‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 37 sur 332 · ULRIC ZWINGLE · texte numérisé non relu

ULRIC ZWINGLE

» quelques papes, cardinaux, évêqueset prélats, et d'obvier » au commerce scandaleux des charges ecclésiastiques, des » indulgences, etc., etc. » Mais la voix de la religion et de la charité fraternelle ne fut point écoutée. Le conseil de Zurich reconnut, dans ses innovations religieuses, un sûr moyen d'augmenter les revenus publics, d'agrandir l'influence de Zurich dans la confédération. Il persista, par conséquent, dans la voie où il était entré, d'autant plus que Zwingle lui avait délégué l'exercice de tous les droits épiscopaux, ce qui avait valu à Zwingle la protection active du conseil contre ses adversaires. Car, en Suisse aussi, les anabaptistes s'étaient montrés, réclamant, aux mêmes titres et avec autant de droit que tout autre, la liberté d'interpréter l'Écriture à leur façon. Ils allaient répétant que le baptême des enfants n'était pas fondé sur le texte sacré, que ce n'était qu'une invention papiste. Ils entrèrent en discussion avec Zwingle ; le conseil les déclara convaincus d'erreurs, et défendit, sous peine de mort, le renouvellement du baptême; et comme Félix Manz n'en continuait pas moins à rebaptiser, le conseil le fit jeter à l'eau, tandis qu'on fouettait de verges son compagnon Blaurock.

A Bâle, c'était OEcolampade qui parlait au nom des nouveaux principes religieux. Né à Weinsberg [1482], il étudia le droit à Bologne, la théologie à Heidelberg. Ses connaissances littéraires le mirent en relation avec Érasme à Bâle. On le nomma curé de cette ville en 1515. Le libraire Froben y avait de bonne heure répandu les ouvrages de Luther. WolfgangGapito, ami de Zwingle et principal curé de Bâle, Reublein, autre curé de la même ville, y avaient déjà parlé dans le sens des écrits de Luther, prêché contre la messe, le purgatoire et l'invocation des saints. OEcolampade, appelé à Augsbourg comme prédicateur de la Cathédrale, n'avait pu, à cause de sa santé, remplir cette fonction, et s'était retiré, pendant quelque temps, dans un couvent proche de la ville, à Almiinster. Il fut forcé de le quitter quand on s'aperçut qu'il était partisan des nouveaux principes. Après avoir été prédicateur du châtean de Sickingen, où il introduisit divers changements dans le culte [1522], il fut rappelé à Bâle comme professeur, et obtint en même temps une cure [1524] ; alors il se déclara hautement contre la

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doctrine et les usages de l'Eglise catholique, et confirma sa rupture en se mariant avec une jeune et belle veuve, qui, dans la suite, devint aussi la femme de Gapito et de Bucer. La municipalité avait été d'abord contraire aux novateurs et les avait renvoyés au futur concile ; mais les partisans d'Œcolampade obtinrent, par des manifestations séditieuses, le libre exercice du culte nouveau [1527]. Aussitôt ils cherchèrent à enlever le gouvernement aux catholiques, et ils parvinrent en effet à les opprimer complètement [février 1529]. Ils s'étaient emparés de l'arsenal, avaient occupé les principales places avec des canons, s'étaient précipités avec fureur dans l'église, en avaient renversé les autels, détruit les images, brûlé les ornements. Erasme fut tellement indigné de ce sauvage mode de réformation, qu'il quitta Bâle. Toutes les villes de la Suisse virent à peu près se renouveler les mêmes scènes, mais surtout Mulhouse [1524], Schaffhouse[!525], Appenzel [1524]. Dans le canton de Berne (1) on avait d'abord cherché à réprimer les abus, sans admettre les nouveautés religieuses; mais le prêtre Berchtold Haller, de Souabe [-f-1536], disciple de Mélanchthon, finit par gagner les habitants au parti protestant [1528]. Glaris, Soleure, Fribourg paraissaient incliner dans le même sens. Dès lors la balance penchait du côté des cantons protestants. Aussi Zurich désirait ardemment la conversion du reste des cantons. Mais Lucerne, les trois petits cantons (Waldstsedte) Schwizt, Uri et Unterwaiden, et Zug persévérèrent, avec une héroïque constance, dans la foi de leurs pères. Ces cantons étaient précisément ceux dont les mœurs s'étaient conservées dans leur simplicité et

(1) C.-L. de Haller, Hist. de la révolution religieuse ou la Réforme protest, dans le canton de Berne et les environs. Lucerne, 1S36. Zwingle avait déjà donné au prêtre Klob de Berne les instructions suivantes sur la manière de propager les nouvelles doctrines : « Cher Frantz, allons tout doucement dans l'affaire; ne jette d'abord aux ours qu'une poire amère parmi les poires douces que tu leur donneras; puis deux, trois ; et quand ils se mettront à les manger, jetteleur-en de plus en plus en entremêlant les douces et les amères. Enfin, vide tout le sac, doux et dur, aigre et sucré, car ils avaleront tout et ne voudront plus se laisser chasser du plat. Donné à Zurich, le lundi d'après la Saint-George. Ton serviteur en Christ. Huldrich Zwingli. »

leur pureté antiques, et qui récemment avaient été témoins de la vie sainte et miraculeuse de Nicolas de Flue.

