‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 43 sur 332 · JUSQU A L INTERIM DE RATISBONNE · texte numérisé non relu

JUSQU A L INTERIM DE RATISBONNE

mai 1537 (1). Cette fois encore les protestants, réunis à Smalkalde [décembre 1535], rejetèrent le concile, car l'opinion de Luther, « que ce n'était pas sérieusement que « les catholiques demandaient un concile, et que les pro- » testants, parfaitement éclairés par l'Esprit saint sur tou- » tes choses, n'en avaient pas besoin, » était devenue leur idée fixe. D'ailleurs, à leur avis, un concile dont la forme et la marche dépendaient du pape n'était pas libre. Il valait mieux que les princes choisissent des hommes capables et impartiaux de toutes les conditions, qui examineraient l'affaire et en décideraient, selon la parole de Dieu '(2). On trouva un nouveau prétexte de refus dans la guerre qui avait, sur ces entrefaites, éclaté entre l'empereur et François Ier, et qui rendait difficile l'accès de Mantoue.

La ligue de Smalkalde, renouvelée à cette occasion pour dix ans, s'était fortifiée par l'adhésion de nouveaux membres, malgré la défense de la diète de Nuremberg à ce sujet. L'alliance avec l'Angleterre et la France, qu'on avait espérée, ne s'était pas réalisée, il est vrai ; mais le nouvel électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime, était favorable au protestantisme ; la ligue avait gagné les ducs Ulric de Wurtemberg, Barnim et Philippe de Poméranie, le comte palatin Robert de Deux-Ponts, les princes d'Anhalt George et Joachim, Guillaume, comte de Nassau, plusieurs villes d'Allemagne ; et le Danemark, travaillé par le protestantisme depuis 1536, donnait des espérances fondées d'entrer dans la ligue.

A l'approche du terme fixé pour la tenue du concile, les protestants tinrent de nouveau une assemblée à Smalkalde [février 1537], où, plus que jamais, on se déchaîna contre le pape. On y adopta les vingt-trois articles de Smalkalde (3),

(1) Cf. Raynald. ad ann. 1535, n° 26, 30, 32. Encyclique de Paul à divers princes : Walch, t. XVI, p. 2290 sq. ; Melanchthonis Opp. éd. Bretschneider , t. II, p. 962 sq.; Pallavicini, Hist. conc. Trid. lib. III, c. 17 et 18. La circulaire pour convoquer le concile au 2 juin 1536 est dans Raynald, ad ann. 1536, n° 35. Cf. Pallavicini, 1. cit., lib. III, c. 19; Schœunhuth, sur Paul Vergerius (Slirm, Etudes sur le clergé évangélique du Wurtemb., liv. XIV, lre livr.) ; Perthel, Pro Paulo Verge rio.

(2) Cf. Walch, t. XVI, p. 3205 sq.

(3) Articuli (lui dicuntur Smalkaldici e Palatino codice Ms. (ma-

rédigés par Luther, qui exprimaient fortement l'opposition contre l'Église catholique, et par conséquent faisaient contraste, quant au fond et quant à la forme, avec la confession d'Augsbourg, rédigée en termes si vagues et si élastiques. Mélanchthon fut encore chargé d'écrire sur la primauté du pape et la juridiction des évoques (De potestäte et primatu papœ) ; mais son travail ne répondit pas complètement aux vues dénigrantes des nombreux théologiens réunis à Smalkalde. Mélanchthon avait dit, en effet, que la primauté du pape n'était pas, il est vrai, fondée en droit divin, mais que cependant il fallait la conserver à l'avenir, d'après le droit humain (jure humano). Luther, déjà malade, outré de cette assertion de son ancien ami, abandonna Smalkalde, en laissant aux conjurés, pour dernière bénédiction, cette parole amère : « Que Dieu vous remplisse de la haine de la papauté ! » Les protestants, dès ce moment, refusèrent positivement de se rendre à aucun concile.

