LUTHER
position des chefs de l'Église. Dans son zèle aveugle et sa précipitation passionnée, Luther, voulant à jamais anéantir le droit canon, en avait brûlé un exemplaire, en même temps que la bulle de son excommunication. Il s'était par là mis en opposition flagrante avec les juristes, qui lui reprochaient aussi des principes étranges et singulièrement laxes (!) sur le mariage, lien sacré pour l'État comme pour la famille, et qui devint pour Luther lui-même la source des plus tristes expériences.
Pour lever ces difficultés, le jeune landgrave Philippe de Hesse, le plus zélé partisan de Luther depuis la mort de l'électeur Frédéric de Saxe, convoqua un synode à Hombourg [octobre 1526]. Le principal rôle y fut rempli par l'apostat Lambert, d'Avignon, autrefois Minime [f 1530], qui avait fortement recommandé que l'on constituât le synode sur des bases tout à fait démocratiques. Le landgrave, y trouvant de l'avantage pécuniaire et l'espoir d'une grande influence politique, adopta le plan de Lambert, et, soutenu par ce Minime éloquent et par le prédicateur de la cour, Adam Krafft [1558], il le fit mettre en pratique (2).
Dans la Saxe électorale, les instances de Luther avaient enfin obtenu la visite des Églises de l'électeur Jean le Constant, qui était favorable aux idées luthériennes, mais moins actif que Philippe, à cause de son âge. Mélanchthon avait à cet effet composé un formulaire (3) qui contenait un court symbole ; l'électeur avait en même temps ordonné d'envoyer partout des prédicateurs évangéliques et d'abolir les anciennes fondations ecclésiastiques. On nomma pour la visite, qui eut lieu dans les années 1527 et 1528, quatre députés, théologiens et jurisconsultes. On établit, pour les affaires ecclésiastiques et le jugement des
(1) Voyez son écrit de la vie conjugale, dans Tédit. d'Iéna, P. II. fol. 168 : « Si la femme légitime refuse, dit-il, vienne la servante;... si celle-ci ne veut pas, procure-toi une Esther et envoie promener la Vasthi, comme ut le roi Assuérus. »
(2) Cf. Riffel, 1. cit., t. II, p. 76-126, sur l'introduction des nouvelles doctrines dans la Hesse.
(3) Instruction pour les visiteurs dans les paroisses (lat. ^1527), avec la préface de Luther. Wittenb., 1528, in-4. Edit. lat. et allem., par Strobel. Altdorf, 1777. Cf. Riffel, t. II, p. 52-61.
§ 311. — rirte de smre [1526-1529] 47
matières matrimoniales, des surintendants; l'inspection supérieure resta dans les attributions du prince régnant.
Luther, voyant l'ignorance du peuple et des ecclésiastiques, et voulant assurer la durée de son œuvre par l'instruction de la jeunesse, composa son petit et son grand catéchisme [1529] (1). La Saxe reçut ainsi une foi nouvelle et une organisation collégiale et provinciale, qui remplaça l'ancien gouvernement hiérarchique et papal, et devint le modèle de l'organisation ecclésiastique des pays luthériens. L'indécision, la faiblesse de la diète dont il va être question, avaient hâté toutes ces démarches, et rien désormais ne semblait plus pouvoir effrayer ou arrêter les princes favorables au luthéranisme.
§ 311. — Diète de Spire [1526-1529].
Après la ligue formée de part et d'autre entre les princes luthériens et les princes catholiques (2), les États se réunirent à Spire. L'empereur était dans les embarras d'une guerre difficile : les Turcs menaçaient la Hongrie et paralysaient l'activité de l'archiduc Ferdinand. Les princes luthériens pouvaient, par conséquent, lever la tête. Et en effet ils se montrèrent à la diète avec la consistance, les exigences et les menaces d'un parti religieux organisé, et obtinrent, à la laveur des circonstances, les concessions suivantes de la diète : « Jusqu'à la tenue du con- » eile œcuménique, chaque État fera, quant à l'édit de » Worms, comme il pourra, et devra en répondre devant » Dieu et l'empereur. Chaque prince fournira prompte- » ment des secours contre les Turcs (3). »
Cette dernière conclusion venait déjà trop tard. Louis, roi de Hongrie, battu par Soliman, près de Mohacz [29 août 526]. était mort au milieu des marais. L'archiduc Ferdinand d'Autriche avait hérité de sa couronne.
(i)Wnlck, t. X, p. 2 sq. Cf. Augusll, Introduct. hist. et crit. aux deux grands catéchismes. Elberfeld, 1824.
(2) Voyez § 307.
(3) Sleldan, üb. VI, et dans Kapp, Append. P. II, p. 680, et Walch, t. XVI, p. 1-14.