Les cantons catholiques déclarèrent, à plusieurs reprises, qu'ils ne voulaient s'attribuer aucun pouvoir dans les décisions religieuses. A Baden il y avait eu des conférences entre Eck et OEcolampade, le Mélanchthon de Zwingle, sur la messe, le purgatoire, le culte des saints, etc. [21 mai 1526]. Quoique évidemment la victoire fût restée à Eck, la partie adverse l'attribua à OEcolampade, et il en résulta une plus grande division entre les réformés et les cantons catholiques, auxquels Fribourg et Soleure s'unirent définitivement et qui, après avoir conclu une alliance avec Ferdinand [1529], poussés à bout par les Réformés, en vinrent à de dures et cruelles extrémités. Cependant la médiation de Strasbourg et de Constance suspendit encore une fois la lutte. Les cantons catholiques rompirent le traité avec Ferdinand. Les esprits, du reste-, étaient loin d'être calmés. Aussi, lorsque les Zurichois prétendirent empêcher pour la gloire de Dieu, disaient-ils, et le plus grand intérêt de la foi chrétienne, les approvisionnements d'arriver dans les cantons catholiques, la guerre éclata avec fureur. Les Zurichois furent battus. Zwingle, mortellement blessé, tomba sur le champ de bataille de Capet [11 novembre 1531]. OEcolampade mourut aussi quelques jours après d'une attaque de peste, ce qui fit dire aux Luthériens irrités [23 novembre 1531] : « Le diable l'a emporté dans l'autre monde. » A Zwingle succéda Henri Bullinger; à OEcolampade, Myconius (1), qui, de concert avec Léon Judœ, Gaspard Grossmann et Guillaume Farel, continuèrent à répandre les nouvelles doctrines en Suisse.

§ 314. — Système de Zwingle.

Veluti ferrago omnium opmionum qua? hodie controvertuntur. (Zw- Opp. edd. Schulsr et Schultess, t. VIII, p. 275 sq.

Comment, de vera et falsa religione. Tig., 1525; Fidei ratio ad Carolina imperat. Tig., 1530; Christiana? "hdei brevis et clara expositio ad regem Christ. Francise. I. (éd. Bullinger). Tig., 153& De pro-

(1) Oswald Miconius, Autistes de l'Eglise de Bàle, par Melch. Kirchhofer. Zurich, 1S13. Biographie de M. H. Bullinger. Antietes de l'Eglise de Zurich, par Sah Hess. Zurich, 1828 sq. 2 vol. (non achevé).

DE ZWIXGLE.

videntia (Opp,, 1545, t. I). Outre le Symbol, de Mœhler et de Hilger, cf. surtout Staudenmeier, Philos, du christanisme, t. I. p. GS9. Bißel, 1. 111, p. 54-102. Zeller, le Système de Zwingle. Tub., 1S53. Schweizer los Dogmes fond, des protestants. Zur., 1854. Kagenbach, Hist. des prem. conf. de Bùle. 1847.

Si l'on peut accorder à Zwingle d'avoir, avant Luther, ouvertement lutté contre les abus introduits dans l'Église, il faut lui refuser toute originalité doctrinale ; car il a emprunté ses principes aux écrits de Luther, répandus de bonne heure en Suisse, en les modifiant suivant la portée et la tournure de son esprit superficiel, et en protestant principalement contre tout ce qui est mystérieux dans le Christianisme. Tout son système repose sur ce principe : que la sainte Écriture est l'unique source de la foi, et que la raison humaine a le droit absolu de l'interpréter, en rejetant tout ce qui dépasse sa portée. Du reste, comme tous les réformateurs, Zwingle se prétend divinement inspiré, immédiatement éclairé par une lumière qu'il doit à ses instantes prières. Quant à la doctrine elle-même, Zwingle prétend, comme Luther, que l'homme, par le péché d'Adam, est tombé, avec toutes ses facultés, sous la domination absolue du mal, de telle sorte que toutes ses œuvres sont vaines, inutiles, ne sont que péché. Dès lors le dogme de la liberté humaine est faux, l'homme n'a aucun pouvoir pour le bien. Donc, si la nature de l'homme est absolument mauvaise, les péchés les plus horribles en sortent nécessairement, comme les tiges de la souche, et Dieu lui-même devient l'auteur du mal, le premier principe du péché, du meurtre et de la trahison (1). Donc, la justification par la

(1) Epist. an. 1527 : «Hic ergo proruunt quidam : Libidini ergo indulgebo, etc. ; quidquid egero Deo auctore fit. Qui se voce produnt, cujus oves sint! Esto enim, Dei ordinatione fiât, ut hic parricida sit, etc., ejusderr tarnen bonitate fit ut qui, vasa ine ipsius futuri sint, his signis prodantur, quum scilicet latrocinantur... citra pœnitentiam. Quid enim aliud quam gehennœ filium his signis deprehendimus? Dicant ergo, Dei Providentia se esse proditores ac homicidas ! » Néanmoins on recommande plus bas : « Sed heus tu ! Caste ista ad populum et rarius etiam ! » Cf. aussi Hann, Doctrine de Zwingle sur la Providence, sur l'existence et la destinée de l'homme, aussi bien que sur la grâce élective (Etudes et critiq., 1837 4° livraison, p. 765- 805.1

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