‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 228 sur 332 · POUR LE MAINTIEN DU PROTESTANTISME SYMBOLIQUE · texte numérisé non relu

POUR LE MAINTIEN DU PROTESTANTISME SYMBOLIQUE

morale comme la véritable base de la conviction que nous pouvons acquérir de la réalité objective d'une loi morale suprême et d'un bien souverain, terme de l'accomplissement de cette loi. Dans l'ouvrage intitulé : De la Religion dans les limites de la raison, il applique à la religion et à l'Église chrétienne sa théorie religieuse, exclusivement fondée sur la philosophie morale, en dehors de toute métaphysique. La religion n'est, à ses yeux, qu'un auxiliaire de la morale, et le Christianisme n'est qu'une simple école de mœurs. La raison pratique est la source unique de la religion, comme l'unique interprétation possible est, non l'interprétation dogmatique, mais l'interprétation morale, ainsi appelée parce que la seule explication généralement valable est celle qui est conforme aux vérités morales fondées en raison.

La raison théorique, ainsi attaquée par Kant, protesta vivement. Flatt (1), parmi les théologiens, et Jacobi [f 1819], parmi les philosophes (2), s'en firent les vigoureux interprètes. Diamétralement opposée à celle de Kant, la philosophie de Jacobi part d'une révélation immédiate et intérieure de la raison, qu'elle déclare source unique de la science des choses divines. Jacobi et, plus tard, Fries, par sa théorie des idées esthétiques, qui tient le milieu entre le système de Kant et celui de Jacobi, exercèrent une grande influence sur la théologie. Cependant, c'est aux idées de Kant que se rattache, comme à sa véritable source, le système théologique qui, depuis Reinhard, a reçu le nom de rationalisme, et qui n'admet, pour loi unique et suurême, que la raison, ou les données générales et logiques du simule sens commun, considérées comme une révélation naturelle de Dieu. Après Eckermann, Teller,

(l) Flatt, Essai d'une théorie qui détermine l'idée et le principe de la causalité et fonde la théologie naturelle, comparée à la philosophie de Kant, Leipz, 1788. Lettres sur le fondement moral de la connaissance de la religion comparée à la philosophie de Kant, Tub. [789. Observationesquajdam ad cumparandam ftantianam disciplinam cum christ, doctrinâ pertinentes, Tub. 1792.

(z) Jacobi, Des choses divines et de leur révélation. Leipz. 1822. Œuvres complètes. Leipz. 1812. 6 vol. Correspondance. Leipz. 1825, 2 vol. Kuhn, Jacobi et la philosophie de sou temps. May. Î834. Staudenmaier, Philos, du christianisme, t. I. p. 755 et suiv.

244 § 424 — vaines tentatives

Henke et Tieftrunk, se sont présentés, pour défendre ce système, Rœhr (1), surintendant général à Weimar, comme écrivain populaire ; Wegscheider (2), professeur à Halle, comme apologiste dogmatique ; et Paulus (3), professeur à Iéna, puis à Heidelberg, comme exégète. Se posant en champions de la science et de la liberté, ces hommes érudits, mais superficiels, en négligeant complètement le caractère historique de la révélation divine, et en traitant les saintes Écritures avec une légèreté et une mauvaise foi insignes, ont montré encore une fois où. conduit la raison, quand, dans son orgueil, elle prétend se substituer seule à toute autorité légitime. Leur rationalisme plat et vulgaire, qui veut tout expliquer et n'admettre que ce qui tombe sous le sens commun, ôte par là même toute profondeur au Christianisme et ne peut plus satisfaire ni l'intelligence avide des vérités qui ne passent pas, ni l'âme désireuse d'une autre lumière que celle de ce monde. « Ce n'est plus connaître le Christianisme, c'est le méconnaître, dit Schelling (4), que de le traiter avec cette légèreté. Puis il ajoute en parlant des rationalistes modernes : « Ils ont peu d'esprit et sont incrédules, sans piété et pourtant fins et sérieux, semblables à ces malheureux placés par le Dante dans le vestibule de l'enfer, qui ne sont ni rebelles, ni fidèles et que le ciel repousse sans que l'enfer les reçoive. Leur saine exégèse, leur psychologie éclairée et leur morale tolérante n'ont laissé au Christianisme ni profondeur spéculative, ni certitude dogmatique. Sa divinité n'est plus qu'un fait qui dépend d'une démonstration enipirico-historique, et sa doctrine révèle un miracle qui doit s'expliquer comme les miracles de l'ordre sensible. Or, comme les choses divines ne peuvent, de leur nature, être ni reconnues, ni démontrées d'une manière empirique, les

(1) Rœhr, Lettres sur le rationalisme, Aix-la-Chapelle, 1813, et Bibliothèque critique des prédicateurs depuis 1820. Dogmes fondamentaux de l'Église évangélique, Neustadt, 1834.

(2) Wegscheider, Instit. theol. christ, dogm. Hal. 1815, éd. VII,

(3) Paulus, Commentaires sur les trois premiers évangiles, Lei pz, 1804, 3 vol. Vie de Jésus, Heidelberg 1828, 2 vol.

(4) Schelling, Leçons sur la méthode dans les études universitaires, i' édit. p. 198 et suiv.

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