MODIFICAT ON DU REGLEMENT, ETC
la proposition sur l'infaillibilité ne vînt point devant le concile. On attendait encore la décision de Pie IX au moment où parut le nouveau règlement.
Comme la députation dogmatique n'avait pas terminé la révision du schéma sur le rationalisme, il y eut interruption des congrégations générales; mais on distribua le deuxième projet dogmatique, de Ecclesia Christi, divisé «m trois parties, formant 15 chapitres avec 21 canons (1). Les Pères, selon le nouveau règlement, devaient, dans le délai de dix jours (22 février au 4 mars), remettre leurs observations écrites sur la Ire partie, soit les chapitres i-x. La députation reçut 120 mémoires , dont plusieurs collectifs, portant de 4 à 29 signatures; et ce seul fait montre déjà que les Pères surent faire bon usage aussi du nouveau règlement.
On allait procéder de même pour la IIe partie, chapitres xi et xii, de la Primauté du Pontife romain, lorsque le Saint-Père, de l'avis de la congrégation d'initiative, permit la présentation du postulatum sur l'infaillibilité, auquel plus de oOO prélats avaient maintenant adhéré. En conséquence, entre les chapitres xi etxn , on inséra un chapitre nouveau : de £ inerrance du pontife romain dans les définitions sur la foi ou les mœurs. Il fut distribué le 6 mars pour être examiné ensemble avec le chapitre xi. Pour une matière si pleine de graves et difficiles questions, le délai de dix jours était manifestement insuffisant; on le prolongea de huit jours : c'était bien peu encore. Néanmoins au terme voulu, 149 notes avaient été présentées, de la part de plus de 200 Pères, plusieurs comptant dix signatures, d'autres plus de vingt. L'analyse synoptique qui en fut faite par la députation dogmatique remplissait, pour la primauté 144 pages in 4° d'impression et 242 pour l'infaillibilité. C'est du moins la preuve du soin que la députation apportait à sa tâche.
Cependant la nouvelle rédaction du schéma contre le
(1 ) La première partie, chapitres i-x, traitait de l'Eglise; la deuxième, ch. xi et xu, de la primauté du pontife romain et de son pouvoir temporel; la troisième, ch. xm-xv, des rapports de l'Eglise et de l'Etat.
§ 438. — DE LA 3e SESSION 309
rationalisme et ses conséquences se trouvant, terminée avait été distribuée le 14 mars. Un proœmium, œuvre de la députation, rattachait ce premier décret, et par lui le concile, au concile de Trente et au mouvement religieux depuis cette époque. Le chapitre premier traitait de Dieu et de la création ; le deuxième de la révélation divine; le troisième de la foi chétienne ; le quatrième et dernier des rapports de l'intelligence humaine avec la foi surnaturelle. Le tout se terminait par dix-huit canons.
La deuxième délibération sur ce projet occupa encore neuf congrégations, où l'on entendit neuf orateurs pour la discussion générale, tandis que pour celle des parties vingt et un Pères parlèrent sur le premier chapitre; vingt sur le deuxième; vingt-deux sur le troisième et douze sur le quatrième. Les amendements nouveaux, proposés au cours de ce débat, furent renvoyés à la députation, qui retoucha une seconde fois le projet, avec un tel succès que, dans la congrégation du 29 mars, le proœmium fut adopté à l'unanimité ; les votes sur les chapitres ne firent pas moins d'honneur à la députation, et finalement sur l'ensemble du projet, pas une voix ne se prononça contre. Quatre-vingttrois Pères toutefois ne l'adoptaient encore que conditionnellement (Placet juxta modum), sous la réserve de telles ou telles modifications consignées dans un écrit que l'on remettait en votant. Imprimées et distribuées aux Pères, elles furent l'objet de la part de la députation, dans la congrégation générale du 19 avril, d'un rapport détaillé qui dissipa enfin tous les doutes, et le 24 avril (dimanche de Qoasimodo), dans la troisième session publique, présidée par le Pape, la constitution dogmatique sur la foi catholique fut adoptée par les six cent soixante sept Pères présents, avec une unanimité admirable (1).
§ 438. — De la 3e session jusqu'à la suspension du concile : Discussion du schéma sur la primauté et sur l'infaillibilité pontificale', définition.
Le lendemain, 25 avril, on distribua le projet révisé sur le catéchisme commun, qui fut débattu dans les conti) Voir document XXXI«
310 jusqu'à la. suspension du concile, etc.
grégations générales du 29 et du 30 avril. Les amendements qu'on y proposa furent renvoyés à l'examen de la députation de la discipline, dont la rédaction définitive fut adoptée, dans la congrégation du 4 mai, à une forte majorité. On présenta toutefois encore bien des difficultés, dont la députation fit rapport dans la congrégation du 13 mai. Le décret ne fut point publié en session et le vote du 4 mai demeura provisoirement sans effet.
