ET SOCIETES BIBLIQUES
la société des missions de Nuremberg, « l'argent de péché m jusqu'en 1852 où elles reçurent un nom et un caractère essentiellement luthériens.
A côté des sociétés des missions, se sont fondées les sociétés bibliques qui ont pour but de propager la parole de Dieu dans toutes les langues, et qui agissent de concert avec les premières. La société biblique anglaise et étrangère de Londres [1804] est le centre auquel se rattachent les ramifications qui s'étendent dans tous les pays protestants. Elles poursuivent leur but avec un grand zèle et d'immenses ressources pécuniaires. Malheureusement leurs traductions des saintes Écritures sont souvent défectueuses [depuis 1831 on a supprimé les livres deutéro-canoniques] ; la plupart des peuples païens ne sont nullement préparés à une nourriture aussi forte. De là de graves et fréquents abus, qui, trop souvent, empêchent le succès des missions. En outre, entre les missionnaires des diverses sectes existent des divergences d'opinion, divergences fatales dans une œuvre qui, avant tout, demande de l'unité et de la concorde parmi ses ministres. Pour entretenir du moins une unité apparente, les sociétés allemandes tiennent des assemblées générales d'une manière périodique [1846] dans des localités qui changent à chaque réunion.
Les missionnaires protestants obtiennent quelques succès dans les îles de la mer Pacifique, à Taïti [dep. 1797], Les mœurs douces des indigènes les prédisposent au Christianisme (1). On leur a appris à cultiver leurs champs, la première imprimerie fondée parmi eux remonte à 1817. La plupart des îles de la Société et de Sandwich, ont adopté le Christianisme méthodiste. L'Afrique, peuplée de 100 millions d'infidèles, ne compte encore qu'un petit nombre de missionnaires protestants. L'Australie en manque également, et la lutte des missionnaires protestants et des missionnaires catholiques nuit à leurs succès. Le roi des îles Sandwich, à l'instigation des sociétés bibliques anglaises, en a proscrit les catholiques. Aidé d'un petit nombre de missionnaires, l'infatigable G utzlaff, disciple de Jaenicke,
(1) V. l'Étranger, 1842, n° 316 à 328; 1843, n° Ui.
a évangélisé la Chine et a pénétré jusqu'au Japon [1803- 51]. L'Inde qui possède à Calcutta un évêque anglican [dep. 1815], avec deux suffragants à Bombay et à Madras, [dep. 1833], doit beaucoup, pour les missions protestantes, aux lords-évêques Héber, qui mourut en 1826, et Wilson, qui supprima la distinction des castes indiennes parmi les chrétiens. Néanmoins le Christianisme s'y propage lentement, quoique l'on compte, parmi les indigènes, des personnages remarquables, tels que le fameux Rammahoun- Roy. On retrouve des missionnaires protestants sur la côte méridionale de l'Afrique ; ils y prêchent avec succès parmi les nègres. Une église protestante fut aussi fondée à Alger en 1839. Dans l'Amérique du Nord, ce sont surtout les méthodistes, et les baptistes, qui s'occupent des missions avec un succès momentané. Les luthériens allemands y font également de grands progrès.
Les missions protestantes, d'après les statistiques les plus récentes, comptentSÛOO missionnaires établis sur 1580points de la terre. Toutefois, privées d'un centre d'union, divisées et subdivisées en sociétés particulières, et destituées de l'esprit d'abnégation qui caractérise le véritable prêtre (1), elles n'ont rien qui ressemble à l'organisation grandiose des missions catholiques. Le zèle pour les missions n'en est pas moins l'un des plus beaux côtés du protestantisme (2).
§. 434. Situation respective des catholiques et des protestants.
La polémique entre les catholiques et les protestants eut peu d'éclat pendant la période qui précéda et suivit la ré-
(1) La société^des missions d'Angleterre paye à ^chaque missionnaires un salaire annuel de 6,000 fr., 1,000 pour sa femme et 500 fr. pour chaque enfant mineur. D'après la gazette ecclés. de Rheinwald 1810, n° 68, on évalue à 14,000,000 francs, la dépense des missions protestantes. La société des missions catholiques, qui est seule cependant pour toute l'Église, ne dépensa, en 1839, que la neuvième partie de cette somme.
