ET LA THÉOLOGIE LIBERALE
vie. Il regarda le Christ, qui en est le centre, comme Homme-Dieu, d'où il déduisit cette formule (1) : « Le Christianisme est divin dans son essence et humain dans sa forme ; il est divin dans son origine et humain dans sa diffusion. » Il se mettait en opposition avec le supernaturalisme qui ne voit dans le Christianisme rien que de divin, de surhumain, de miraculeux et d'inexplicable au point de vue historique.
Ces idées ne trouvèrent point auprès de ses partisans eux-mêmes une complète adhésion ; mais le rationaliste Baur les traita de phraséologie creuse, qui laisse tout sans solution et sans réponse, qui est plutôt nuisible qu'utile et qui ne repose sur rien de solide (2). Schwarz les jugea plus sévèrement encore. Elles n'étaient à ses yeux que des demi-vérités, que de vaines concessions, et même qu'un supernaturalisme honteux, réellement hostile aux miracles et rejetant tout fait miraculeux pris isolément, sans oser repousser la notion générale du miracle. Il n'y voyait donc qu'un éclectisme philosophique, lequel éclectisme trahit sa faiblesse et son impuissance à créer un système (3).
La théologie du cœur (Pectus est quod theologum facit) du savant Néander fut l'objet de critiques plus acerbes encore, s'il se peut, de la part des rationalistes. La Vie de Jésus, qu'il écrivit en réponse à celle de Strauss, se débat péniblement entre la foi et la critique. Les faits surnaturels qu'il conserva dans son Histoire de l'Église furent jugés tout au plus dignes de figurer dans un « Recueil d'anecdotes. »
Bientôt les théologiens de conciliation, qui, à cause du reste de foi qu'ils avaient gardé et de leurs sentiments pacifiques, étaient de préférence appelés aux chaires académiques et aux emplois ecclésiastiques, eurent à essuyer une vive opposition de la part des Luthériens orthodoxes. Les plus attaqués furent ceux des facultés de théologie de Gœttingue et de Halle. A Carlsruhe, le prélat Ullmann fut con-
(1) Ullmann, Essence du Christianisme, 4e éd., Gotha, 1854.
(2) Baur, Hist. eccl., t. V (le XIX8 siècle), p. 405 et suiv.
(3) Schwarz, Pour servir à l'Hist. de la théol. moderne. 33 éd.,
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traint par les savants libéraux de Heidelberg de résigner sa charge [1860], parce que, en sa qualité de président du haut consen ecclésiastique, on lui attribuait une nouvelle liturgie qui avait une tendance trop catholique et une constitution religieuse votée dans le synode général de 1855. Il mourut de chagrin en 1865, après avoir vu échouer tous ses efforts (1).
D'autres savants, que cette théologie conciliatrice ne satisfaisait pas, essayèrent de lui donner une physionomie un peu plus libérale. Celui qui contribua principalement à lui imprimer cette nouvelle direction fut Rieh. Rothe de Heidelberg, [f 1867] dans son Éthique théologique, qui au reste est plutôt une dogmatique qu'une éthique, un système méthodique de théologie fortement coloré de mysticisme. Il se proposait surtout d'opposer des principes déistes aux doctrines panthéistiques de Schleiermacher et de Hegel. Ses thèses sur le « Christianisme inconscient » et sur « l'absorption de l'Église dans l'État, » théorie déjà exposée dans ses Commencements de l'Église chrétienne, soulevèrent de tous côtés des réclamations. H. Fichte de Tubingue dans sa Théologie spéculative [1846], et Weisse de Leipzig, dans sa Dogmatique philosophique [1855-60, 2 vol.], se firent les défenseurs de ses idées, mais sans l'égaler en talent spéculatif ni en clarté d'exposition.
Les efforts de Rothe pour empêcher que l'on revînt à l'horizon étroit du seizième et du dix-septième siècle, et que le vieux système de la sainte Écriture et de son inspiration, la doctrine de saint Athanase sur la Trinité et les décrets du concile de Chaleédoine sur la « communicatio idiomatum » dans la personne du Christ, les enseignements de saint Anselme sur la satisfaction, et le dogme des effets magiques (sic) des sacrements fussent admis par les gens éclairés, furent énergiquement secondés par Baur avec la nouvelle école de Tubingue et par Schenkel de Heidelberg.
Baur, dont la tendance fut suivie par Bruno, Bauer,
(1) Beyschla-}, Souvenirs du Dr Charles Uilmaun. Gotha, 1867.