‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 36 sur 332 · ULRICH ZWINGLE · texte numérisé non relu

ULRICH ZWINGLE

déjà, il se mit à prêcher avec véhémence contre les pèlerinages et le culte de la sainte Vierge. Son commerce criminel avec une femme, publiquement reconnue comme courtisane, l'obligea de quitter sa cure. Nommé prédicateur de la cathédrale de Zurich, il continua à y déclamer, avec plus d'ardeur encore, contre les abus ecclésiastiques. Dès 1516, avant que le nom de Luther fût parvenu en Suis? . il avait prêché, comme il s'en vanta plus tard. l'Evangile du Christ. Il s'en tint dès lors à la Bible seule, et le nom de Luther, dit-il, lui resta encore inconnu pendant deux ans. Sa vie dissolue ne l'empêcha pas de prêcher, le 1er janvier 1519, pour la réformation de l'Église et des mœurs. Cependant la situation de l'Église de Suisse ne nécessitait, au point de vue de la science, de la religion et des mœurs, aucune mesure immédiate et violente.

Zwingle était dans ces dispositions hostiles contre l'Église quand lui vinrent en aide les prédication? sur les indulgences du Franciscain Bernhard Samson, de Milan, plus exagéré encore queTetzel. Non content de l'ordonnance de l'évêque de Constance, qui avait interdit aux prédicateurs d'indulgences la chaire des églises et les portes de la ville, Zwingle prêcha avec fureur contre les indulgences elles-mêmes, et fut écouté avec faveur. Le grand conseil de Zurich ordonna [1520] à tous les prédicateurs de ne prêcher que la doctrine des saintes Écritures. Léon X fit appeler Zwingle à Rome pour répondre de son enseignement. Plus tard Adrien VI lui envoya, conformément à son caractère, une lettre douce et paternelle, mais qui manqua son effet, car Zwingle rompit brusquement avec l'Église. Dès 1522 il réclama de l'évêque de Constance le mariage des prêtres. « Votre » Grandeur connaît la vie honteuse que nous avons, hélas ! » menée, jusqu'à présent, avec des femmes (nous ne vou- » Ions parler que de nous-même) , et qui en a scandalisé et » perverti plus d'un. Nous demandons, par conséquent » (puisque nous savons par expérience que nous ne pouvons » mener une vie chaste et pure, Dieu ne nous l'ayant point » accordé) , qu'on ne nous refuse pas le mariage. Nous sen- » tons, avec saint Paul (1), l'aiguillon de la chair en nous;

(1) Cor. VIT, 6.

ET ŒCOLA.MPADE (HAUSSCHEIN). 59

» cela nous met en danger, etc. » Dans une conférence religieuse tenue à Zurich [janvier 1523], Zwingle provoqua les évêques de Constance, de Bille, et d'autres, à dispute! avec lui sur les soixante-sept thèses publiées ; mais Faber, grand- vicaire de Constance, comparut seul. Le conseil déclara Zwingle vainqueur. En septembre de la même année, une seconde conférence eut lieu; mais les évêques n'y parurent pas davantage et n'y envoyèrent aucun délégué. Zwingle et ses acolytes, Léon Judœ et Hetzer (plus tard décapité à Constance pour de nombreux adultères) , rejetèrent l'usage des images, la messe et le célibat comme une institution diabolique. Bientôt après Zwingle épousa une veuve, Anna Reinhard, avec laquelle il entretenait, depuis plusieurs années, un commerce criminel. Accompagné de quelques magistrats et d'une troupe de maçons et de charpentiers, Zwingle entra dans l'église, renversa les images, les autels, l'orgue, abolit le chant, et substitua à la pompe romaine l'insignifiante simplicité d'un culte aussi froid que ridicule. Une table remplaça l'autel; une corbeille remplie de pain et de verres fut substituée au calice, à la patène. On citait les textes delà sainte Écriture en latin, en grec, en hébreu ; on comparait les textes divers, on les expliquait, on prétendait en montrer le vrai sens. On se servait aussi de la traduction que Léon Judœ avait faite de la traduction du Nouveau Testament de Luther en allemand-suisse et dans le sens zwinglien [1525], ainsi que de sa traduction de l'Ancien Testament faite sur le texte hébreu [jusqu'en 1529].

Ces innovations, accompagnées des plus graves désordres, excitèrent la sollicitude des membres catholiques du conseil; mais ils furent bientôt exclus de leur charge, et on ne leur permit plus de faire célébrer le culte suivant l'antique usage. Les alliés de Zurich, à qui tous ces événements <-! ('plaisaient également, se réunirent à Lucerne [1524] et envoyèrent des députés à Zurich, pour conjurer leurs frères de ne pas mépriser la foi de l'Église, leur mère commune, qu'on avait fidèlement conservée pendant quinze siècles, déclarant d'ailleurs être prêts à s'entendre avec eux sur les moyens « de secouer le joug sous lequel les Suisses » étaient tombés, par les injustes et grossières violences de

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