‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 35 sur 332 · PAIN. RELIGIEUSE DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

PAIN. RELIGIEUSE DE NUREMBERG

Tout en négociant ainsi, Mélanchthon avait terminé son apologie de la confession d'Augsbourg, comme réfutation de la réfutation catholique. Les princes la présentèrent à l'empereur, qui la rejeta ainsi que la confession elle-même. Elle obtint parmi les protestants une autorité égale à celle de la confession d'Augsbourg. De leur côté, les quatre villes inclinées au zwinglianisme , Strasbourg, Lindau, Constance et Memmingen, avaient produit une confession de foi commune (confessio letrapolitana). Zwingle en avait présenté une spéciale, dans laquelle il faisait ressortir l'opposition de sa doctrine avec celle de Luther sur la Cène ; ce qui fit dire à Mélanchton écrivant à un de ses amis : » Il faut que Zwingle soit devenu fou. » Après mainte autre négociation inutile (1), l'empereur proclama par un décret : « Que les protestants avaient été réfutés par des principes » certains, tirés des saintes Écritures, et qu'ils auraient à » réfléchir sur le parti à prendre jusqu'au 15 avril de l'an- » née suivante. » Bientôt après parut un autre décret de la diète, où l'empereur déclarait positivement qu'il se considérait comme obligé, en conscience, de défendre l'ancienne foi catholique, « et les princes promirent de l'aider, » dans ses efforts, de toute leur puissance. »

La diète terminée, l'empereur se rendit à Cologne, sans pouvoir y réaliser ses projets ; car non-seulement il ne trouva point les princes catholiques prêts à le seconder, mais encore il eut besoin de recourir aux princes protestants eux mêmes pour parer aux dangers imminents de l'invasion des Turcs. Irrités de l'élection de son frère Ferdinand, roi des Romains [1531], les princes protestants ne voulurent prêter main-forte à l'empereur qu'à la condition qu'on changerait les derniers recez de la diète. Ils avaient même conclu entre eux une ligue offensive de six années à Smalkalde [29 mars 1531]. Ils marchaient avec d'autant

occasion pour demander à M. Gieseler quel nom on doit donner au parti protestant qui attribue, comme il le fait lui-môme au concile de Constance, l'infâme doctrine «qu'on n'est pas tenu de garder sa foi avec un hérétique? » On est affligé de voir ainsi employer deux poids et deux mesures par un auteur ordinairement si consciencieux, (l) L'énergique discours prononcé au nom de l'empereur par l'ardent catholique Jean de Brandebourg est très-important. On peut le voir dan« Menzel, t. I, p. 406.

56 § 312. — diète d'augsbourg [1530], etc.

plus d'assurance et d'audace dans cette voie nouvelle, que Luther et Mélanchthon, revenant sur leur ancienne résistance, autorisaient désormais l'emploi des armes pour le maintien du protestantisme. Ainsi, sous bien des rapports, l'allié naturel des princes protestants fut alors le sultan des Turcs, qui voulait profiter des divisions de l'Allemagne, et permettait, par là même, à ceux qui la déchiraient, de lever la tête contre l'empereur. Une autre clause du recez de la diète, qui leur était singulièrement à charge, était celle qui exigeait la restitution des biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés, et qui mettait au ban de l'Empire quiconque résisterait. L'empereur se vit contraint d'entrer en pourparler à Francfort. La conférence se termina à Nuremberg [23 juillet 1532], et là il fut enfin convenu que, jusqu'au concile général, on ne ferait le procès à aucun prince ; que tout resterait in statu quo ; que ceux-là seuls, cependant, seraient compris dans la paix, qui avaient déjà reconnu la confession d'Augsbourg. Luther et Mélanchthon avaient surtout poussé les princes protestants à l'adoption de cette dernière clause, et ils étaient pleinement satisfaits de ce qu'ils avaient obtenu. Les Turcs avançant toujours, les princes protestants cherchèrent encore à profiter des progrès de l'ennemi pour relâcher leurs liens vis-à-vis de l'empereur. Philippe de Hesse traita avec François Ier, roi de France. Ulric, duc de Wurtemberg, mis au ban de l'Empire, et dont Ferdinand avait obtenu les Etats, entra dans la ligue protestante, et fut rétabli, les armes à la main, dans son duché, par Philippe de Hesse. Jean Brenz et Erhard Schnepf consolidèrent le protestantisme en Wurtemberg, où déjà l'Augustin apostat Jean Mantel, et Conrad Sam de Rosenacker, et d'autres, l'avaient propagé (1). On entra ensuite en pourparler avec les Suisses. et comme Bucer se conduisit avec sa perfidie ordinaire, en s'accommodant aux circonstances et se prononçant contre ses convictions, l'union fut conclue malgré les avis contraires de Luther [1538]. On s'entendit, ou l'on feignit de s'entendre sur la doctrine, chacun interprétant la formule sur la Cène comme il le voulait.

