GUERRE FRANCO-ALLEMANDE ET INVASION DE ROME
anciennes, et calmant l'émotion présente (carie Seigneur n'est pas dans le trouble et son esprit est un souffle paisible (III Reg. xxix, 11, 12), ils adhéreront au décret d'une si grande majorité, et unis à celui qui les aime tendrement, ils combattront avec force et courage le combat de la vérité. Cette souveraine autorité du pontife romain n'opprime pas, mais soutient ; elle ne détruit pas, mais elle édifie ; elle confirme les droits des frères, c'est-à-dire des évêques, et elle unit dans la charité (1). »
Aussitôt après cette session à jamais mémorable, les chaleurs cette année-là extrêmes et la guerre franco-allemande, qui menaçait par contre-coup Rome elle-même, dispersèrent la majeure partie des Pères, et il en resta deux cents à peine. Les grands travaux ne devaient reprendre qu'à la Saint-Martin ; comme, dans l'intervalle, la députation delà discipline devait continuer activement ses études et qu'elle se trouvait privée d'une partie de ses membres, on tint le 13 août une congrégation générale, pour élire dix membres suppléants (2). On y distribua aussi les projets revisés sur la vacance, du siège êpiscopal et sur la vie et les devoirs des clercs (3) et les Pères avaient reçu peu auparavant un schéma sur les missions apostoliques, sur lequel ils devaient remettre leurs observations pour le 20 août. Mais bientôt Rome se vit envahie, et le Pape, par la bulle Postquam Dei munere (4) du 20 octobre, suspendit le Concile jusqu'à des temps meilleurs.
§ 439. — Guerre franco-allemande et invasion de Rome.
Le jour de la proclamation de l'infaillibilité pontificale (18 juillet) fut aussi celui de l'imprudente provocation que la France adressa à la Prusse et qui amena une lutte gigantesque, des catastrophes épouvantables et des résultats inattendus : les armées françaises anéanties l'une
(1) Voir ibid, in fine.
(2) Voir document XI.
(3) Voir supra p.
(4) Voir document XV.
après l'autre, l'empereur Napoléon III prisonnier et déchu du trône, la France diminuée, réduite à une impuissance momentanée, tombant de la guerre étrangère dans une guerre civile la plus sauvage qu'on eût vue depuis longtemps. L'Italie profita d'une conjoncture si favorable pour l'exécution de ses invariables desseins.
L'expédition garibaldienne de 1867 avait abouti à la défaite de Mentana (3 novembre). Cette agression, secrètement encouragée par le gouvernement de Florence au mépris de la convention du 15 'septembre avec la France (1), avait même eu pour résultat de ramener une garnison française à Rome. Elle fut retirée dans les premiers jours d'août 1870, et lorsqu'il fut évident que la France, vaincue coup sur coup, n'était plus à craindre, l'armée italienne marcha sur Rome. Elle l'attaqua le 20 septembre. La petite armée pontificale combattit vaillamment, mais la lutte était par trop inégale, et dès que l'artillerie eut fait brèche, et que l'honneur de ses défenseurs fut sauf, Pie IX fit cesser la résistance et l'effusion du sang. Aucune puissance ne put ou ne voulut secourir le Saint Père, qui depuis ce jour se considère comme prisonnier dans le Vatican, et qui ne jouit du moins pas de l'indépendance voulue pour le libre exercice de sa haute et universelle mission. Il est menacé en outre à l'heure qu'il est, par la suppression des couvents, de perdre ses auxiliaires nécessaires dans le gouvernement de l'Eglise, les religieux constituant en grande partie les congrégations romaines. Les lois de garantie que lui ont offertes le parlement et le gouvernement italiens ne peuvent lui inspirer grande confiance, d'autant plus qu'elles paraissent peu exécutables devant la révolution déchaînée, tant qu'elles n'auront pas l'appui d'une intervention au moins morale des puissances étrangères.
§ MO. — Conséquences du concile : adhésion unanime de Vépiscopat; tentatives schismatigues, surtout en Allemagne.
A ne considérer que les conséquences les plus prochaines du concile, les craintes des évoques de la minorité
(1) Voir supra § 412.