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ADHÉSION UNANIME DE L EPISCOPAT, ETC

ne furent que trop justifiées par l'événement. Ils trouvèrent à leur retour une vive émotion dans le clergé comme chez les laïques, la défiance, et bientôt l'hostilité et la résistance des gouvernements, qui commencèrent d'activés négociations entre eux et avec la cour romaine (1).

Tous ces évêques, sans nulle exception, donnèrent au monde l'exemple de cette fidélité inaltérable qu'ils avaient promise à Pie IX, en adhérant à la plus haute autorité de l'Église, le concile œcuménique, et au dogme proclamé par lui avec l'assistance du Saint-Esprit. Ils ne faisaient que ce qu'avaient fait autrefois un grand nombre d'évêques après de longues résistances au 5e concile œcuménique, ce que le cardinal de Lorraine, ce théologien si libre, avait d'avance promis de faire en pareille circonstance. Les doutes sur l'opportunité de la définition, qui avaient été pour la plupart d'entre eux, même pour l'évêque d'Orléans, la vraie cause d'opposition, s'étaient eux-mêmes évanouis, depuis qu'une autorité souveraine s'était prononcée pour l'affirmative.

Plus que partout ailleurs le trouble fut grand en Allemagne, où le célèbre professeur Dollinger publia une série d'écrits hostiles au concile. En octobre 1869 avaient paru les Considérations pour les évêques du concile sur la question de l 'infaillibilité pontificale ; en mars 1870, Y Examen du nouveau règlement conciliaire ; enfin le 28 mars 1871, clans un écrit adressé à l'archevêque de Munich, il déclara « qu'il ne pouvait point accepter comme chrétien l'infaillibilité papale, point comme théologien, point comme historien, point comme citoyen ». La parole de celui qui avait été le plus zélé et le plus influent apologiste de l'Église catholique, provoqua dans tout le pays une agitation extraordinaire (2), et de nombreuses adresses d'approbation et d'adhésion.

(1) Les nombreuses pièces [diplomatiques sont dans Friedberg p. 521-569.

(2) L'agitation fut entretenue par les lettres sur le concile publiées dans la Gazette générale d' Augsbourg et dans une feuille hebdomadaire, fondée tout exprès à Cologne en 1869, le Mercure du Rhin, remplacé depuis juillet 1872 par le Mercure allemand de Munich. Ces Lettres de la Gazette d'Augsbourg, où l'on ne saurait méconnaître la collaboration directe ou indirecte du professeur Dollinger, ont été

Ce fut au milieu de cette vive polémique que les évoques allemands, en signe de fidèle soumission, publièrent les décrets du Vatican, par des lettres (1) isolées ou collectives, la première de celles-ci, datée de Fulda (août 1870), s'adressant au clergé et aux laïques, la seconde, d'Eichstadt (mai 1871), au clergé spécialement; plusieurs prélats firent paraître aussi de volumineuses brochures (2) pour l'explication et la défense de ces décrets. Leurs déclarations, comme celles de beaucoup d'autres écrivains, au sujet du dogme tant et si diversement défiguré de l'infaillibilité, peuvent en général se résumer comme suit : l'infaillibilité pontificale ne signifie point Yimpeccabilité, non plus que l'infaillibilité de l'homme ou du doctenr privé; elle ne suppose pas l'inspiration de l'Esprit-Saint qu'ont eue les prophètes et les apôtres, mais seulement l'assistance divine pour la proclamation de la doctrine révélée, dans l'acte public où le pape exerce son office de docteur de l'Église universelle, et définit la doctrine que tous doivent croire {doctrinam ab omnibus tenendam de/înierit). En outre cette infaillibilité n'a pour objet que les vérités de la foi ou des mœurs contenues dans la Bible et la tradition. Enfin cette infaillibilité ne doit point se concevoir comme distincte de l'infaillibilité, de tout temps reconnue, de l'Église enseignante ou comme modifiant celle-ci : elle est cette même infaillibilité, qui réside dans le chef uni aux membres et dans les membres unis au chef; mais le

refondues et publiées en volumes : Le Pape et le concile, par Janus, Lcips. 1869; Quirinus, Lettres romaines sur le concile, Munich, 1870. Mgr Ketleler les a réfutées dans les Faussetés des lettres romaines sur le concile, parues dans la Gazette d'Augsbourt/, Mayence, 1870, ainsi que le docteur Hergenrother, Antijanus, critique historique et apologétique de Janus, Frib. 1870; Église catholique et État chrétien, Frib. 1872.

(1) Voir le concile œcuménique dans les Voix de Maria Laach' 12° livr. p. 8 sqq.

