PRÉPARATION DU CONCILE
mission dogmatique discutait le schéma sur l'infaillibilité pontificale, une correspondance française de la Civiltà Cattolica concentra sur ce seul point l'attention générale : « Le concile, annonçait-on hardiment, sera de courte durée; car c'est le désir des catholiques que les évêques adoptent les doctrines du Syllabus et l'infaillibilité du pape par acclamation. » Le Catholique de Mayence crut devoir rassurer les esprits : « Il est notoire, disait-il, que la Civiltà a été désavouée de tous côtés. A Rome, les plus hautes autorités, le général des jésuites lui-même, ont vu l'article avec peine. Ce serait une grossière confusion de prendre ces inventions de quelques écrivains pour les pensées du monde catholique(l). »
Il s'éleva alors dans les principaux pays de l'Europe (2) une vive discussion scientifique, qui mit un instant la diplomatie elle-même en mouvement. En Allemagne, les laïques les plus fidèles et les plus considérés (3) conçurent des inquiétudes, qu'ils crurent devoir soumettre, dans une adresse respectueuse, à leurs évêques réunis à Fulde. Ceux-ci publièrent au tombeau de saint Boniface une lettre pastorale pour tranquilliser les âmes et dissiper bien des craintes : « Jamais, disaient-ils, non jamais un concile œcuménique ne proclamera, il ne peut proclamer, une doctrine nouvelle, non contenue dans l'Écriture sainte ou dans la tradition apostolique. Lorsque l'Église prononce dans les choses de la foi, elle ne publie pas de nouvelles doctrines, mais elle met en lumière et défend contre des erreurs nouvelles l'antique et originelle vérité. Jamais non plus un concile œcuménique ne définira des doctrines blessant les principes de la justice, les droits des États, les vrais intérêts de la science, la liberté légitime ou la
(1) Le Catholique, 1869. t. I. p. 727.
(2) En Allemagne le signal fut donné par le mémoire : « Le Con eile et la Civiltà », publié dans la Gazette Générale d'Augsbourg, n • du 10 mars 1869, supplément. Voir Acton, 1. c. p. 18 sqq : « Attitude des hommes d'État avant l'ouverture du Concile. »
(3) Ils se trouvaient en ce moment au parlement douanier de Berlin. Leur adresse a été publiée depuis dans les feuilles historiques et politiques, tomeLXIX, livraison II, 1872 et dans la Gazette d'Augsbourg, supplément au n° du 6 juin 1872.