(1) Cf. Riffel, 1. cit., t. II, p. 064-74.

§ 313. — ULRICH ZWINGLE, ETO. 57

§313. — Ulric Zwingle et OEcolampade (ffavsschein).

B. Guerre religieuse eu Suisse.

Zwinglii Opp. éd. Gualther, Tig. [1545], 1581, 4 vol. in-fol., éd. Schuler et Schul tess. Tig., 1S29-42, 8 part, en il vol. (onma éd. compléta). Edit. allem, par les mômes. Zurich, 1828. OEcoiampadii et Zwinglii Epp. libb. IV (Bas., 1536. in-fol.), 1592 in-4. Il taut préférer Osw. Myconii ep. de vita et obitu Zwinglii. Mgid. Tschudi (landammann de Glaris. -f- 1572) Chron. Helv. éd. Iselin. Bas., 1734, in-fol., 2 vol. (1000-1470); ouvrage manuscrit, puisé aux archives et à des sources rares; il va jusuu'en 1570. Cf. la Vie et les écrits d'iEg. Tschudi, par Ild. Fuchs. Saint-Gall, 1805, 2 parties. Salât, Chroniques et commencements des nouvelles hérésies de Luther et de Zwingle jusqu'à la fin de 1534; manuscrit in-fol. Holtinger, Hist. ecclésiast. de la Suisse. Zurich, 1708 sq. 4 vol. in-4. J. Basnage, Hist. de la rel. des Églises réform. (Rot., 1690, 2 vol. in-i2). La Haye, 1725, 2 vol. in-4. Rachat, Hist. de la réf. de la Suisse. Gen., 1727, 6 vol. in-12. J.-E. Fuesslin, Essais pour servira l'hist. delà réf. en Suisse. Zurich, 1741-53, 5 vol. Sal. Hess. Origine, développement et résultats de la réforme zwinglienne à Zurich. Zurich 1820, in-4. Riffel, Hist. de l'Église chrét. des temps modernes, t. III, Mayence, 1847. Louis Wirz et Melch. Kirchhofer, Hist.de l'Église suisse. Zurich, lOLS-19, 5 part. Éclaircissements sur les reproches adressés à l'Église catholique par un laïque protestant; 3« édit. Lucerne, 1842, 2 vol. Voyez plus haut, Sources, § 298. Corpus librorum symbolicorum qui in ecclesia Reformatorum auctoritatem publicam obtinuerunt, éd. Augusti. Elberfeld, 1827, Collectio confessionum in ecclesiis reformatis publicat. éd. A.-H. Niemeyer. Lipsiae, 1840.

Ulric Zwingle, l'auteur des premières discussions religieuses de la Suisse, était le fils d'un paysan de Wildhausen, né le 1er janvier 1484. Il avait étudié la philologie et la théologie à Berne, Vienne, Bâle, dans cette dernière ville sous Thomas Wittenbach, et y avait acquis une grande connaissance de la littérature classique et ecclésiastique. Homme de talent, d'un esprit subtil et pénétrant, doué d'une rare éloquence, il était sans profondeur et sans capacité réelle pour la spéculation. Placé d'abord à Glaris, il y fut remarqué par le légat du pape, qui lui assura un secours annuel de cinquante florins pour l'aider dans ses travaux scientifiques. Il devint bientôt après curé d'Einsicdeln, et là,

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