‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 41 sur 332 · DES SACRAMENTAIRES · texte numérisé non relu

DES SACRAMENTAIRES

d'Iéna (1), ils dépassèrent toutes les bornes de la modération, et osèrent discuter les sujets les plus augustes sur le ton le plus trivial, dans les termes les plus indignes. « Puissé-je te voir bientôt roué! » dit Luther à Carlostadt en se séparant de lui. « Puisses-tu te casser le cou avant » d'être hors de la ville ! » répondit, sur le même ton, Carlostadt. Une fuite précipitée put seule le mettre à l'abri des mauvais traitements dont le menaçait Luther. Réfugié à Strasbourg, il y gagna à sa cause Bucer et Gapito : la guerre des paysans ayant éclaté, il y prit part, puis se retira dans la petite ville deKemberg, où il substitua le commerce de la mercerie aux controverses religieuses. En 1528, il reparut sur la scène, attaqua de nouveau Luther, fut encore une fois obligé de quitter la Saxe, fut accueilli en Suisse [1530], et y obtint une cure, plus tard une chaire de professeur et les fonctions de prédicateur à Bâle, où il mourut, en 1541, de la peste (2), comme nous l'avons dit plus haute

Mais Zwingle et OEcolampade relevèrent bientôt le gant, en reprenant pour leur compte les opinions de Carlostadt. Zwingle, expliquant les paroles de l'institution, prétendait que le mot est veut dire signifie; OEcolampade, que le mot corps veut dire signe du corps. Cependant quatorze prédicateurs de la Souabe avaient publié un écrit collectif (Syngramma), rédigé par Brenz de Hall et Erhard Schnepf de Wimpffen, dans lequel ils inclinaient vers l'opinion luthérienne, quoique, en disant que la chair est présente corporellement, mais par la foi seulement, ils semblaient en même temps se rapprocher de la doctrine zwinglienne. Capito et le curé Bucer voulurent profiter du biais pour concilier les partis. Mais Luther, se déchaînant avec une fureur croissante contre Zwingle et ses partisans, les nommait « des sacramentaires, des serviteurs de Satan, contre » lesquels nuile sévérité n'était trop grande. »

Les ouvrages que Luther composa, à cette époque, contre les sacramentaires renferment ce Qu'il a écrit de plus

(1) Martin Reinhardt raconte la dispute, dans les Actis Jenensibus, comme en ayant été le témoin oculaire. Voyez Walch, t. XV, p. 2423. Cf. C.-A Menzel, Hist. moderne des Allemands, t. I, p. 254 sq.

(t) Füssli, Hist. de Carlostadt. Francf. et Leipzig, 177G.

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solide (1) ; son style est vif, ses preuves sont claires, ses démonstrations concluantes, toutes les fois que, cherchant à défendre ce qui est ancien, et non à le détruire, il s'appuie sur la base immuable de l'Église catholique. Luther, rejetant la transsubstantiation, formula, pour la première fois, la doctrine de la consubstantiation, d'après laquelle le corps du Christ est reçu dans, sous et avec le pain (m, sub et cum pané), et il s'appuyait pour cela, comme quelques théologiens, sur l'idée de la toute-présence corporelle du Christ (ubiquité). Zwingle répondit, en démontrant que (2), si l'on devait s'en tenir au sens littéral, la doctrine catholique (la transsubstantiation) était seule admissible, et que, si, comme Luther, on admettait un sens figuré (ceci est mon corps, signifiant ceci renferme mon corps, ou, ce pain est uni avec mon corps), il demandait en quoi sa métonymie était moins solide que la synecdoque de Luther ; il disait enfin qu'on ne pouvait invoquer 1 ubiquité corporelle du Christ sans contredire le dogme des deux natures dans le Christ. « Vous vous écriez, dit Zwingle à Luther, que » nous sommes des hérétiques que l'on ne doit pas écouter, » vous interdisez nos livres, vous provoquez les autorités » à s'opposer à nos doctrines ! Le pape en a-t-il agi autre- » ment lorsque la vérité a voulu lever la tête? »

Ainsi se montrait à nu la vanité du principe de l'interprétation libre des saintes Écritures, fondé sur leur irrécusable clarté. Les deux partis furent obligés d'en revenir et d'en appeler à la tradition de l'Église, et de chercher à appuyer leur opinion sur de prétendus textes tirés des docteurs de l'Eglise, dont Luther avait tant dédaigné l'autorité (3). Ce même Luther écrivait à Albert de Prusse, à ce

(1) a. Contre les prophètes célestes : Walch, t. XX, p. 186 sq. — b. Sermon sur le sacrement du corps et du sang du Christ contre les visionnaires : Walch, t. XX, -p. 915 sq. — c. Que les paroles du Christ : Ceci est mon corps, restent tout entières contre les visionnaires : Walch, t. XX, p. 950 sq. — d. Grande reconnaissance de la Cène du Christ : Walch, loco cit., p. 1118 sq.

(2) Il dit : « Il faudrait ici une merveilleuse leçon de langue pour nous faire admettre que ces mots du Christ : Ceci est mon corps, puissent se changerai ces autres : Mon corps est mangé dans ce pain, etc. » (Walch, t. XX, p. 058.)

(3) «Tous les Pères, dit Luther, ont erré dans la foi, et, s'ils ne se

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