CHAPITRE III
LE CONCILE DU VATICAN, 20e ŒCUMÉNIQUE, ET SES PRE- MIÈRES CONSÉQUENCES.
Acta et décréta S. S. et œcumenici concilii Vaticani, Frib. Brisg. 1870 sq. fasc. I : acta publica quibus conc. prœparatum est; fasc. II: acta publica ipsius conc. Additum est lexicon geogr. diœceseon residentialium et abbatiarum nullius et catalogus Praelatorum eccles. cathol. Le Concile Œcuménique (Voix de Maria Laach, nouv. série), Fribourg, 1869 sq. Documenta ad illustrandum conc. Vatic. ed. Friedrich. Nord 1. 1871, 2 parties (reproduit beaucoup d'écrits des évêques opposés à la définition de l'infaillibilité) . Mgr Fessier (secrétaire du concile), Le Concile du Vatican, son histoire et ses résultats, Vienne, 1871. Lord Acton, sur l'histoire du concile du Vatican, Munich, 1871. Acta et décréta S. S. œcumenici concilii Vaticani, Rom. 1872, ex typographia Vaticana (2).
(1) Ce chapitre est nouvellement traduit de la dernière édition allemande. Quoique l'auteur y ait suivi une méthode tout « objective », en se bornant à mettre devant les yeux du lecteur la série des faits, il ne pouvait point ne pas confesser sa foi, et tout le monde admirera les accents énergiques et émus qu'il a trouvés pour condamner le schisme des vieux catholiques (§ 440). On doit considérer ces pages comme un testament, et le laborieux et consciencieux historien n'en pouvait laisser de plus beau à ses nombreux disciples que ce Credo à l'infaillibilité pontificale, clef de voûte devenue à jamais inébranlable de l'Eglise catholique. S'il paraît çà et là sur des faits secondaires émettre des appréciations contestables, le lecteur les remarquera de lui-même, sans que nous ayons besoin de renouveler nos modestes réserves. Aux sources et aux travaux sur le concile, indiqués en tête ou dans le cours de ce chapitre, nous ajouterons l'Histoire du Concile du Vatican par Mgr Manning, avec une introduction de M. Chantrel.
(N(> te du Traducteur.)
(2) La littérature sur le Concile, tant en Angleterre et en Allemagne qu'en France et en Italie, est déjà immense. Elle est indiquée avec beaucoup de soin, incomplètement toutefois, dans Friedberg, Collection des actes relatifs au 1" concile du Vatican, avec une esquisse de son histoire, Tubing. 1871.
§ 435. — Convocation du Concile.
Ce fut en 1864, après la publication du Syllabus et de l'Encyclique Quanta Cura, qu'on commença à parler de la convocation d'un concile œcuménique ; plusieurs publicistes ont mis en lumière la connexité de ces deux événements (1). L'annonce du concile fut généralement accueillie avec une joyeuse espérance ; elle excita cependant, dans quelques esprits, des inquiétudes et des craintes diverses, et ce fut le cas de plusieurs évêques français, quoique les prélats de cette nation eussent été pour beaucoup dans la prière respectueuse que l'épiscopat, réuni à Rome en 1867, adressa au Pape, pour la célébration d'un concile universel, « remède souverain dans les grands dangers de la société chrétienne » (2). Pie IX avait promis de se rendre à ce désir.
Le 29 juin 1868, en la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, parut la bulle jEterni Patris, convoquant le saint, œcuménique et universel concile, dans la basilique du Vatican, pour la fête del'Immaculée-Conception, 8 décembre 1869. Le Souverain Pontife veut et ordonne que ses vénérables frères, les patriarches, archevêques et évêques, de tous pays, et ses chers fils, les abbés et tous ceux qui ont le droit et le privilège d'assister aux conciles généraux, se rendent à Rome pour le terme marqué; faute de quoi ils se verraient frapper des peines d'usage. Il espère que Dieu, qui tient dans ses mains les cœurs des hommes, disposera de telle sorte tous les princes et chefs des peuples, surtout les catholiques, qu'ils n'empêcheront point les prélats convoqués de se rendre au Concile.
La bulle par laquelle Paul III convoqua, en 1542, le concile de Trente avait servi de modèle à celle-ci, qui est en tout semblable ; mais elle ne propose pas avec la même précision l'objet du concile.
(1) Le concile œcuménique, préface, dans les Voix de Maria Laach. nouv. série, 1™ livraison. Aussi le P. Pachtler S. J. a-t-il mis l'Encyclique et le Syllabus en tête de la collection des Actes conciliaires.
(2) Voir supra p. 149.
