‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 264 sur 332 · ADHÉSION INANIME DE L'ÉPISCOPAT, ETC · texte numérisé non relu

ADHÉSION INANIME DE L'ÉPISCOPAT, ETC

dans un romanisme exclusif » (1). Mais, l'infaillibilité proclamée, Mgr Darboy et Mgr Maret, comme aussi peu de temps avant sa mort le P. Gratry, se soumirent au concile; et Mgr Dupanloup, dans la lettre à son clergé, du 29 juin 1872, où il y adhère officiellement, en publiant les décrets, déclare que s'il a soutenu l'inopportunité d'une définition, il n'a jamais cessé d'admettre la doctrine de l'infaillibilité. Il y signale en outre les erreurs du panthéisme et de l'athéisme, condamnées par le concile, comme la honte de notre temps et comme le plus redoutable péril de l'avenir.

Le célèbre P. Hyacinthe n'imita pas ces exemples et ne montra pas le même attachement à l'Eglise; mais, dès avant le concile, apostat de l'état religieux, il avait perdu toute influence dans l'Eglise de France; il se rendit en Italie en passant par Munich, pour essayer de promouvoir la révolution religieuse dans Rome même, devenue capitale du royaume d'Italie. L'abbé Michaud, ex-vicaire de la Madeleine, essaya de le remplacer à Paris, mais son éloquence verbeuse et la divulgation d'anciennes confidences épiscopales n'eurent pas d'écho. Il en faut dire autant de l'abbé Junqua, qui obtint à Bordeaux le succès que méritaient sa conduite et son caractère.

En Italie, le comte Joseph Ricciardi essaya de susciter une agitation pareille, en proposant de tenir, pendant le Concile du Vatican, un Contre-concile. La Société des Libres-penseurs de Milan le convoqua et il se réunit en effet à Naples. Mais il réussit, dès le début de ses travaux, a tellement se déconsidérer qu'il dut se séparer après trois jours (9, 10 et 16 décembre 1869), sans résultat comme sans gloire (2). A Rome les discours du P. Hyacinthe et del'excapucin Fra Andrea d'Altagena et leur action par la presse produisirent peu d'effet. De même qu'en Allemagne, ils ont fait alliance avec les Jansénistes hollandais, en Italie, les adversaires du Concile se sont rapprochés des Yaudois du

(i) Il mourut avant la définition, 4e l'infaillibilité pontificales mais il avait déclaré qu'il se soumettrait sab s hésiter aux décision; du concile. {Note du traducteur.) ^

(2) Cf. Friedberg, p. 21 ,. .

§ 441. — conclusion. 325

Piémont. On vit même à Rome, entre des théologiens orthodoxes d'une part et des vieux catholiques et des Vaudois de l'autre une discussion publique, dans laquelle, comme c'est la coutume, on s'attribua des deux côtés la victoire.

Fasse le Seigneur que l'on puisse, dans un temps prochain, reprendre et mener à bonne fin le concile du Vatican, pour dissiper les nombreux malentendus et éclaircir les grandes questions qui restent à résoudre (1) ! Puisse-ton alors, comme au concile de Trente, laisser aux Pères une part plus large dans la fixation des matières et du règlement conciliaire! Puissent aussi toujours lésé vêques s'attacher aussi fermement au centre de l'unité, et, étroitement unis au père de tous les chrétiens, combattre ensemble contre les nombreux dangers qui menacent l'Église, et en triompher !

§ -441. — Conclusion.

Nous terminons ici l'esquisse, aussi fidèle que possible, de l'histoire de l'Église catholique dans sa fondation, dans les principales phases de son développement, de sa propagation, de ses épreuves, dans ses souffrances et ses victoires, dans ses doctrines immuables et ses luttes contre l'hérésie toujours changeante. Nous l'avons vue figurée dans l'ancienne alliance, fondée par Jésus-Christ, fécondée par le sang des martyrs, obscure d'abord, et cachée dans les catacombes ; puis, comme le grain de sénevé, devenant un grand arbre, et abritant le monde sous ses puissants rameaux, victorieuse des idoles et des empereurs de Rome, institutrice des hordes barbares, reine et maîtresse des nations soumises au sceptre spirituel de Pierre, protectrice des arts, de la science et de la vraie liberté, toujours en lutte contre l'erreur, la superstition et l'incrédulité, toujours inébranlable et triomphante, trahie par ses propres enfants et sans cesse consolée par de nombreuses conversions, persécutée et jamais abattue, fondant, organisant 3t conservant des institutions, des œuvres et des sociétés fti'une solidité inconnue au monde, élevée au-dessus des

(1) Voir document XVI, tableau des postulala présentés par lea Pères au Concile du Vatican, et document XVII, extrait du postuflatum des évêques français.

choses temporelles, et pourtant se mêlant intimement à la vie de l'humanité, supérieure aux révolutions sociales et politiques, qu'elle est appelée à comprimer, fidèle à sa mission d'instruire les peuples, et de convertir les nations idolâtres. En un mot, nous avons retracé l'histoire de Jésus-Christ et de l'Église catholique, qui repose sur le Fils de Dieu et le successeur de saint Pierre, son vicaire.

