Unis, que fut conclu, avec cette puissance et l'Angleterre, un traité qui leur permettait l'entrée de Nangasaki et de deux autres villes moins importantes, Simode et Hakadadi. Depuis cette époque, le préfet apostolique Gérard réussit à bâtir une église à Yokohama [1862]. La visite qu'une ambassade japonaise vient de faire dans les capitales de l'Europe est d'un bon augure pour l'avenir du christianisme.

Une nouvelle aurore se lève également sur l'Afrique, qui fut jadis le berceau de tant d'illustres docteurs. L'évêché d'Alger, fondé en 1838, a eu pour premier évêque Dupuch, sous lequel la religion commença à grandir. Son successeur, l'évêque Pavy, a publié [1854] un mémoire qui a considérablement hâté les progrès du catholicisme. Le pape Grégoire XVI, pour faire revivre les grands souvenirs des anciens jours, a fait don à l'évêque Dupuch d'une précieuse relique de saint Augustin, qui fut transférée, le 25 octobre 1842, de Toulon à Hippone et déposée dans cette église illustrée par le saint. Une imposante cérémonie eut lieu à cette occasion ; sept évêques français la rehaussèrent de leur présence. Au mois de janvier 1867, Alger fut érigé en archevêché, et on lui donna pour évêchés suffragants ceux d'Oran et de Constantine, que l'on créa alors. L'évêché de Ceuta (Maroc) renferme quatorze mille catholiques, dont huit mille à Ceuta même, où réside l'évêque.

L'Egypte et l'Arabie, qui appartenaient à la custodia

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Terrœ Sanctœ, furent séparées, en 1837, du vicariat d'Alep. Elles eurent leur vicariat particulier, dont le siège fut à Alexandrie et dont le premier évêque fut Perpétue Guasco. Le zèle des Franciscains, qui ont des couvents au Caire, à Rosette, à Damiette, à Fiume, à Alexandrie et dans d'autres endroits, réussit à rattacher à la communion romaine un grand nombre de Cophtes. On compte, dans tout le vicariat, quinze mille catholiques, dont sept mille à Alexandrie. Les Franciscains sont aidés, dans cette mission, par les Lazaristes, les sœurs de Charité et les dames du Bon-Pasteur, qui dirigent les écoles, les ouvroirs et les maisons de refuge, avec un zèle que ne peuvent rebuter ni les plus grandes privations, ni les épidémies qui visitent souvent ces pays.

Il y a, en Abyssinie, une préfecture apostolique et des missions très-prospères, grâce aux Lazaristes et à la protection de la France. Depuis 1847, les catholiques de cette contrée ont, pour évêque, le pieux et savant Justin de Jacobis, mais « l'Abyssinie boit la sueur des missionnaires sans porter encore de fruits de salut. » Grégoire XVI, peu de temps avant sa mort, institua aussi, pour l'Afrique centrale, un vicariat apostolique, dont le polonais Ryllo avait dressé le plan. Il mourut en 1848 et le dr Knoblecher le remplaça en qualité de provicaire apostolique (1). Cet ouvrier infatigable, que protégeait l'Autriche, vit ses efforts couronnés de succès. Bientôt la mission eut des stations à Chartum, à Gondokoro et à Angweyn ou Sainte-Croix. Il succomba prématurément [1858], ainsi que son successeur Gostner, victime comme lui de l'influence funeste du climat.

La mission de Madagascar n'exige pas moins de fatigues, mais elle présente moins de consolations. Les Jésuites ont fondé, sur l'île de la Réunion, deux maisons de refuge, dans lesquelles de jeunes Madécasses sont préparés au sacerdoce. La mission des îles Séchelles fut reprise en 1853, et le Père Théophile, capucin, lui fut donné pour préfet apostolique. Les Catholiques du cap de Bonne-Espérance étaient placés sous l'autorité du vicaire apostolique de l'île

(1) Sur la vie de Knoblecher, voir la Feuille cathol.de Frib. 1858, p. 154. — Sur les trois stations, les feuilles polit, histor. 3»« v. p. 601.

Maurice. Ils ont, depuis 1837, un vicariat particulier confié à l'évêque Griffiths. Ce zélé missionnaire a obtenu de si grands succès que l'on jugea à propos, en 1851, de fonder un second vicariat. La mission de la Guinée et de la Sénégambie est restée presque aussi stérile que celle de Madagascar. Sur soixante-quinze missionnaires qui, dans l'espace de onze ans, furent envoyés en Guinée, quarantedeux succombèrent bientôt ou furent rendus, par la maladie, incapables de continuer leur ministère. On n'espère plus pouvoir évangéliser ces contrées qu'à l'aide de prêtres indigènes. En 1854, un séminaire fut ouvert à Lyon dans le but de former des prêtres pour la côte occidentale d'Afrique, et un vicariat apostolique fut érigé au Sénégal. Les évêchés de Fungal, dans l'île de Madère, d'Angra, dans celle de Terceires, des Canaries, de Saint-Thomas, de Saint-Jacques, etc., sont dans une situation florissante. Si nous tournons nos regards vers l'Amérique, nous y verrons l'Église, pleine de vie, y remporter les plus beaux triomphes. Déjà elle y compte plus de quatre-vingts évêchés ou vicariats apostoliques, et environ trente millions de fidèles, malgré les malheurs qui l'affligèrent dans le siècle dernier (1). En 1831, les chefs des Algonquins et des Iroquois , convertis au Catholicisme , envoyèrent au Saint-Père, une cravate et des sandales fabriquées de leurs mains avec cette lettre touchante : « Pasteur de tous les fidèles, tu nous as enseigné à connaître Jésus- Christ. Tu nous as envoyé l'homme à la robe noire. Tu lui as dit: Va trouver les Indiens, ce sont mes fils, cours et assiste-les ! Tu es notre père, nous n'en reconnaîtrons jamais d'autre. Si nos descendants t'oubliaient et tombaient dans l'erreur, montre-leur cette cravate et ils reviendront à toi. » Les Indiens du Bas-Canada sont tous catholiques, malgré les difficultés qui résultent, pour la religion, de la domination Anglaise, et parmi les sauvages du Haut-Canada, il se trouve des chrétientés assez importantes. Les évêques, les vicaires apostoliques et les missionnaires avaient déployé un zèle si fructueux que Grégoire XVI

(1) Wittmann, lery., p. 18 à 253. Gams, 3e v., p. 644 à 674. Lembke, Vie et travaux du prince Gallitzin, pour servir à l'hist. des missions cath. de l'Amer, sept., (1799 à 18-ioj. Munster 1861.

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