« Ce concile œcuménique, y est-il dit, devra examiner avec le plus grand soin et décréter tout ce qui est expédient, en ces temps très difficiles, pour la plus grande o-loire de Dieu, l'intégrité de la foi, le salut éternel des hommes, la discipline de l'un et de l'autre clergé et son instruction salutaire et solide; pour l'observance des lois ecclésiastiques, la réforme des mœurs, l'éducation chrétienne de la jeunesse, la paix commune et la concorde universelle. Il faudra travailler aussi de toutes nos forces, avec l'aide de Dieu, à ôter tout mal de l'Église et de la société civile, à ramener les errants dans le droit sentier de la vérité, de la justice et du salut, à abolir les vices et les erreurs, afin que notre auguste religion et sa doctrine salutaire acquière partout une nouvelle vigueur, qu'elle se propage et qu'elle domine toujours de plus en plus, et qu'ainsi la piété, l'honnêteté, la justice, la charité et toutes les vertus chrétiennes, se fortifient et fleurissent, au très grand avantage de la société humaine. Car nul ne pourra jamais nier que l'influence de l'Eglise catholique et de sa doctrine, outre le salut éternel qu'elle procure aux hommes, ne soit utile aussi au bien temporel des peuples et à leur prospérité véritable, à l'ordre et à la tranquillité, ainsi qu'au progrès solide des sciences humaines, comme le prouvent avec évidence, par des faits lumineux et constants, les annales de l'histoire sacrée et profane (1). »
Le 8 septembre de la même année, Pie IX publia la lettre apostolique Arcano Divinœ Providentiœ, adressée à tous les évêques des Églises durit oriental, hors de la communion du siège apostolique. Comme héritier, dit-il, du Prince des Apôtres, rocher inébranlable sur lequel le Sauveur a bâti son Église, il est animé d'un désir très ardent d'étendre ses soins à tous ceux qui, dans le monde entier, portent le nom de chrétiens, et de les recevoir tous dans les bras de sa charité paternelle. Il tourne particulièrement ses regards vers ces Églises, qui, unies autrefois au siège apostolique, brillaient si glorieusement par la sainteté et la céleste doctrine, et portaient des
(1) Litt. Ap. JE terni Patris. Voir à la fin du volume document I.
fruits abondants pour la gloire de Dieu et le sajut des âmes, et qui maintenant, par suite d'un schisme pernicieux, demeurent séparées de l'Église répandue par tout le monde. Ayant convoqué un concile œcuménique, il les conjure, exhorte et supplie, d'imiter leurs Pères des conciles de Lyon (1274) et de Florence (1439), et de venir au concile du Vatican, « afin que l'ancienne charité se renouvelle, que la paix revive, et que la nuit sombre et triste des longues divisions se retire enfin devant la sereine lumière d'une union souhaitée de tous » (1).
Dans l'isolement et la léthargie où gît depuis des siècles l'Orient schismatique, ce touchant appel ne fut point entendu; mais les peuples ne s'associèrent pas non plus à ce prêtre grec de Céos en Bithynie, qui demandait, plein d'une indignation affectée, qu'on repoussât avec mépris « la prétention papale ». Seule, la nation arménienne manifesta des dispositions favorables à l'union, et ce mouvement trouvait un point d'appui dans le patriarche arménien catholique de Constantinople ; mais la ruse et la violence réussirent à le comprimer (2).
Enfin Pie IX, dans sa lettre Jam vos ornnes du 13 septembre, adressa des paroles mémorables aux protestants, qui, confessant le même Sauveur Jésus-Christ, n'ont pas la vraie foi de Jésus-Christ, et ne suivent pas la communion de l'Église : Il vient, dit-il avec toute l'ardeur de son zèle et de sa charité, les avertir, les exhorter, les conjurer, qu'ils veuillent bien examiner sérieusement, s'ils se trouvent dans la voie du salut, tracée par le Sauveur. Cette voie est l'Église, une, sainte, catholique, apostolique, fondée sur Pierre, dans laquelle la foi chrétienne s'est conservée entière et inviolable, et la même chez toutes les nations; tandis que, dans les confessions séparées de l'Eglise, la foi paraît toujours changeante et chancelante. La cause en est dans l'absence d'une autorité divinement établie, pour instruire les hommes, principalement dans la foi et dans les mœurs, et les conduire au salut éternel ;
(1) I,ilt. Ap. Arcano Divinic Providentia. Voir document II. ?2) Cf. Vota; de Maria Laach, 1869, lTo livraison, p. 40 sqq et 3« livr. p. 31 sqq; Friedberg,p. 12.