(2) Fessier, La vraie et la fausse infaillibilité des papes, Vienne, 1871 . Von Ketleler, le Magistère infaillible des papes selon la définition du concile du Vatican, Mayence, 1871. Martin, Le vrai sens de la définition du Vatican sur le Magistère infaillible des papes, Paderborn, 1871,

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Magistère infaillible s'exerce validement et définitivement par le chef, l'évêque de Rome, comme aussi celui-ci a toujours approuvé les décrets des conciles œcuméniques. Si donc le pape publie ex cathedra une définition, l'appel au futur concile œcuménique ou à l'Église dispersée est illégitime.

L'argument qui fit le plus d'impression sur les âmes, ce fut celui de la nécessité de maintenir l'unité de l'Église et des suites funestes de tout ce qui la détruit ou la blesse. Puisse-t-on entendre retentir toujours cette parole, aussi vraie que belle et consolante, de la lettre pastorale du 16 juin 1871 : « Nous devons, à ce jubilé de notre saint père Pie IX, renouveler l'énergique résolution de ne jamais nous séparer du centre de l'unité, de ne jamais chercher d'autre point d'appui que le rocher de Pierre, profondément convaincus qu'aucun mal que l'on trouve ou croit trouver dans l'Église et que l'on voudrait fuir en se séparant d'elle, n'est si grand que le mal de la séparation même. »

Nous ne pouvons parler de ces événements dont les conséquences seront si graves sans une profonde émotion, et il nous en coûte d'avoir à constater les faits qui suivent, tristes résultats de pareilles exhortations méprisées. Des prêtres catholiques comme Dollinger et Friedrich à Munich, Reusch, Langen, Knoodt à Bonn, Reinkens à Breslau, Michelis à Braunsberg, le professeur laïque Schulte de Prague, autrefois fidèlement dévoués à l'Église catholique, qui défendaient sa doctrine avec joie et grand succès, qui trouvaient dans ses institutions, surtout dans le saint sacrifice quotidien, force et consolation, se sont laissé séparer d'elle par l'excommunication (1). Depuis cette séparation, ils ont paru souvent avoir perdu toute fermeté dans la doctrine, en sorte que sur beaucoup de points ils soutiennent maintenant le contraire de ce qu'ils ont enseigné autrefois avec le plus d'allégresse (ce qu'on ne manque pas aussi de leur rappeler fréquemment, avec dureté et sans égards pour leurs grands services). Ceux qui

(l) Voir leurs négociations à ce sujet avec leurs évêques respectifs dans Friedberg, p. 57 sqq, 688 sqq.

passaient pour des modèles d'honneur chrétien et de fidélité dans le commerce de l'amitié, abusent aujourd'hui de la manière la plus honteuse des confidences "et des communications de l'intimité (1) ; d'autres vilipendent, sur le pied de vulgaires cancaniers, les personnes les plus estimées et jusqu'aux plus hauts dignitaires de l'Église, et telle est leur odieuse intolérance qu'ils prononcent condamnation contre toute manière de voir ou d'agir qui s'éloigne de leurs opinions ou de leur conduite, semblant s'attribuer à eux-mêmes cette infaillibilité qu'ils dénient au pape (2). Eux qui exaltaient la liberté et l'indépendance de l'Église, ils appellent aujourd'hui l'immixtion de l'État et de sa police et veulent rendre l'Église catholique suspecte à tous les gouvernements.

On est embarrassé du nom qu'il faut leur donner; l'expression de Vieux Catholiques est passée en usage ; on les a appelés aussi Néo-Protestants, mais comme leur opposition s'est bornée jusqu'ici au pape, sans toucher à d'autres doctrines ou institutions catholiques, il semble que le nom de Néo-Jansénistes conviendrait mieux. Aussi dès la naissance de leur secte se sont-ils souvenus du petit nombre de Jansénistes qui végètent encore en Hollande; ils ont invité leurs évêques à la réunion de Munich, et l'archevêque Loos d'Utrecht a été appelé, en juillet 1872, pour donner la Confirmation dans les rares paroisses qui ont été formées en Bavière ; il y a conféré le sacrement à environ 400 enfants. Outre ceux que nous avons nommés déjà, les prêtres qui ont fait défection, en Bavière, dans la province du Bas-Rhin, en Autriche, en Silésie et dans la Prusse orientale, sont en petit nombre, et les laïques qui les ont suivis ne montrent pas de bien grands besoins religieux et n'apportent rien de particulièrement édifiant aux assemblées de leur culte; ils ne tarderont pas sans doute à trouver gênante cette assistance aux offices, à laquelle la bienséance les oblige, eux qui depuis nombre d'années

(1) Cf. Thiel, Mes explications avec les chrétiens janistes, Leips.