La députation de la foi, après examen des observations et des amendements que nous avons vu plus de deux cents Pères lui adresser, avait remanié la proposition sur la primauté et l'infaillibilité du pontife romain. Elle avait modifié l'économie générale du schéma primitif sur l'Église» : la première partie, De Ecclesiâ Christi in génère était reportée en arrière, tandis que la deuxième partie, sur la primauté et l'infaillibilité, prenait le titre de constitution dogmatique première sur l'Église de Jésus-Christ. Celle-ci se divisait en quatre chapitres : I de l'institution de la primauté on l'Apôtre saint Pierre; II de sa permanence dans les évêques de Rome; III de la nature et de la portée de la primauté du Pape; IV de l'infaillibilité du Pape. Lorsque le nouveau projet fut distribué aux Pères, ce fut une émotion et une agitation extraordinaire. Ceux qui s'étaient prononcés dès l'abord contre toute proposition sur l'infaillibilité, répétaient avec une vivacité croissante leurs premières objections (1); mais ils insistaient surtout sur un grief nouveau :
(1) Ces objections peuvent se résumer comme suit : 1° Les conciles se sont toujours fait une règle de ne faire aucune définition, de ne prononcer aucun anathème, que si les circonstances extérieures le rendent nécessaire. Ce principe est décisif contre la définition de l'infaillibilité pontificale, puisque en aucun temps l'autorité même doctrinale du saint siège n'avait été reconnue avec autant d'amour qu'aujourd'hui : témoins les affaires de Hermès, de Günther, d'Ubaghs, de Frohschammer, etc. De résistances, comme on en vit au temps du jansénisme, il n'y a pas trace. Le Gallicanisme semble mort, mais l'exaltation de l'autorité pontificale par la définition proposée le ranimerait; elle augmenterai;, l'aversion des Orientaux, dont la réunion deviendrait infiniment plus difficile, et éloignerait à jamais les protestants, comme on dit que déjà la lettre pastorale de l'archevêque de Westminster sur l'infaillibilité a décida plusieurs anglicans convertis à retourner à J'ApgUçaniswe.
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par cette inversion de Tordre des propositions, les points en question ne venaient plus, disaient-ils, à leur place véritable clans la suite naturelle de la doctrine; ils trouvaient peu logique, en traitant de l'Eglise, de commencer par la primauté et l'infaillibilité, la primauté n'étant que le couronnement et l'achèvement de ce sublime édifice. Ces représentations demeurèrent sans effet ; on crut devoir se rendre au désir de la majorité des Pères.
La discussion générale sur le nouveau schéma commença
2° La doctrine de l'infaillibilité pontificale ne semble pas suffisamment fondée sur l'Écriture ou la tradition. Les textes cités ne prouvent que la primauté de l'évêque de Rome ou la nécessité d'être en communion avec lui, non son infaillibilité. D'ailleurs beaucoup de citations des Pères ou des conciles sont très inexactes, plusieurs absolument fausses. On ne peut donc pas espérer pour cette proposition l'accord moral, nécessaire pour la définition des vérités de foi, accord que Pie IV voulait unanime.
3° On prétendait aussi que de fait quelques papes étaient tombés dans l'hérésie, ce qu'en droit Innocent III et Innoncent IV regardaient comme possible.
4° Si le Papev selon la définition projetée, est infaillible par luimême, sans le consentement des évêques, il semble que les conciles deviennent inutiles.
5° Cette définition rendrait plus fâcheuse la position de l'Eglise vis-à-vis des puissances temporelles; la charge épiscopale et la défense des droits ecclésiastiques deviendraient extrêmement difficiles. Les gouvernements verraient, par exemple, dans les bulles Unam sanetam, et Ex apcstol. nost. officio de Boniface VIII et de Paul IV, maintenant déclarées infaillibles, une menace perpétuelle contre les droits des princes, et ils regarderaient comme un devoir de résister à l'Eglise catholique. Les évêques orientaux suppliaient le Pape de ne pas aggraver encore le fardeau déjà bien lourd de leurs fonctions; ceux d'Italie, de ne pas fournir, sans aucune nécessité, de nouvelles armes aux ennemis de l'Eglise. — Cette glorification du saint siège aurait aussi pour effet que les fautes, aujourd'hui oubliées, de quelques Papes seraient de nouveau mises en lumière et odieusement exploitées.
6° La définition proposée aurait des inconvénients particuliers pour les catholiques anglais, dont la loyauté pourrait sembler compromise; en elfet, à la veille de l'acte d'émancipation, le parlement avait publiquement demandé aux évêques et aux théologiens s'ils croyaient, eux et leurs ouailles, que le Pape peut faire des définitions dogmatiques sans le consentement exprès ou tacite de l'Eglise; les évoques et les théologiens avaient répondu unanimement que la doctrine de l'infaillibilité pontificale n'appartient point à la foi de l'Eglise catholique.
