DISCUSSION
s'appuyant sur la doctrine primitive de Luther relative aux sacrements, rejeta la présence réelle du Christ dans le sacrement de l'autel, parce que, disait-il, l'Écriture ne donne aucun fondement à cette croyance. Luther fut obligé d'admettre cette conclusion, et dès 1524, au moment où éclataient ces discussions, il écrivit à Bucer : « Oui, si le doc- » teur Carlostadt, ou quelque autre, avait pu m'apprendre, » il y a cinq ans, qu'un sacrement n'est autre chose que » du pain et du vin, il m'aurait rendu un grand service et » m'aurait singulièrement aidé à battre en brèche la pa- » pauté. Mais je suis pris ; je n'en puis sortir, le texte est » trop évident ; tout artifice de langage est ici impuis- » sant, etc. (1). » Pirkheimer (2), qui prit part à la discussion {de vera Christi carne et vero ejus sanguine ad J. Œ colampadium responsio), écrivit cependant àMélanchthon, que l'esprit de contradiction et l'envie de combattre Carlostadt avaient seuls porté Luther à soutenir de nouveau la présence réelle du Christ dans le sacrement de l'autel. Et en effet Luther avait déclaré qu'en dépit des papistes, il voulait croire que le pain et le vin demeurent dans le sacrement de l'autel ; qu'en dépit de Carlostadt il conservait l'élévation de l'hostie, pour qu'il ne parût pas que le diable lui eût appris quelque chose; et enfin qu'en dépit du concile (voir son organisation de la messe, 1523), si un concile ordonnaitou permettait les deux espèces, iln'en admettrait qu'une, ou n'en admettrait aucune, vouant à lamalédictionceux qui recevraient les deux espèces en vertu de l'au torité du concile. Il vit avec chagrin que Carlostadt expliquait les paroles de l'institution précisément comme lui, car, antérieurement, il avait interprété les paroles de saint Mathieu, XVI, 18, dans ce sens que le Christ n'avait, dans l'institution de la Cène, désigné que son propre corps. Les deux adversaires en vinrent à de rudes personnalités. Luther ne ménageait point Carlostadt, prédicateur à Orlamund, depuis qu'il avait été chassé de Wittenberg. Dans leur entrevue à l'Ours-Noir
(1) Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 2448. Cf. Gœbel, Doctrine d'André Bodenstein sur la Cèoe (Etudes et crit., 1842, 2f livr.).
(2) Hagen, Relations relig. et littér. de l'Allem. au temps de la réforme, surtout en ce qui concerne Willibald Pirkheimer, 1 vol. Erlang., 1841.