(2) C'est dans le Mercure du Rhin que cette outrecuidance a été extrême.

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ne fréquentaient plus l'église. Nous savons toutefois qu'il y a parmi eux des âmes plus nobles et plus sincères.

Beaucoup plus redoutable que leur propagande populaire paraît être l'action du professeur et conseiller consistorial Schulte, qui ne cesse d'exciter les pouvoirs, comme s'ils étaient menacés, grâce au dogme de l'infaillibilité, de voir reparaître l'influence politique des papes sur les princes et les États, telle qu'elle a été au moyen-âge; il a été cependant déclaré assez souvent, par les évêques et par le pape lui-même, que les définitions ex cathedra n'ont pour objet que la doctrine de la foi ou des mœurs; d'où il suit que l'action politique des papes au moyen-âge ne se basait nullement sur la croyance à leur infaillibilité, mais bien plutôt sur la constitution politique elle-même de l'Europe chrétienne, sur les conventions des princes et des peuples avec l'Église. Et de fait Pie IX, surtout à l'occasion de la guerre franco -allemande, n'a adressé à la France et au roi Guillaume de Prusse que des paroles d'affection paternelle, pleines de charité et d'humanité; et l'archevêque de Tours, chargé de les transmettre à la France, pouvait dire : « Le Saint Père ne se plaint pas de ce que l'on a cessé de recourir à son arbitrage. Il ne prend que la liberté de gémir sur nos malheurs et le droit d'intercéder pour la vie de ses fils (1). » Plus d'une fois le Pape a publiquement protesté contre ces craintes chimériques : « La papauté, a-t-il dit expressément, ne rêve point la résurrection dosa puissance arbitrale du moyen âge. » Dans l'audience puque du 20 juillet 1871, il se plaint de nouveau de ce que l'on cherche à fausser la notion de l'infaillibilité pontificale, comme si elle impliquait le droit de détrôner les princes et de délier les peuples du serment de fidélité. « Il est vrai, dit-il, que ce droit a été quelquefois, dans des nécessités extrêmes, exercé par les papes; mais il n'a rien de commun avec l'infaillibilité. Il était une conséquence du droit public d'alors et d'une entente des nations chrétiennes, qui reconnaissaient dans le pape un juge souverain, ayant à prononcer, même dans les affaires temporelles, entre les rois et les peuples. Mais les circonstances

(l) Cf. Fessier, La vraie et la fausse infaillibilité, p. 91.

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sont aujourd'hui tout autres, et il faut de la mauvaise foi pour confondre des époques si différentes et des questions qui n'ont rien de commun. Plusieurs désirent que j'explique encore plus précisément la définition du concile ; mais elle est assez claire par elle-même et n'a pas besoin d'autre commentaire. Quiconque lira le décret avec un esprit sincère, en comprendra clairement le sens (1). »

Contrairement à l'attente de plusieurs, le pays du gallicanisme, qui avait écrit sur son drapeau : point de nouvelle exaltation de la puissance papale, pas trop de centralisation dans l'Eglise, la France, ne se trouva pas un terrain aussi favorable que l'Allemagne pour cette agitation, qui n'a pu y jeter de racines. Mgr Dupanloup l'avait prévu et prédit dès son départ pour le concile, mais il s'était trompé en pensant que Rome ellemême empêcherait la définition redoutée (2).

Pour en dissuader le concile, Mgr Dupanloup et plusieurs autres évêques français avaient mis en œuvre toutes les ressources de leur parole et de leur plume (3). Le savant Mgr, Maret, évêque de Sura in p. inf. organe de son archevêque, Mgr Darboy, fit paraître son grand ouvrage sur le Concile général et la paix religieuse, conçu dans un sens décidément gallican. Les lettres échangées entre l'évêque d'Orléans et Mgr Dechamps, archevêque de Malines, décidèrent l'éminent P. Gratry à publier, à son tour, quatre lettres historico-dogmatiques contre l'infaillibilité pontificale, et l'illustre comte de Montalembert, dans les derniers jours de sa vie, si remplie de travaux et de combats pour l'Eglise, déplorait avec amertume de voir « le clergé français tombé

(1) Feuitle pastorßle de l'archidiocèse de Munich du 27 juillet 1871. Nous constatons la déclaration suivante de Schulte luwnèrne: « Si le pape donnait ex cathedra une pareille explication, l'État n'aurait plus qu'à se tenir pour satisfait, et les doctrines anciennes sur ce point ne devraient plus le préoccuper. » (Le Pouvoir des papes sur les princes, les peuples, les individus, Prague, 1871, p. 73.)

(2) Voici supra p. 299. Cf. Aclon. p. 4<3. (8) Voir Friedberg, p. 19 sq.

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