312 jusqu'à la suspedsion du concile, etc.
le 14 mai ; elle continua jusqu'au 3 juin, durant 14 congrégations, où soixante-quatre prélats exposèrent des vues très divergentes, surtout sur les chapitres in et iv. Comme on entendait la fin beaucoup de répétitions et que la matière semblait épuisée, quoiqu'il y eût encore quarante orateurs inscrits, la clôture de la discussion générale fut demandée par plus de cent Pères. Quatre-vingt-un prélats (1) se levèrent contre cette proposition, mais la grande majorité fut favorable et les cardinaux présidents déclarèrent la clôture, d'autant plus que bien des orateurs étaient entrés déjà dans la discussion des parties, surtout des chapitres ni et iv, et avaient dû être rappelés à la question.
La discussion spéciale commença le 6 juin par le proœmium, sur lequel sept orateurs étaient inscrits. Le lendemain trois Pères parlèrent sur le premier chapitre et cinq sur le deuxième ; avec le chapitre troisième, sur la nature et la portée de la primauté, la délibération devint plus vive et plus passionnée; on en vint à de bruyantes manifestations contre certains orateurs, comme il était arrivé déjà lorsque l'évêque Strossmayer avait voulu critiquer le règlement. L'examen de ce chapitre dura du 9 au 14 juin ; trente-deux Pères y avaient pris part, proposant soixante douze amendements. De même que les amendements sur les chapitres précédents et sur le proœmium, ceux-ci furent renvoyés à l'examen de la députation, pour qu'elle réformât s'il y avait lieu, le projet. De fait, dans le rapport qu'elle en fit dans la congrégation du G juillet, elle adopta plusieurs de ces amendements, entre autres celui-ci que « les évêques sont établis par l'Esprit-Saint, à la place des Apôtres et comme leurs successeurs ».
L'examen du chapitre quatrième, sur l'infaillibilité du pontife romain, dura du 15 juin au 4 juillet; on entendit cinquante-sept prélats, dont 6 cardinaux et deux patriarches. Les cardinaux Rauscher et Matthieu ouvrirent le débat par de sérieuses objections contre la définition; mais la délibération prit bientôt un caractère d'irritation et de vivacité extrême : les orateurs de la minorité furent plusieurs fois
(1) Voir leur protestation avec 81 signatures dans Friedrich, Documenta, II8 part. p. 397 sq.
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interrompus par des cris d'improbation et d'impatience, rappelés à l'ordre, réduits au silence. Du reste, sans parler des anciens conciles œcuméniques, on avait vu la même chose à Trente. Quatre-vingt-seize amendements avaient été proposés et renvoyés à la députation dogmatique ; celleci modifia en effet le schéma en nombre d'endroits, à commencer par le titre, où l'expression de magistère infaillible remplaça celle d'infaillibilité; beaucoup de ces amendements furent adoptés à une grande majorité dans la congrégation du 11 juillet, et la députation, qui continuait à déployer une activité merveilleuse, ayant fait imprimer aussitôt les chapitres ni et iv amendés, on put procéder dès le 13 au vote nominal sur l'ensemble de la première constitution sur l'Eglise. Sur 601 Pères présents, 88 la rejetèrent, tandis que 451 l'adoptèrent absolument et 62 conditionnellement. Les observations écrites des soixante-deux furent encore adressées à la députation, chargée de les examiner promptement; elle présenta son rapport à la congrégation du 16 juillet, qui adopta, à une grande majorité, deux nouvelles modifications proposées par la députation, ainsi qu'une addition inattendue à la formule de l'infaillibilité : Ideoque romani pontifias definitiones ex sese non autem ex consensu Ecclesix, irre formabiles esse (1). A la fin de la môme congrégation les cardinaux présidents firent , distribuer une protestation en langue latine contre deux brochures françaises : Ce qui se passe au concile, et La dernière heure du concile, qui se prononçaient avec une grande amertume et une hostilité marquée contre les actes récents de la majorité conciliaire.
Cependant les évêques de la minorité venaient de faire
(l) La formule de l'infaillibilité fut fixée comme suit : « Sacro approbante concilio docemus et divinitus revelatum dogma esse definimus : Romauum pontificem, cum ex cathedra loquitur, id est, cum omnium christianorum pastoris et doctoris munere fungens, pro suprema sua apostolica auctoritate doctrinam de lide vel moribus ab universa Ecclesia tenendam définit, per assistentiam divinam, ipsi in Bcato Petro promissani, ea infaillibilitate pollere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam in definienda doctrïna de fiele vel moribus instructain esse voluit; ideoque ejusmodi romani pontificis definitiones ex sese, non autem ex consensu Ecclcsiu), irreformabiles esse. »