(2) Les protestants ont établi, pour la formation de leurs missionnaires, des écoles à Gosport en Angleterre (l80i),à Andover et à Princeton (1807) en Amérique, à Berkel, à Rotterdam (1810), à Baie (1806), à Edimbourg, (1820), à Calcutta (1821), à Paris (1824), à Londres (1825), à Barmen (1825), à Berlin (1829).
votution française. L'indifférence générale (1), le déisme des uns et l'athéisme des autres suspendirent les luttes religieuses. Le peuple ne comprenait plus, pour ainsi dire, les différences qui pouvaient exister entre les croyances, et les hommes instruits dédaignaient de s'inquiéter des institutions catholiques. Si l'on songeait à attaquer l'Église, c'était plutôt en partant du point de vue révolutionnaire que sous un point de vue dogmatique et confessionnel, ou encore en s'en prenant à quelque institution particulière, en butte depuis longtemps à la haine des partis, comme les Jésuites. Le vieux Planck (2), qui était resté presque étranger aux révolutions de son temps, reprochait avec raison aux protestants même les plus éclairés, de ne pas étudier le catholicisme, de n'en connaître que de véritables parodies, de s'en tenir, à son égard, à des mensonges traditionnels, de ne pas aller au fond des choses, en consultant sur le catholicisme, non ses ennc*nis, mais ses symboles, sources uniques et véritables de sa doctrine. Marheineke tenait le même langage. Ce que Planck et Marheineke disaient alors, n'est encore que trop vrai de nos jours. Constamment le catholicisme est dénaturé, faussé et altéré dans les livres religieux et les catéchismes protestants, parmi lesquels nous nous contenterons de citer le catéchisme que le Synode de Duisbourg fit publier en 1843 sur les points de doctrine qui divisent les catholiques etles protestants (3).
(1) Gengler, le catholicisme et le protestantisme, ou de l'espoir qu'ils tomberont dans l'indifférence, ( Revue trim. de Tubingue, 1832, p. 203 et suiv.). Voyez aussi les considérations sur l'indifférence, dans les Feuilles hist. polit, t. VIII, p. 751 et suiv.
(2) Planck, Esquisse d'une exposition historique et comparative des systèmes dogmatiques. 3° édit. Gœtt. 1822, p. 77-83. Brenner, ignorance et déloyauté des théologiens protestants, 2e édition, Bamb.
(3) Amour de la vérité et impartialité des manuels protestants, dans le catholique, août, 1841, supplém. Le clergé catholique de Crefeld opposa, au catéchisme de Duisbourg, un catéchisme sur les points qui divisent, etc. Créfel, 1844. Explication du catéchisme de Duisbourg par un prêtre catholique. Düsseldorf, 1844. La vérité et sa parodie, ou la doctrine calholhjue opposée à la défense du catéchisme de Duisbourg, par Gneber, Emmerich, 1845. B.altzer, le Dogme chrétien de la béatitude éternelle. May., 1844. Idem, Lettres théolog. May., 1841.
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Ainsi encore, presque toutes les facultés de théologie delà Prusse, dans leurs appréciations sur Bruno Bauer, ont été aveuglées par leur zèle évangélique jusqu'à confondre le catholicisme avec le déisme et le naturalisme (1) Le professeur Harless, d'Erlangen, l'un des coryphées du protestantisme, n'a pas rougi d'appeler, dans son journal [juillet 1843], l'Église catholique la prostituée de Babylone, et de prétendre que l'introduction du papisme à Taïti ne se faisait que par le meurtre et le libertinage. « Prions donc, ajoute-t-il, prions le Seigneur d'anéantir, d'un souffle de sa bouche, une institution qui corrompt et perd ainsi les âmes ! »
La lutte entre les protestants et les catholiques cessa, presque généralement, non-seulement durant les guerres de l'empire, et au moment où les peuples d'Allemagne se soulevèrent contre la domination française, mais encore à l'époque du congrès de Vienne, alors que toutes les nations germaniques semblaient ne tendre qu'à un même but et ne faire qu'un peuple. Cependant la manière, dont furent reçues au congrès les réclamations présentées au nom de l'Église catholique, annonçait déjà les conflits qui devaient naître plus tard; et, quoique les princes catholiques et protestants se fussent réunis pour former la confédération germanique, et que l'article 16 de l'acte fédéral garantît aux membres des deux cultes l'égalité des droits (2), les catholiques eurent à se plaindre de la conduite que l'on tint à leur égard dans plusieurs pays, et l'assemblée fédérale, à laquelle ils soumirent leurs griefs, se déclara incompétente (3) !
