SE DÉCLARENT CONTRE LUTHER
duplicité de Luther et le bafouer aux yeux du monde entier (1).
Depuis longtemps le savant Érasme s'était attiré la haine des moines par les sarcasmes qu'il avait lancés contre eux et la liberté mordante avec laquelle il avait attaqué les abus ecclésiastiques. L'espoir de voir l'entreprise de Luther avancer la réforme dans l'Église l'avait porté à user de sa grande influence pour garantir Luther d'une condamnationprécipitée (2). Aussi Luther avait-il humblement recherché son amitié, l'appelant « la gloire et l'espoir de l'Allemagne. » Mais Érasme devint inquiet, et se détourna formellement de l'œuvre luthérienne, lorsqu'il s'aperçut que, bien loin de hâter la réforme par un enseignement plus pur (3), on avait livré la vérité aux discussions d'un peuple ignorant, qu'on excitait au désordre et à la révolte, et que l'Église allait être déchirée par le schisme, comme l'Empire par l'anarchie. L'inquiétude d'Érasme était d'autant plus vive qu'il n'avait jamais méconnu la valeur réelle de Luther. « Plût à Dieu, écrivait-il au duc George de » Saxe, qu'il y eût moins de bon dans les livres de Luther, » ou que ce bien n'eût pas été corrompu par tant de mail lice! » On s'attendait généralement à voir Érasme descendre dans l'arène de la discussion ; on savait combien serait grave la position qu'il prendrait. Mais les princes et les prélats eurent bien de la peine à l'arracher au repos commode dont il jouissait, aux paisibles travaux de la science qu'il cultivait avec ardeur. Enfin, ne pouvant plus reculer, il attaqua l'ennemi et combattit franchement les principes du système luthérien ; « non, dit un protes- » tant (4), comme un servile défenseur de la cour romaine, » comme un aveugle adorateur de tous les préjugés con- » sacrés, non comme un ennemi personnel de Luther, » mais comme un paisible adversaire des opinions luthé-
(1) Le Wette, t. III, p. 23 sq. Walch, t. XIX. p. 468 sq. Riffel, t. I. p. 355.
(2) Voyez § 301.
(3) On trouve l'opinon d'Erasme dans son écrit : De amicabili Ecdesiae concordia. Conf. Esch, sur Érasme (Manuel hist. do Raumer pour 1843).
(4) Hist. de l'origine de la dogmatique protest., t. II, p. 112.