En face de la ligue de Smalkalde, les efforts de Held, vice-chancelier de l'empereur, avaient fait conclure la sainte ligue (1) des princes catholiques à Nuremberg [juin 1538]. L'alliance protestante s'était de nouveau renforcée par l'adjonction des Suisses (2), auxquels enfin, sur la demande des princes, et grâces aux habiles intrigues de Bucer et de Capito, Luther avait consenti à s'unir, en adoptant pour base du traité la Concor dia Vitebergemis [1536]. Joachim II, électeur de Brandebourg (3), oubliant l'exemple de ses prédécesseurs, avait embrassé les nouvelles doctrines [1539] que déjà son frère, le margrave Jean de Neu-

auscrit autographe de Luther) accurate editi et annotationibus cnt. illustrati per Marheinecke, Berol., 1817, in-4. De potestate et primatu papœ tractatus (servant maintenant d'appendice aux articles de Smalkalde) in Melanchthonis Opp. éd. Bretschneider, t. III. p. 271. Les deux se trouvent dans Hase, Libri symbolici, p. 298-358.

(1) Les actes se trouvent dans Hortleder, P. I, liv. I, ch. 25-29; Walch, t. XVI, p. 2426 sq. Cf. Riffel, t. II, p. 523-26.

(2) Cf. Walch. t. XVII, p. 2543; la Concorde rédigée par Mélanchthon se trouve dans ses Œuvres, édit. Bretschneider, t. III, p. 75.

(3) Ad. Müller, Hist. de la réforme dans le margraviat de Brandebourg. Berlin, 1839; Spieeker, Introd. de la réforme dans le margrav. de Brandebourg. Berlin, 1839, 3 parties. Cf. Riffel, t. III, p. 75.

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marck, avait adoptées en 1536. De son côté, Henri, successeur du duc George, avait introduit le protestantisme dans le duché de Saxe malgré l'opposition de ses sujets (1). L'infatigable Luther entretenait contre l'Église et le concile l'irritation des princes et du peuple par une foule de traités, grands et petits, qui se succédaient avec une rare activité. La guerre religieuse ne fut suspendue que par les nouvelles victoires des Turcs, qui menaçaient toute l'Allemagne; on négocia à Francfort [février 1539], et l'on conclut un armistice de quinze mois (2). L'empereur chercha à profiter de ce délai pour opérer une réconciliation : il appela des théologiens à une conférence religieuse à Spire, d'où une maladie contagieuse la fit transférer à Haguenau [juin 1540] : elle ne s'ouvrit enfin qu'à Worms [14 janvier 1541] (3), par suite du scandaleux retard des protestants.

Eck et Mélanchthon entrèrent en discussion, en partant des bases de la confession d'Augsbourg, ce qui était peu rassurant. Aussi l'empereur, qui avait fixé déjà une diète à Ratisbonne pour le 5 avril 1541, ajourna la conférence religieuse à cette époque. Le célèbre cardinal Gontarini (4) se rendit lui-même à Ratisbonne pour assister à la discussion. L'empereur avait nommé, du côté des catholiques, Eck, Julius Pflug et Jean Gropper, chanoine de Cologne ; du côté des protestants, Mélanchton, Pistorius et IJucer. Il les engagea à renoncer à toute passion humaine et à n'avoir en vue que la gloire de Dieu. Il leur fit communiquer par

(1) Hoffmann, Hist. détaillée de la réforme dans la ville et, dans l'université de Leipzig. Leipzig, 1739; Leo, Hist. de la réforme à Leipzig et à Dresde. Leipzig, 1834; de Langenn, Maurice, duc et prince électeur de Saxe. Leipzig, 1841, 2 vol. Cf. Riffel, t. II, p. 674-81.

(2) Les pièces sont dans Hortleder, P. I, liv. I, ch. 32; Walch, liv. XVII, p. 396 sq.

(3) Raynald, ad ann. 1540, n° 15-24 ; Walch. t. XVII, p. 453 sq.; Melanchthonis Opp. éd. Bretschneider, t. IV, p. l sq. La première opinion de Cochlœus dans Raynald, ad ann. 1540, n° 49. Cf. n0s54 et 55.

(4) Pallavicini, 1. cit., lib. III, c. 12-15; Acta in conventu Ratisbonensi, éd. Mélanchthon. Viteb., 1511. Cf. ejusdem Opp. éd. Bretschneider, t. IV, p. 119 sq.; Walch, t. XVII, p. 695 sq.; Riffel, t. II, I'. 549 sq.

in.

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