Le jubilé de la Réforme, célébré en 1817 avec une sorte d'ivresse, fut le signal d'une polémique pleine de fiel et de haine dirigée contre le catholicisme, du haut de la chaire,
(1) Opinion des facultés prot. de théol. de Prusse sur le licencié Bruno Bauer. Berlin, 1842. Une vive réponse à ces opinions. Zurich, 1843. Appréciations au point de vue catholique. Revue trim. de Tuhingue, 1842. Le catholique, 1844.
(2) L'art. 16 est conçu dans ces termes : « La différence de religion ne peut donner lieu à aucune différence dans la jouissance des droits civils et politiques par toute la confédération allemande. »
(3) Sur l'affaire de Kettenburg, voy. le Catholique, juin 1853. Voir aussi plus haut, p. i8i, note , les écrits « sur la parité en Prusse. »
par des prédicateurs intolérants, et dans les écrits de quelques auteurs ultraprotestants. Cette polémique finit par prendre une certaine importance historique en ce qu'elle fortifia chez les catholiques le sentiment deleurs droits politiques, et ranima leur foi et leur amour pour l'Église. La Saxe, toujours prompte à saisir les motifs de querelle entre les deux Eglises, n'a rien trouvé de mieux pour ranimer la guerre, que démettre les catholiques en suspicion (1). Les évêques d'Angleterre se sont énergiquement exprimés à ce sujet en 1826 (v. p. 90-91). Malheureusement ces hostilités se sont renouvelées avec plus d'acharnement encore dans la funeste guerre civile de 1866, au point que le conseil supérieur protestant de Bade se trou-va gravement compromis. En vain un Suisse clairvoyant, dans une circonstance solennelle, fit entendre cet avertissement aux Allemands réunis à Francfort en 1862 : «Cessez vos luttes confessionnelles, elles sont le tombeau du protestantisme, et la mort de vos tentatives d'unité. »
Mentionnons, entre autres, l'attaque déloyale et grossière que Voss (2) dirigea contre Stolberg (3), et qui provoqua de la part de l'écrivain catholique une réplique de nature, comme tout ce qui sortait d'ailleurs de sa plume, à ranimer l'ardeur des catholiques pour la défense de leur Église. La polémique religieuse portée pendant quelque temps sur le terrain des personnalités par la presse périodique qui vit facilement de scandales, après avoir cherché à ridiculiser aux yeux des masses, dans des romans (4), les nou-
(1) Tzschirner, le Protestantisme et le Catholicisme au point de vue politique. 4» edit. Leipzig, 1824. L'abbé M. Prechtl y répondit par ses Éclaircissements sur la brochure de Tzschirner. Saltzb., 1823. Remarques d'un protestant prussien sur les attaques de Tzschirner contre l'Église catholique. Offenb., 1824. D'autres éclaircissements, par Guill. de Schütz, 1827.
(2) Voss, Comme quoi Stolberg est un esclave. Sophronizon, 1819, t. III. Correspondance entre Voss et Jean Paul. Feuilles eccl. de Frib., t. XII, p. 1055.
(3) Stolberg, Réponse aux injures de M. le conseiller Voss. Hamb., 1820. Stolberg et le docteur Paulus à Heidelberg, par Fr. Geiger. Mayence, 1820. Stolberg et Sophronizon, ou la bonne foi du docteur Paulus. May. 1821. Hafert, Étais-je un suppôt de Satan lorsque j'étais catholique? Bunzlau, 1854.
