PAIX RELIGIEUSE DE NUREMBERG
théologiens catholiques fissent tant d'efforts pour y parvenir, quand les deux partis en litige partaient d'un principe si différent. « Car, dit fort bien Pallavicini, la foi catholique repose sur un article unique et indivisible : l'autorité infaillible de l'Église. En céder une partie, c'est ruiner le tout ; ce qui est indivisible existe ou s'écroule en entier. » un en vint néanmoins à de nouvelles tentatives pour s'entendre, les théologiens protestants faisant chaque jour de nouvelles concessions, qui prouvaient bien clairement qu'il s'agissait de toute autre chose, dans la négociation, que des vérités de la foi. Mélanchthon alla même jusqu'à concéder les prérogatives des évoques. « De quel droit, dit-il, prétendrons- » nous enlever aux évoques leur puissance, s'ils accordent » la saine doctrine ? Non-seulement, et telle est ma sincère » pensée, je voudrais fortifier leur pouvoir, mais encore » rétablir le gouvernement entier de l'épiscopat. Car je » vois quelle Eglise nous aurons, après avoir renversé » l'autorité épiscopale ; je pressens l'insupportable tyran- » nie qui succédera à celle que nous avons renversée. » 11 écrivit en termes plus étonnants encore au légat Campeggio, en ce qui concerne le pape : « Nous n'avons pas » une doctrine autre que celle de l'Église romaine. Nous » sommes même prêts à lui obéir, pour peu que, dans la » miséricorde dont elle a toujours usé envers tous les » hommes, elle laisse tomber certaines choses et ferme les » yeux sur certains points peu graves, que nous ne pour- » rions plus changer désormais, quand nous le voudrions. » Nous honorons le pape de Rome et toute la constitution » de l'Église, pourvu que le pape ne nous rejette pas. Mais » pourquoi trembler,? Suppliants que nous sommes, se- » rions-nous rejetés quand l'unité peut être si facilement » rétablie? Il n'y a que d'insignifiantes différences dans les » usages qui paraissent s'opposer aune sincère réconcilia- » tion. Mais les canons mêmes admettent qu'on peut dif- » férer dans des points de ce genre, et être en union avec » l'Église (1). »
(1) MelanchtonisEp. adCamer.p. 148 et 151. Cf. Cœlest. Hist. August, conf. t. III, fol. 18; dans le résumé de Raynald, ad an. 1530, n° 83. Pallavicini, loco cit., lib III, c. 3.
54 § 312. diète d'aügsbourg [1530] ;
Ces paroles excitèrent un grand étonnement parmi les partisans de Mélanchthon : il reçut de vifs reproches, au nom de plusieurs villes disposées au luthéranisme, de Nuremberg en particulier. Mélanchthon s'en plaignit amèrement. « Vous ne sauriez croire, écrit-il à Luther (1), com- » bien les gens de Nuremberg et tant d'autres m'ont pris » en haine, de ce que j'ai accordé la juridiction aux » évêques. Ce qui prouve bien que tous ces mécontents » combattent, non pour l'Évangile, mais pour leurs inté- » rets particuliers. »
Mais Luther n'était pas satisfait non plus. Il se tenait à Cobourg, toujours prêt à donner promptement un conseil dans les affaires importantes. « Il ne me convient nullement, » répond-il avec colère à Mélanchthon, qu'on prétende » traiter de l'unité dans la doctrine, qiand elle est tout à « fait impossible, à moins que le papa ne veuille déposer » tout son attirail de papauté. L'affaire se perdra clans ces » tiraillements continuels et ces concessions sans fin. Lee » rusés catholiques nous ont tendu ici un piège dont il faut » nous tirer (2). »
(1) Walch, Œuvres de Luther, t. XVI, 1793. Conf. avec cette lettre du l'r septembre celle du 28 août, ibid., p. 1755: «Les villes impériales sont singulièrement irritées contre l'autorité épiscopale. Elles se soucient fort peu de doctrine et de religion, ne songeant qu'au pouvoir et à la liberté. »
(2) Dans cette lettre du 28 août, Luther tient le langage étrange qu'on va lire et qu'on a si souvent cité (de Wette, t. IV, p. 156) : Ego in tam crassis insidiis forte nimis securus sum, sciens vos nihil posse ibi committere, nisi forte peccatum in personas nostras, ut perfidi et inconstantes arguamur. Sed quid postea? Causa constantia et veritate facile corrigatur. Quanquam nolirn hoc contingere, tamen sic loquor ut, si qua contingeret, non esset desperandum. Nam si vim evaserimus, pace obtenta, dolos (mendaciaj ac lapsus nostros facile emendabimus, quoniam régnât super nos rnisericordia ejus. » Le mot mendacia se trouve dans Chylrœus, Hist. August, conf. Francof., 1578, p. 295. Cœlestini Hist., loco cit., t. II, fol. U. Mais Beesenmeyer l'attaque dans son travail sur cette lettre, p. 31, et Gieseler le rejette entièrement (Précis d'hist. ecclesiast., t. III, sect. 1, p. 265), «contre les polémistes catholiques de bas étage qui attribuent à Luther l'idée d'autoriser la ruse, tandis qu'évidemment Luther n'entendait parier que des dolis et lapsibus par lesquels Mélanchton pouvait se laisser tromper, grâce aux embûches [insidias) du parti opposé.» Mais, en admettant même cette interprétation, n'y a-t-il rien à dire sur le facile de l'homme apostolique? Nous saisissons cette