‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 237 sur 332 · KT LA THEOLOGIK LIBÉRALE · texte numérisé non relu

KT LA THEOLOGIK LIBÉRALE

Zëller , et Schwegler (1) , dénia toute authencitô aux livres canoniques du Nouveau Testament, et les relégua dans la littérature 'de la fin du premier siècle et de la première moitié du deuxième. Montrer à grands frais d'érudition et avec les arguties de la sophistique, que le Christianisme et ses dogmes ont une origine purement humaine, telle est la mission que s'est donnée ce maître à qui ses élèves (2) ont assigné le premier rang après Schleiermacher. Ce n'est point sa faute si le Christianisme n'apparaît point à tous, dépouillé de son caractère divin [f 1860]. Marchant sur les traces de Philostrate, le biographe d'Apollonius de Tyane, il ne rougit point de comparer ce magicien à Jésus-Christ (Le Christ et Apoll, de Tyane, Tubing. 1832), mais sa tentative eut aussi peu de succès que celle de son prédécesseur.

Daniel Schenkel, Suisse de naissance et élève de de Wette, se montra, dans sa première production littéraire (De l'essence du protestantisme, 1847; 2e édit. 1862), partisan de la théologie de la conciliation, et dut à ce titre et à l'appui d'Ullmann d'être appelé à l'Université de Heidelberg. L'écrit de Bunsen intitulé : Les Signes du temps et la tentative de Stahl, juriste à Berlin, pour l'établissement d'une hiérarchie qui se rapprochât de celle qui existe parmi le clergé catholique, le détachèrent du parti de la conciliation et en firent le champion du protestantisme libéral. « Entre l'oppression de ma conscience, sous le joug de l'autorité et d'un symbole obligatoire, et son affranchissement, mon choix ne saurait être douteux (3). » Il prétendit alors que ses convictions théologiques étaient toujours les mêmes, qu'il n'avait fait que changer de parti, et, pour le prouver, il fit paraître un second ouvrage : La Dogmatique chrétienne [1858-59] en deux volumes, où

(1) Bruno Bauer, Critique de l'hist. évangél. des synoptiques. Lcipz., 1841, 2 vol. Annales thôol. de Zeller. Annales contemporaines de Schwegler. Du même, Histoire du montanisme (1S41), et les Temps postérieurs aux apôtres (1846, 2 vol.).

(2) Schwarz, pour servir à l'hist. de la théologie moderne, 3" éd., p. 148 et suiv., où il est aussi fait mention des principaux écrits do Baur.

(3) Schenkel, l'Indépendance | protestante dans sa lutte actuelle contre la réaction religieuse.

af5G § 427. •— LA THÉOLOGIE CONCILIATRICE

il part de ce vague principe : «Du point de vue de la conscience » qu'il avait empruntée son antagoniste Bunsen. Plusieurs théologiens trouvèrent que son ouvrage n'était pas de tout point conforme à ce principe, mais qu'on y rencontrait des assertions dogmatiques, en opposition avec cette indépendance de la conscience qu'il patronnait, et appartenant bien plutôt à cette théologie dont il condamnait les vues étroites et asservissantes. Pour se soustraire à ce reproche, Schenkel fit paraître sous ce Titre : De l'éducation des théologiens évangéliques [1863], un troisième ouvrage dans lequel il déclare ouvertement que l'Église protestante ne veut point de prêtres, et que la communauté moderne ne comporte plus la vieille distinction de laïques et d'ecclésiastiques. Par conséquent dans l'éducation que l'on donne aux théologiens, on doit avoir en vue de faire d'eux, non point des dispensateurs de grâces, mais des prédicateurs de, l'Évangile , des instituteurs de la jeunesse, des bienfaiteurs des pauvres et de tous les nécessiteux.

La voie était dès lors ouverte à toutes les productions de la libre pensée. Schenkel pouvait faire paraître son Essai biblique sur le caractère historique de Jésus, digne de figurera côté de la Vie de Jésus par Renan qui l'avait précédé. Toutefois, bien qu'il nie clairement la divinité du Christ, il diffère de Renan et de Strauss, en ce qu'il conserve une certaine croyance au miracle.. « Ici je me sépare du docteur Strauss. Je connais un point où s'arrête » la pensée (!) mais non les rapports avec les puissances » célestes. C'est là que commence la foi ; aussi je me garde » bien de rejeter les miracles. » Mais il soumet chacun des récits miraculeux de l'histoire évangélique au jugement inexorable de sa critique. D'après lui, le changement merveilleux de l'eau en vin aux noces de Cana, signifie que Jésus, par sa présence a changé l'eau des conversations communes et triviales en vin d'un langage noble et plein de feu! La résurrection du Sauveur n'est autre à ses yeux que sa transformation en un être d'une nature supérieure et exerçant sur ses disciples une influence irrésistible. Cent dix-neuf ecclésiastiques badois, auxquels se joignit la partie croyante du clergé protestant de toute

Page 1