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ET LA THÉOLOGIE LIBÉRALE

l'Allemagne, s'élevèrent contre ces idées nouvelles, et demandèrent que Schenkel fut renvoyé d'une maison^ où l'on formait des ministres évangéliques, avec d'autant plus de raison, que lui-même, pour un motif tout à fait semblable, avait fait expulser de l'université de Heidelberg le professeur Kuno Fischer; on ne tint aucun compte de leurs réclamations. Le haut conseil ecclésiastique et le synode général de Carlsruhe déclarèrent que les idées de Schenkel pouvaient impunément se produire au sein du protestantisme. C'était avouer que le protestantisme est une porte ouverte à toutes les hérésies, aux divagations les plus étranges de l'esprit humain. Enfin la philosophie équivoque de Schenkel succomba sous les coups d'une critique « inexorable » . David Strauss, qui venait de donner une nouvelle édition de sa Vie populaire de Jésus [Leipz. 1864] dirigea contre lui le violent pamphlet « Les entiers et les demis. »

§ 428. — Le nouveau Luthéranisme et f Orthodoxie moderne.

Ces doctrines dissolvantes provoquèrent, d'abord dans la pratique, puis dans la science, une réaction. Le sentiment religieux se réveilla et sentit le besoin de se rattacher à Luther. Ce réveil ne se fit pas seulement en Allemagne, mais aussi en Hollande, en Danemark et en Suisse, ainsi qu'en Angleterre et en France.

Au milieu des grands bouleversements politiques qui troublèrent les peuples au commencement de ce siècle, Schleiermacher (1) ranima dans bien des cœurs la ferveur religieuse. Après lui, les poèmes romantiques des deux Schlégel, de Tieck et de Novalis remirent en honneur la

(1) Discours sur la religion aux gens instruits pour les fortifier contre leurs détracteurs. Berlin, 1799. Monologues, ou Présent du nouvel an pour les gens instruits. Berlin, 1800, 4° éd., 1829. Avec ces deux écrits contrastent singulièrement ses Lettres confidentielles sur Lucinde (roman de Frédéric Schlegel), qui produisirent une grande sensation et furent jugées bien diversement. Dans sa Solennité de Noël, qu'il fit ensuite paraître (1805), il manifesta de i'éloignement pour le panthéisme de Spinosa, et adopta les idées théologiques qu'il consigna plus tard dans la Doctrine de la Foi, Berlin, 1821.

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piété du moyen âge, et le souvenir des beaux exemples laissés par 'es nobles victimes des guerres de l'indépendance ranima, parmi le peuple allemand, la f- irarae presque éteinte de la religion. Les fêtes jubilaires de la Réforme, qui commencèrent en 1817, rappelèrent plus vivement encore à la foi et à la piété des ancêtres. Celui qui contribua le plus à ce réveil religieux fut le célèbre Nicolas Hanns, pasteur à Kiel [f 1855]. « La religion découlait de ses lèvres avec l'abondance et la pureté de la source qui sort du rocher. » Disciple fidèle de Luther, il publia, lors du jubilé, quatre-vingt-quinze thèses qui ne renouvelaient pas seulement la doctrine protestante sur la corruption de l'homme après la faute originelle et sur la foi comme unique moyen de salut, mais qui contenaient encore de fortes plaintes contre l'indifférence religieuse des Protestants et insistaient sur la nécessité de revenir à la doctrine de Luther. « J'écrirais sur l'ongle de mon pouce, disait-il avec une amère ironie, tous les dogmes qui sont encore généralement crus parmi nous. » La soixante-quinzième thèse mettait en garde contre l'union des Luthériens et des Réformés, imaginée par la cour de Prusse, qui établit même, en 1821, une liturgie particulière avec ud rite « neutre » pour l'Eucharistie. « On propose à l'Église luthérienne, comme à une vierge pauvre, de l'enrichir par une union coupable. Gardez-vous d'un tel acte sur la tombe où reposent les os de Luther! Il en sortirait, et, alors, malheur à vous ! »

Le plan était nettement tracé : « 11 fallait du rationalisme revenir directement à l'ancienne croyance, du désert de la philosophie libérale rentrer dans la terre promise du premier âge de la Réforme. » Ceux qui travaillèrent à la réalisation de ce plan furent, en Allemagne, Scheibel, professeur à l'université de Breslau, les pasteurs silésiens Kellner et Wehrhan, qui firent, à leurs convictions luthériennes, le sacrifice de leurs emplois, Heubner de Wittenberg, Sartorius de Kœnigsberg, et Harless, professeur à Erlangen, puis surintendant général pour la Bavière, qui exerça une grande influence sur les esprits par ses travaux sur l'éthique et l'épître aux Éphésiens, par son Encyclopédie théologique, par la fondation du journal : Pour le Proies*

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(autisme et l'Eglise, » et aussi par la haute position qu'il occupait. Ces efforts furent puissamment secondés par le journal : Pour toute la religion luthérienne, que fondèrent Guérike et Rudelbach. Ils trouvèrent également, parmi les laïques, de zélés auxiliaires, tels que le juriste Huschke et le philosophe Steffens. Par un heureux hasard, les Facultés théologiques des universités d'Erlangen, de Rostock et de Dorpat étaient alors entièrement luthériennes. Dans le Danemark, Grundtwig travaillait, dès 1825, avec une égale ardeur, à la restauration du Euthéranisme, et il avait, avec le professeur Glausen (1), une vive discussion, qui agita singulièrement les Eglises protestantes d'Allemagne.

En face de ces vieux Luthériens, qui voulaient revenir à l'orthodoxie primitive et reprendre le symbole même de Luther, s'éleva le parti des nouveaux orthodoxes qui n'étaient point opposés au rétablissement du Luthéranisme, mais qui désiraient avant tout la prédominance d'une religion et d'une théologie d'État. Comme cette théologie était subordonnée au gré des princes et aux vues politiques, les nouveaux orthodoxes devaient se soumettre à des variations continuelles. Le principal représentant de ce système religieux fut Hengstenberg. S'étant tout à coup « éveillé, » dans un conventicule à Bâle [1823], il se rendit à Berlin, et, en 1828, il devint, avec Schleiermacher et Néander, professeur officiel à la Faculté de théologie de cette ville. Le parti piétiste, qui s'y réunit autour de lui, joignit bientôt, à l'esprit intolérant de Luther, la piété mystique de Spener et acquit une grande influence auprès des plus grands personnages. Quoique Hengstenberg ne s'appuyât point sur un symbole bien défini, il se donna, dans la Gazette de l'Église évangélique, qu'il rédigeait depuis 1827, comme le champion de l'orthodoxie, et contrairement au principe du protestantisme, anathématisait toute tendance différente. D'abord il dénonça les théologiens rationalistes Wegscheider et Gésénius, de Halle, ainsi que David Schulz, de Breslau. Au reproche, qu'on lui adressait de toutes parts, d'ébranler ainsi la confiance

{l) Grundtwig, Revue mensuelle de théologie. Clausen, Du catholicisme et du protestantisme. Copenh., 1825. Jœnj, Ilist. du protetft., t. II, p. 314-356.

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