‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 30 sur 332 · HEXJU VIII ET ÉRASME · texte numérisé non relu

HEXJU VIII ET ÉRASME

» riennes, qui proposait ses doutes et ses vues avec la ino » destie et la dignité du savant et du libre penseur. »

Il réfuta d'abord la démonstration de Luther sur le libre arbitre, et prouva (1), l'Écriture à la main, la liberté de la volonté humaine. Luther se hâta de lui répondre avec la même violence qu'à Henri VIII (2). L'émancipateur prétendu de l'esprit humain, se posant en champion du serf arbitre, soutint hardiment (3) les propositions suivantes, dont le fatalisme semble tiré plutôt du Coran que de l'Évangile, et que Lessing appelle une erreur plus bestiale qu'humaine, un vrai et abominable blasphème : » La volonté de l'homme est semblable à un cheval. Que » Dieu la monte, elle va et veut comme Dieu veut et la » mène. Que le diable s'y asseye, elle court où le diable » l'emporte. Toutes choses arrivent d'après les décrets » immuables de Dieu. Dieu fait en nous le mal comme le » bien, et de même qu'il nous sauve, sans mérite de notre » part, il nous damne sans qu'il y ait de notre faute. Dieu, » disait-il, veut souvent secrètement le contraire de ce » que sa volonté manifeste ou exprime ; les apôtres n'ont » parlé qu'ironiquement de la liberté de la volonté hu- » maine. » Et là-dessus Luther, détournant les passages de l'Écriture de leur sens simple et naturel, se sert des textes les plus positifs sur la liberté pour prouver le serf arbitre de l'homme. « Que tou's mes écrits périssent, » écrivait-il en 1537 à Capiton, pourvu que mon traité » du serf arbitre et mes deux catéchismes subsistent ! »

Ce procédé de Luther, cette arrogance impie firent sortir Érasme de son calme ordinaire, et dans un second écrit (4) son ton devint plus amer, sa plume plus incisive, et il découvrit sans ménagement l'ignorance réfléchie, l'arbitraire criminel de Luther. Celui-ci, pensant qu'il serait prudent d'enrayer la discussion, écrivit à Érasme une

(1) De libero arbitrio diatribe, 1524 (Walch, t. XVIII p. 19-62.).

(2) Luther appelle Erasme un incrédule qui porte en lui une truie du troupeau d'Èpicure.

(3) De servo arbitrio ad Erasm. 1825 (Walch, t. XVIII, p. 20-50).

(4) Hyperaspistes, diatr. adv. serv. arb. Luther. P. Ii, p. 526 sq. (Opp. edit. Çleric, t. X, p. 1249). Cf. sur cette dispute, Riffel, t. II, p. 250-98.

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