‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 24 sur 332 · DANS LEURS CONSEQUENCES PRATIQUES · texte numérisé non relu

DANS LEURS CONSEQUENCES PRATIQUES

prophètes visionnaires lui parurent par trop ridicules. Par contre ils avaient gagné Carlostadt, Martin Cellarius, l'ami de Mélanchthon, le moine Didyme et d'autres. Didyme, du haut de sa chaire, conseilla aux parents d'éloigner leurs enfants de toutes les études profanes. Carlostadt déclara la guerre à toutes les connaissances humaines, courant luimême dans les ateliers pour se faire expliquer la sainte Écriture par des hommes simples, que la réflexion et la science, disait-il, n'en avaient pas encore rendus incapables. L'université commença à se dissoudre. Les hérésiarques furent eux-mêmes effrayés de ces excès, qu'ils craignirent voir servir de prétexte au duc George de Saxe pour empêcher toute réforme dans l'Église. En vain Luther, sur la demande de Mélanchthon, envoya une instruction sur la nécessité d'éprouver les esprits ; les désordres continuèrent. Alors Luther, contre l'avis de Frédéric de Saxe, abandonna le château de Wartbourg, et vint, avec une singulière confiance, à Wittenberg [8 mars 1522]. « Je vais à Witten- » berg, écrivait-il à Frédéric (1), sous une protection bien1 » plus haute que celles des princes électeurs. Je ne pense » point à vous demander votre appui. » Dès son arrivée, Luther, comme il le dit, « donna sur le museau des vision- » naires, » et prêcha, pendant huit jours, contre ces sauvages perturbateurs, ces iconoclastes, dans des discours populaires faits de mains de maître. Il déclara : « Que tout » moyen violent et prématuré, pour hâter le moment où la » religion serait mieux connue, était contraire à l'Évangile » et à la charité chrétienne, et que les changemements ex- » térieurs, dans les choses ecclésiastiques, ne devaient s'o- » pérer qu'après que les esprits seraient convaincus de la » nécessité de ces changements. »

Luther se vit alors en face de sa doctrine et de sa conduite, et il frémit un moment en lui-même. Mais il se remit bientôt, se précipita dans la voie des violences et des révolutions qu'il avait tout à l'heure si rudement combattues, déclama contre les vœux monastiques (2), et n'eut pas honte

(1) De Wette, lettres de Luther, t. II, p. 137 sq.

(2) Courtes conclusions sur les vœux et sur la vie des monastères, dans Walch, t. XIX, p. 79G.

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