DES SACRAMENTAIRES
sujet [1532] (1) : « Cet article n'est pas un dogme inventé
» par les hommes : il est fondé sur l'Évangile, sur des pa-
» rôles claires, irréfragables ; il a été uniformément cru et
» conservé dès l'origine de l'Église chrétienne, dans le
» monde entier, jusqu'à cette heure, comme le prouvent
» les œuvres des saints Pères de la langue grecque et la-
» tine, outre l'usage journalier, l'expérience non inter-
» rompue. Si c'était un article nouveau, s'il n'avait été
» gardé si uniformément dans toutes les églises, dans toute
» la chrétienté (tradition catholique avec tous ses caractè-
» res), il ne serait pas si dangereux et si effrayant d'en
» douter, d'en disputer. Quiconque en doute, c'est comme
» s'il ne croyait plus à l'Église chrétienne, et s'il condam-
» nait, non-seulement la sainte Église comme une héré-
» tique réprouvée, mais le Christ lui-même, les apôtres et
» les prophètes, qui l'ont établie quand ils ont dit : Voyez,
» je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles (2) ! L'Église
» de Dieu est la colonne et la base de la vérité (3). »
sont pas repentis avant de mourir, ils sont damnés pour l'éternité. Saint Grégoire est le premier auteur de toutes les fables sur le purgatoire et les messes pour les morts. Il a fort mal connu le Christ et l'Evangile; il était beaucoup trop superstitieux et le diable le trompa... Augustin s'est souvent trompé; il n'y a pas à compter sur lui. Bien qu'il ait été un bon et saint homme, la vraie foi lui manquait, ainsi qu'aux autres Pères... Jérôme est un hérétique qui a écrit beaucoup de choses impies. Il a plutôt mérité l'enfer que le ciel. Je ne connais aucun des Pères que je déteste autant que celui-ci. Il a toujours le jeûne et la virginité à la bouche... Je ne fais, non plus, aucun cas deChrysostôme; c'est un bavard qui a fait beaucoup de livres tout remplis d'apparences, mais qui ne sont au fond qu'une masse de choses arides et indigestes; un vrai sac à paroles au fond duquel on trouve fort peu de laine... Basile n'est bon à rien ; c'est un moine tout pur, et je n'en donnerais pas un cheveu. L'apologie composée par Mélanchthon surpasse tout ce qu'ont écrit les docteurs de l'Eglise, y compris Augustin... Thomas d'Aquin n'est qu'un avorton théologique, comme bien d'autres. C'est un puits d'erreurs, un pot pourri d'erreurs et d'hérésies qui anéantissent l'Evangile. »
(1) Lettres de Luther contre quelques intrigants au margrave Albert de Brandebourg [1532], dans Walch, t. XX, p. 2089. Paber écrivit tout un livre contre cette contradiction de Luther : de Antilogiis Lutheri. Cf. Raynald. ad ann. 1531, n° 57, et Çochlœus, Lutherus septiceps ubique sibi suis scriptis contrarius, Paris., 1564.
(2) Matth. XVIII, 10.
(3) 1 Timoth. III, 15.
Quant à Mélanchthon, il déshonora son caractère en feignant, avec une lâche hypocrisie, de partager l'opinion de Luther sur la Gène, qu'il rédigea même en symbole, quand, dans le fait, comme on le vit plus tard, après la mort de Luther, il était de l'avis de Calvin (1).
C, Suite de l'histoire de la réforme jusqu'à la paix religieuse d'Augsbourg (1555).
§ 316. — Progrès du protestantisme jusqu'à F Intérim de Ratisbonne [1541].
Le Plat. Monument pour servir à l'histoire du concile de Trente, t. II et III. Cf. Riffel, 1. cit., t. II, p. 480-580. .4. Menzel, t II, p. 17-254.
Les efforts du pape Clément Vu pour la réunion du concile si souvent promise, et à laquelle, en dernier lieu, on s'était si solennellement engagé, lors de la paix de Nuremberg, restèrent infructueux. Les protestants rejetèrent, sous de singuliers prétextes, les conditions proposées (2). Us trouvaient inconvenant que, suivant les usages traditionnels, le concile fût tenu dans une église, qu'ils dussent s'engager à en observer invariablement les décrets, qu'on le réunît à Milan, Bologne ou Plaisance, et non en Allemagne, etc., etc. Paul III [13 octobre 1534 — 10 novembre 1549] poursuivit plus ardemment encore que Clément [■}■ 25 septembre 1534] la convocation du concile. Il entra en négociation avec les protestants par son nonce Vergerius, .et convoqua le concile à Mantoue pour le mois de
(1) Dans la Confessio invariata on dit : « De cœna Domini docent quod corpus et sanguis Christi vere adsint et distribuuntur vescentibus in cœna Domini, et improbant secus docentes. » (En outre, suivant Salig, Histoire complète de la confession d'Augsbourg, t. III, liv. 1, p. 171, après le Christi il manquait : sub specie panis et vini.) Au contraire, dans la Variata il y avait : « De cœna Domini docent quod cum pane et vino vere exhibeantur corpus et sanguis Christi vescentibus in cœna Domini, etc. »
(2) Voyez les mesures prises immédiatement après la diète d'Augsbourg, dans Raynald, ad ann. 1530, n° 175-76; cf. ensuite ibid. ad ann. 1533, n° 3-8, et Walch, Œuvres de Luther, t. XVI, p. 2263, 2281 ; de Wette, t. IV, p. 454.