Tout ce qui, depuis l'origine des temps, a préparé et figuré l'œuvre de la rédemption, s'est réalisé et accompli par la fondation de l'Église, dont Jésus-Christ est le centre, et qui, par cela même, a été, et sera toujours le centre de l'histoire politique du monde. Avec l'Église ont commencé les temps nouveaux. C'est dans l'Église de Jésus-Christ que les peuples ont trouvé la liberté, la paix et l'ordre. Qu'ils s'élèvent ou s'abaissent,. l'Église ne les abandonne jamais ; elle assiste à leurs luttes, à leurs chutes, et à leur régénération. Médiatrice entre le ciel et la terre, elle glorifie Dieu dans l'humanité qu'elle prépare, au milieu de combats et d'épreuves continuelles, à son éternel avenir. Elle marche à la tête des peuples, les appelle à la lumière de l'Évangile, les unit sous la bannière de la croix, et elle subsistera jusqu'à la fin, glorieuse, une, sainte, apostolique et universelle, parce qu'elle a été fondée par la vertu de Dieu, parce qu'elle subsiste depuis les apôtres dans l'amour de Dieu, et qu'elle sanctifie le monde par l'esprit de Dieu. Les magnifiques fêtes célébrées à Rome et dans toute la chrétienté [le 29 juin 1867], à l'occasion du dix-huitième centenaire de la mort de saint Pierre, ainsi que les décisions dogmatiques du concile du Vatican, ont encore accru et fortifié cette croyance dans les cœurs.

Et tel est l'avenir des peuples, dont partout éclatent déjà les signes précurseurs. Après de longs et tristes égarements, ils reporteront, pleins de regrets et de désirs, leurs regards vers la croix victorieuse ; ils chercheront et trouveront le remède aux maux de la société, aux perturbations politiques, dans l'Église du Christ, qui a, de tout temps, avec une maternelle tendresse, guéri toutes les blessures, soulagé toutes les souffrances avec le baume qui découle de la croix et la vertu divine que recèle la parole apostolique. Un temps viendra où, comme aux jours ter-

ribles de l'invasion des barbares, la croix de Jésus-Christ redeviendra la bannière des combats et l'étendard de la paix, l'Église catholique, la libératrice des peuples, la consolatrice du genre humain. Déjà l'Angleterre et l'Amérique voient leurs enfants égarés rentrer en foule dans le giron de l'Eglise, et l'étoile du salut commence à luire sur les peuples de l'Islam, dont la mission dans l'histoire semble terminée (1).

Loué soit, dans son Église, et par son Église, Jésus- Christ le Fils de Dieu, qui fera bientôt aussi apparaître le jour où les catholiques et les protestants iront en foule, los uns vers les autres, se donneront la main, et célébreront ensemble la grande fête de la réconciliation. Déjà un écrivain très clairvoyant (2), après avoir parlé des travaux exécutés à la cathédrale de Cologne avec le concours des protestants, a vu, dans un avenir prochain, le protestantisme se. dissoudre comme Église ; les tours de la majestueuse basilique lui ont apparu comme les piliers d'une porte pariaquelle doivent passer de grands événements; déjà même son oreille croyait entendre le son des cloches qui retentissait au loin du haut de ces tours, pour y convoquer et réunir, comme avant la Réforme, tous les membres séparés de la grande famille chrétienne. Hélas ! nous n'en sommes point encore là tout à fait! C'est par beaucoup de tribulations que les peuples qui, en bien des en-

(1) Dans son introduction historique et critique au Coran, Weil expose en ces termes l'avenir de l'Islamisme : « Si nous demandons quel sera l'avenir de l'Islamisme, et quelle marche il lui faudra suivre pour arriver à la hauteur de la civilisation européenne, nous croyons pouvoir affirmer qu'il imitera en tout le Judaïsme. Ainsi il séparera la tradition de la révélation proprement dite; il établira dans ses Livres sacrés, une distinction profonde entre les vérités éternelles et de simples prescriptions. On peut d'autant mieux prévoir la fusion du mahométisme dans le sein du Christianisme, que Mahomet assigne au Christ et à Marie un rang plus élevé que ne le font bon nombre de protestants... Les Juifs et les Musulmans ne se convertissent qu'en passant par le rationalisme. Une fois là les âmes, qui sentiront le besoin d'une loi positive, iront tout droit aux catholiques. »

(2) Wolfg. Menzel, dans la partie littéraire do la Gazelte du matin, 1843, n° 1-3, en parlant de plusieurs écrits relatifs à la cathédrale de Cologne.

droits, sont encore très éloignés du christianisme, entreront dans le royaume de Dieu (1). Nous voyons en ce moment même les premiers mouvements d'une guerre acharnée et systématique du parti libéral dominant en Europe, contre l'Église et contre toute foi positive, dans ces attaques redoublées des sectes maçonniques, dans ces lois d'exception contre le clergé, dans la persécution et l'expulsion des ordres religieux. Mais ces épreuves, aujourd'hui comme en tout temps, ne peuvent que purifier l'Eglise, la fortifier et l'embellir; et quelque degré de fureur que la haine et la calomnie doivent atteindre, la religion éternelle finira par vaincre l'abject matérialisme et reprendre son empire sur les âmes.

(1) Actes des Apôtres, xiv, 22. l'Allemagne deviendra-t-elle catholique? Par l'auteur des études sur le catholicisme et le protestantisme, et sur la liberté de conscience. Schaffh. 1859. Retour à l'Église catholique, question d'actualité, par un protestant, Leip , 1851 .

SANCTISSIMI DOMINI NOSTBI

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