LES NOUVEAUX PRINCIPES
» disait-il, de se déchaîner contre l'Évangile. » L'exhortation de Luther, on devait s'y attendre, ne produisit aucun effet. Les dévastations, les cruautés des paysans augmentaient de jour en jour (Weinsberg!); et comme on objectait à Luther, qu'il est plus facile d'allumer un incendie que de l'éteindre, il publia un écrit ((contre ces paysans pillards etmeurtriers,» dans lequel il suppliait les princes de ne pas pratiquer plus longtemps la patience et la miséricorde, mais de prendre la résolution tous et chacun, tant qu'ils se sentiraient une goutte de sang dans les veines, « d'assommer, comme des » chiens enragés, ces paysans damnés, qui appartenaient » corps et âme au diable. »
Et c'était Luther qui, après avoir provoqué, excité, égaré ce malheureux peuple, demandait qu'on ne lui fît ni grâce ni quartier ! Et Mélanchthon lui-même, bien autrement posé et réfléchi que son maître, marchait résolument sur ses traces, en répondant au prince Louis, margrave palatin du Rhin, qui, désireux d'épargner le sang du peuple et de rétablir l'ordre, demandait l'avis du théologien sur les douze articles. Il faudrait, disait Mélanchthon dans un « traité » contre les douze articles des paysans [1525], » qu'un peuple aussi grossier et aussi ignorant que le peuple allemand eût beaucoup moins de liberté encore qu'on ne lui en accorde; ce que l'autorité fait, ajoute-t-il, pour combattre les réclamations des paysans, elle le fait bien; si, par conséquent, elle perçoit des redevances sur les forêts et les biens communaux, personne ne peut s'y opposer; si elle prend la dîme aux églises et l'attribue à d'autres, il faut que les Allemands le trouvent bon et s'y accommodent, tout comme les Juifs ont dû se laisser prendre les richesses du temple par les Romains.
Ainsi, dit Bensen (§ 19, loco cit.), « tandis que jamais l'Église catholique, n'autorisa, du moins en théorie, l'oppression de la part des prêtres et des princes, et que toujours elle défendit vigoureuseusement, et le plus souvent victorieusement, les droits des individus et des peuples, même contre les empereurs, les réformateurs évangélique sméritent le juste reproche d'avoir, les premiers, prêché et enseigné, parmi les Germains, la doctrine de la servitude et le droit du plus fort. »
DANS LEURS CONSÉQUENCES PRATIQUES. 4ï
Les conseils de Luther et de Mélanchthon encourageant le landgrave Philippe de Hesse, Henri, duc de Brunswick, et George, duc de Saxe, ces princes se mirent en campagne, et la nombreuse armée des paysans fut anéantie [15 mai 1525]. Münzer fut pris et exécuté, après avoir subi un long interrogatoire et de cruelles tortures. Il abjura ses erreurs avant de mourir, revint à la foi de l'Église catholique, conjura les princes d'agir avec justice et douceur envers le pauvre peuple, et exhorta les paysans à l'obéissance envers les puissances établies (1). Mais Luther, que l'on considérait comme l'auteur de la perte des paysans, contre lesquels il avait excité les princes (2), en même temps qu'il pouvait être regardé comme le moteur de leur révolte par les principes qu'ils avaient puisés dans ses ouvrages, s'attira le mécontentement général. L'influence de Luther dans le soulèvement des paysans s'était clairement montrée dans la rédaction des trente griefs des paysans, dont quelques-uns étaient des propositions textuellement tirées des écrits allemands de Luther, et dont le vingt-huitième jurait inimitié à tous les adversaires du réformateur. Aussi Érasme lui écrivait-il : « Nous recueillons maintenant les fruits de ton esprit. C'est le propre de la parole de Dieu, dis-tu, de produire des résultats divers. Oui, mais je pense que cela dépend de la manière dont on prêche cette parole. Tu désavoues les révoltés ; mais ils te reconnaissent comme leur père et leur docteur, et l'on n'ignore plus que les gens qui n'avaient à la bouche que le nom de l'Évangile ont été les instigateurs des plus horribles insurrections. » Il ne faut pas oublier qu'en 1522 Luther avait écrit, plein de joie, à Linck : « Partout le peuple se soulève; il a enfin ouvert les yeux; » il ne veut plus se laisser opprimer par la violence. »
(1) Seidemann, Thomas Münzer, Biographie écrite d'après les archives d'Etat du royaume de Saxe. Dresde et Leipzig, 1 842. Cf. Feuilles historiques et politiques. « Thomas Münzer, » t. VII, p. 238-256 et 310-320. Riffel, t. I, p. 479-522.
(2) Déjà Thomas Münzer, en réponse au langage incisif adressé par Luther aux paysans, avait parlé non moins vivement contre lui. IU'appelle « un ambitieux et rusé écrivassier, un fou orgueilleux, un moine éhonté, un docteur de mensonges, le docteur Ludibrius, le pape de Wittenberg, l'impie et l'homme de chair de Witlemberg, etc.»