(4) Dretschneider, Henri et Antonio. L'auteur d'une brochurnei -
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veaux convertis, quitta cette voie indigne et peu conforme aux habitudes graves et sérieuses du peuple allemand. Elle rentra donc dans le domaine exclusivement scientifique. C'est de ce moment que datent les discussions sur la symbolique, c'est-à-dire, l'exposition historique des divers systèmes et formules de foi. Marheineke (1) assura « qu'il n'avait été déterminé à la publication de sa Symbolique que par la profonde et lamentable ignorance, non-seulement des laïques protestants, mais même de certains théologiens et canonistes, à l'égard du catholicisme, et par la manière absurde dont on le dénature.» Malgré cette louable intention, Marheineke lui-même dénatura plusieurs points de la doctrine catholique. On peut en dire autant de Winer (2), de Guerike et de Marsh ; Planck, Kœilner, Thiersh, et Bœhmer encourent moins ce reproche. Lorsque ensuite Hase, à l'étonnement de tous, quitta cette voie, et, négligeant de recourir aux sources, renouvela, dans sa Polémique, les vieilles haines, il ne put point se plaindre des vertes réponses qu'il s'attira (3). Quant aux Catholiques, après quelques essais de moin-
titulée : « Le baron de Sandau replacé sur le terrain de la saine critique, » fait observer avec raison que de tels livres faussent le jugement de la nombreuse foule des demi-penseurs et des demi*savants pendant un demi-siècle.
(1) Planck, Esquisse d'une explication historique et comparative des systèmes dogmatiques, 3e édit. Gœtt., 1822. Marheineke, Système du catholicisme, ou Exposition comparative de la doctrine (ou symbolique), 3e part. Heidelb., 1810-14.
(2) Winer, Exposition, compar. de la doctrine des différentes communions chrétiennes. Leipz., 1824. Klausen, Constitutions et Rites du catholicisme et du protestantisme, traduit du Danois. 1823, 2 vol. Guerike, Symbolique générale du Christianisme. Leipz., 1839. Marsh, Exposit. compar. des Églises anglaise et romaine, trad. de l'Anglais. Kœilner, Symbolique des confessions chrétiennes. Hamb., 1837-44, 2 vol. Thiersh, Cours sur le catholicisme et le protestantisme. Erlang., 1816. Matthes, Symbolique compar. de toutes les confessions chrétiennes. Leipz., 1854. Baier, Symbolique des Conf. ehr., Greifow. et Leipz. 1854. Bœhmer, les Différences de doctr. entre le Cath. et l'Égl. évang. Berlin, 1857.
(3) Hase, Manuel de l'Égl. prot. contre l'Égl. rom. 2' édit. Leipz., 1865. Réponses à la « Lettre épiscopale » de Conrad, év. de Paderborn, dans le catholique, 1864. Gazette littér. génér. de Vienne, 1865. peil, les Doctrines cath. opposées aux doctr. prot. Frib., 1865.
dro importance (p. 187), ils prirent vigoureusement l'offensive avec Mœliler, dont nous avons déjà raconté les succès et l'influence si décisive pour la science et le développement du catholicisme. Le grand polémiste eut quelquefois de la peine « à ne pas abandonner le langage pacifique de la science pour parler celui de l'indignation (1). » Avec de telles dispositions dans les deux partis, la déplorable catastrophe de Cologne ne pouvait point ne pas provoquer entre catholiques et protestants, une polémique violente qui pénétra jusque dans l'intérieur des familles. Tandis que, d'une part, on renouvelait contre les catholiques les vieilles calomnies, adressées à leur Église et à leurs institutions religieuses, et qu'on leur reprochait notamment leur intolérance, les catholiques, de leur côté, accusaient le protestantisme d'avoir trop souvent fait dégénérer des discussions scientifiques en mouvements révolutionnaires, d'inspirer des lois d'oppression contre le catholicisme, comme en Danemark et en Suède (2), d'interdire aux catholiques, dans les cantons de Zurich et de Baie, l'usage de leurs cloches, tandis qu'eux mêmes l'accordaient aux Calvinistes dans le canton de Soleure. Au moment où l'on crut que le roi de Hollande allait cesser de rechercher la main de la comtesse d'Oultremont, qui était catholique, le Handekblad, un des principaux journaux du pays, oublia la tolérance dont se vantent les protestants au point de s'écrier avec un accent de triomphe (3) : « Le roi s'est vaincu lui-même ! Réjouissez- vous, Néerlandais, d'une victoire que si peu de héros ont remportée, parmi ceux dont le nom remplit le monde ! » Un fait plus odieux encore s'accomplit dans la métropole catholique de Fribourg au
(1) Mœhler, sa Symbolique, p. 188. Ses adversaires étaient Baur Nitzsch, Marheineke. Après Mœhler, le champ de la symbolique fut cultivé par Hilgers, théol. symb. Bonn., 1841. Buchmann, Symbolique populaire. May., 1843, Paris, 1845. Thomas Moore, Voyages d'un gentilhomme irlandais à la recherche de la vraie religion, traduit de l'Anglais.
(2) Emprunts curieux faits au « Faedrclandet, » par la Gazette universelle d'Augsb. 1840, n° 06. Gaz ecclés., d'Hceninghaus, 1840, n° 34. Sur la Suède, voy. cette même gaz. 1840, n"34, 37, 5Gct Sion, 1841, n° 57.
(3) Du 24 mars 1840, Gaz, eccl.'d'Hœn. 18 40, n° 35.
grand-duché de Bade. Le jour de la Fête-Dieu, le pasteur et conseiller Eisenlohr, contrairement à toute coutume existante, réunit ses paroissiens dans l'église, et annonça du haut de la chaire qu'il les avait convoqués pour les tenir éloignés de l'idolâtrie catholique. Nous ne ferons que rappeler la polémique amère dirigée contre W-. Laurent qui allait être envoyé à Hambourg comme évêque, contre la reine Victoria à propos de quelques concessions insignifiantes faites aux catholiques, et aussi à propos du rétablissement de la hiérarchie catholique en Angleterre [1850] et en Hollande [1853], contre la décision dogmatique de l'Immaculée-Conception ; celle des soi-disant collègues du président Hurter (1), les émeutes populaires de Philadelphie (2), les outrages faits au Pape et aux vrais catholiques pendant les parades du rongisme, les suppositions de symboles et de formules d'abjuration, l'oppression systématique des catholiques en Suisse, les calomnies odieuses répétées aux synodes ecclésiastiques de Berlin, Wiesbaden, Brème, Francfort, Stuttgard, etc.
Bien des choses dures et amères ont été dites et faites des deux côtés. Puisse une tenue plus digne, une conduite plus modérée prévaloir également dans les discussions scientifiqu.es et les rapports sociaux, même au milieu des luttes inévitables entre deux principes contraires I En présence des efforts tentés de toutes parts pour faire disparaître l'élément surnaturel de l'histoire et des dogmes de la religion chrétienne, ainsi que de toute religion, les protestants et les catholiques, qui ont gardé la foi, devraient s'entendre et se donner la main, pour sauver le trésor précieux des vérités révélées. Puisse aussi le jeune clergé être plus que jamais convaincu que sa mission est de démontrer la vérité, la grandeur et la force de son Église, en faisant voir que, partout où elle est libre, elle répond aux besoins du peuple et sait les satisfaire! C'est le plus sûr moyen de ramener au catholicisme les esprits qui en sont éloignés et de rétablir l'unité dans l'Église de Jésus- Ci) Le président Hurter de Schaffhouse et ses collègues. Schaffhouse, 1840.
(2) L'émeute de Philadelphie (feuilles hist., polit, t. XIII, p. 837 et suiv.).
ET DES PROTESTANTS. ü«y
Christ (1), selon la louable invitation que Stark adresse à tous dans son Festin de Tkéodule.
Cette division des croyances est loin de satisfaire tous les esprits. Le3 uns reviennent franchement au Catholicisme (2), ou du moins se nourrissent de la doctrine catholique (3). De là les suffrages nombreux que Brenner (4) et Hœninghaus (5) trouvèrent dans des pays essentiellement protestants. Une chose digne de remarque c'est la faveur avec laquelle des protestants de mérite recommandent les ouvrages catholiques aux ecclésiastiques et aux laïques comme très-propres à exciter et à entretenir l'esprit religieux. Non contents de les recommander, ils en font eux-mêmes usage. C'est ainsi qu'ils ont publié, pour leur coreligionnaires, des éditions de Thomas-à- Kempis, des voix spirituelles du moyen âge (6), des confé-
(1) D'après une notice statistique de la Gazette ecclésiastique de Vienne de l'année 1853, la chrétienté est divisée comme il suit : 194,500,000 Catholiques latins, 4,500,000 Grecs, 200,000 Arméniens, 530,000 maronites, 35,000 Syriaques (jacobites unis), 20,000 Ghaldéens ( nestoriens unis ), 15,000 Coptes, 200,000 Syro-Chaldéens (chrétiens de Saint-Thomas unis) ensemble 200,000,000 catholiques; 64,000,000 Grecs schismatiques, 3,000,000 arméniens, 1,800,000 Abyssiniens, 500,000 Syriens, 200,000 Coptes monophysites, 100,000 Syro- Chaldéens, 500,000 Chaldéens nestoriens et 5,000,000 Roskolnikes en 30 sectes, ensemble: 75,100,000 chrétiens orientaux non-cathuliques. Les protestants sont divisés en 40 grandes sectes et plus de no petites, dont 18,000,000 Luthériens, 15,000,000 Anglicans, 12,000, ooo Évangéliques unis ( Luthériens et Calvinistes), 7,000,000 Calvinistes allemands, hollandais et suisses, 6,000,000 Méthodistes, 5,000,000 Presbytériens et Baptistes calvinistes, et 12,000,000 d'autres sectes, ensemble : 80,000,000 chrétiens protestants, et, d'après des calculs plus récents, 89,000,000. Nouvelle statistique de Braumers. L'annuario pontificio de Rome. Neher, géogr. et statist. de l'Église, Ratisb. 1865 et suiv. 2 vol.
(2) Arendt (professeur privé à la fac. prot. de Bonn), Exposé des motifs de ma Conversion au catholicisme, Spire, 1832.
(3) Stark, Le festin de de Théodule ou réunion des diff. comm. chrét. Prancf. 1827. Correspondance 1828.
(4) Concessions des protestants en faveur de la vérité, Bamb.
(5) Hœnimihaus, Résultat de mes courses sur le territoire protestant, Aschaffenb. 1837.
(6) Galle, Voix spirituelles du moyen Age, Halle 1841.
rences de Massillon sur les devoirs des ecclésiastiques (1), des Pensées de Pascal (2), des sermons du franciscain Berthold, de Jean Tauler (3) , etc. Ainsi se répand de plus en plus la conviction de cette vérité, que l'Église catholique a toujours compris le Christianisme d'une manière large et grandiose, et que le Catholicisme n'est pas tel que le représentent les préjugés invétérés de ses adversaires. Louis de Beckedorf a développé cette pensée avec dignité et une grande force de persuasion (4). Déjà les esprits les plus nobles et les plus religieux que possède le Protestantisme se prennent à songer, comme l'enfant prodigue, à tous les biens dont ils auraient joui dans la maison maternelle de l'Église catholique. Ce qu'ils envient surtout, c'est le chant, les offices religieux, les usages catholiques concernant le baptême, la communion, la confirmation, le mariage, la confession en les sépultures (5). Et pendant que, dans beaucoup de lieux, on replace sans bruit des images dans les églises, et que Ton revient à l'usage de sonner 1: Angélus, s'élève çà et là une lutte ardente pour ou contre l'introduction d'offices religieux accompagnés de cérémonies liturgiques, de la confession auriculaire et du sacrement de l'Extrême-Onction.
Nous rappelons volontiers ici les œuvres sur lesquelles se sont exercés à la fois le zèle des Catholiques et celui des Protestants : la propagation du Christianisme, l'abolition de l'esclavage, le soin des malades et des pauvres par les ordres religieux catholiques et les diaconesses protestantes, le perfectionnement de l'art chrétien dans toutes ses parties. Si les Catholiques se sont montrés généreux et intelligents dans la restauration des cathédrales de Ratisbonne, de Bamberg, de Spire, de Cologne, etc., les Protestants méritent également des éloges pour les
(1) Massillon, Conférences et discours synodaux sur les principaux devoirs des prêtres.
(2) Pascal, ses Pensées.
(3) Ci-dessus, t. II, p. 591, note l;
(4) Louis de Beckedorf, quelques mots de paix et de réconciliation 3e édit. Ratisb. 1852.
(5) Gazettte ecclés. évangél. de Hengstenberg du 29 oct. 1S5G. Avec plus de développements dans l'Hist. du protest, de Jcerg, t. I
travaux qu'ils ont fait exécuter à l'église Saifite-Élisabeth de Marbourg, à celle de la Sainte-Vierge d'Esslingen et à la cathédrale de Bàle. Ajoutons que, de toutes paris, les uns et les autres ont érigé un grand nombre d'églises.